Je ne suis pas un policier. Je suis un simple citoyen. Diplômé de l’université de mon pays. Je travaille plus de 8 heures par jour. Je respecte les lois de mon pays. Je fais de mon mieux pour contribuer au développement de mon Algérie. Mais je me sens lésé. Je n’ai, pourtant, pas manifesté avec une matraque à la main devant le siège du Palais du gouvernement et celui de la PrésidencAbdou-Semmar1e.

Je n’ai pas un logement décent. Je n’ai pas un salaire digne de mes compétences. Je n’ai pas de syndicat qui défend mes droits. Ma voix n’est pas écoutée, ma liberté est violée puisque dans les rues de mon pays ou dans les institutions publiques, je ne jouis pas de me droits civiques. On me demande de la tchipa pour retirer un document, pour déposer une demande de logement social ou pour réclamer des soins intensifs. On me rackette lorsque je réclame un crédit bancaire pour créer mon entreprise ou pour financer un investissement professionnel.

On me chasse lorsque je demande audience à un Wali ou un chef de Daïra. On me snobe lorsque je demande des explications à mes députés ou élus. Oui, je ne suis pas un policier. Je n’ai bénéficié d’aucune augmentation de salaire digne de ce nom. J’attends depuis des années mon logement AADL. Aucune prime n’embellit ma fiche de paie. Et en dépit de tout cela, je n’ai pas déserté mon lieu de travail. Je n’ai pas abandonné mes fonctions pour marcher jusqu’à la Présidence ou le Palais du Gouvernement. Je ne suis pas parti crier «Dégage», ou « Barakat». Je n’ai pas protesté en réclamant le départ de mon directeur général, ministre ou Président de la République.

Je n’ai rien fait comme les policiers, un corps constitué qui obéît et désobéit en même temps à l’Etat. Je n’ai pas désobéi. Du moins pas encore. Mais j’y pense sérieusement car dans mon propre pays, on n’écoute apparemment que les matraqueurs qui manifestent, menacent et paralysent le fonctionnement des institutions sécuritaires. Je ne suis pas un policier, mais je suis un Algérien aussi. Je vaux autant que ces centaines et centaines de policiers sortis dans les rues pour demander un salaire de base de 70 mille Da et une prime de 10 mille Da pour les femmes restées à la maison. Je suis autant algérien que ces forces de l’ordre que le gouvernement choie et dorlote avec des primes et aides aux logements.

Je ne suis pas un policer, mais je suis un algérien et je mérite d’avoir mes droits. Le respect et la considération d’abord, l’épanouissement social et professionnel ensuite.  Cela fait quelques décennies que les autorités de mon pays s’embourbent les roues sur le terrain du favoritisme et du clanisme. Je refuse de devenir un policier pour bénéficier d’un salaire décent. Je refuse de devenir un policier pour bénéficier de la même attention et considération. Je refuse de devenir un policier pour qu’on me promette un logement et des primes généreuses. Je refuse de faire allégeance pour obtenir mes droits sociaux. Non, je ne suis pas un policier, mais je veux mes droits car l’Algérie n’est pas un immense commissariat. L’Algérie ne le deviendra jamais car il y aura toujours des gens comme moi qui sauront dire «dégage» sans manger à tous les râteliers du régime. Prenez soin de votre policier pendant que nous cultivons notre citoyenneté. L’Histoire dira que vous avez transformé les compromis en corruption. L’Histoire dira que nous avons transformé notre passion pour la liberté en projet de société.

Article précédentManifestation des policiers à Alger : Deux hauts cadres de la police suspendus
Article suivantRevue de presse. 12 Algériens parmi les leaders de l’économie africaine