La direction générale des forêts tire la sonnette d’alarme. Le désert avance inexorablement vers le nord de l’Algérie. La désertification menace près de 20 millions d’hectares de terres steppiques alors que 600.000 hectares sont déjà désertifiés. Les effets du réchauffement climatique vont aggraver la situation du pays qui devra, désormais, faire de la lutte contre la désertification sa priorité.

Outre cette avancée inquiétante du désert, 12 millions d’hectares, situés dans les bassins versants des régions montagneuses, sont menacés par l’érosion hydrique et 32 millions autres par l’érosion éolienne en zones steppiques et présahariennes.

47% des terres menacées par l’érosion hydriques se trouvent dans la région ouest du pays. La menace est réelle, les moyens mis par le gouvernement pour contenir cette avancée du désert sont étriqués. Le programme de reboisement, initié depuis 2000 par le gouvernement, n’a touché que 400.000 hectares, une goutte dans un océan de sable. Hier, Journée mondiale de la lutte contre la désertification, la chaîne III de la radio nationale a invité le DG des forêts, Abdelmalek Titah, pour discuter justement de cette grande menace qui guette de grandes superficies du pays. Le constat est peu reluisant.

Rien ou presque n’a été fait pour arrêter le désert. La dégradation des terres dans les régions arides et semi-arides se poursuit à un rythme effréné à cause des changements climatiques sévères. Preuve de la gravité de la situation, des grandes superficies semi-arides sont devenues, en l’espace de quelques années, des zones arides. Les régions semi-arides risquent la disparition si la préservation de l’écosystème n’est pas assurée dans l’immédiat. Selon un récent rapport du ministère de l’Agriculture, l’Algérie perd annuellement 120 millions de tonnes de sédiments et connaît une diminution des capacités de stockage des eaux de barrages équivalent à 20 millions de m3. Dispositif contre les feux de forêts Parmi les conséquences directes de la désertification, le glissement de terrain.

Le pays enregistre annuellement un affaissement de l’épaisseur du sol de l’ordre de 1,6 mm. Selon les spécialistes, la diminution de la fertilité des sols est estimée à 40.000 hectares par an. Abordant le phénomène de l’érosion, le premier responsable des forêts annonce que les études concernant la gestion de 34 bassins versants dans le cadre des contrats de performances ont été déjà finalisées. Sur un total de 102 bassins versants de barrage totalisant 13 millions ha, les études finalisées concernent la gestion de 34 bassins versants. Le gouvernement a mis sur pied un programme de lutte depuis plusieurs années.

Un programme qui s’inscrit dans un projet d’aménagement du territoire dans une perspective de développement durable. Cette «guerre» contre le désert est décisive pour l’avenir de tout le pays. Les conséquences de la désertification sont d’ordres social, économique, politique et environnemental. L’accès restreint aux ressources engendre une agriculture insuffisante pour nourrir la population, donc l’insécurité alimentaire. Mais aussi, si le sol n’est plus végétalisé, les conséquences écologiques sont désastreuses car il est ensuite très difficile de récupérer des terrains pris par le désert.

Dans son classement estimant le reboisement, la préservation des forêts et la lutte contre la désertification, l’Organisation des Nations Unies (ONU) classe l’Algérie en seconde position, après la Chine. Interrogé sur le programme de lutte contre les feux de forêts et, particulièrement, durant cette saison estivale, le DG des forêts affirme: «nous restons extrêmement vigilants cette année. Le plan de lutte contre les incendies de forêts a été mis de façon précoce avec un renforcement des moyens humains et matériels». Il y a eu également, cette année, une amélioration du réseau radio qui va réduire le temps des interventions. En 2008, 25.000 hectares, dont 12.000 de forêts, avaient été ravagés par le feu.

B.M.

Algerie-Focus avec Le Financier

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