Juillet 1962. l’Algérie sort victorieuse d’une guerre qui a duré huit longues années et d’une occupation française de 132 ans. Le principal artisan officiel de ce succès retentissant – qui sera un exemple pour bien d’autres pays colonisés dans leur quête de liberté – est le Front de Libération Nationale (FLN) qui, dès l’indépendance, s’emparera du pouvoir et, tradition propre au pays du tiers-monde, empêchera l’exercice libre de la politique, exécutera ses opposants et régnera par la terreur 26 ans durant.

Octobre 1988. Des milliers de jeunes algériens se soulèvent contre le régime dictatorial et force le l’Etat à proclamer l’ouverture du champ politique. Pour la première fois depuis leur existence, des Algériens pouvaient exprimer leurs craintes et leurs espoirs, se constituer en associations, créer des partis politiques et militer pour leurs idées. Les journaux naissaient par centaines et, chose inconcevable quelques mois plus tôt, des journalistes pouvaient désormais apporter la critique, railler ou narguer les dirigeants. Le vent enivrant de la liberté soufflait partout, enivrant un peuple qui revivait.

Avril 1999. Après avoir fait le dos rond pendant la décennie rouge, le FLN revient aux commandes du pays à la faveur de l’élection de Abdelaziz Bouteflika à la magistrature suprême. Pire encore, les dinosaures de ce parti – ceux-là mêmes qui étaient à l’origine des malheurs du peuple algérien –reprennent du poil de la bête: Sortis par les égouts, un certain octobre 1988, Messaadia et ses acolytes du régime reviennent par la grande porte.

Depuis cette date-là, les choses ne cessent de se dégrader : usant de duplicité et d’usure, le régime «rénové» parvient à rétrécir les libertés individuelles, à atomiser les partis de l’opposition, à museler la presse…. Bref, le climat s’alourdit dangereusement, à telle enseigne que, malgré les milliers de petites émeutes qui éclatent sporadiquement un peu partout sur le territoire national, beaucoup d’Algériens n’hésitent pas à affirmer qu’à l’ère de Bouteflika, le champ politique est plus fermé encore que pendant les premières années de l’indépendance : «(…) Certains clans politiques veulent faire revenir la société algérienne à une situation où le culte de la personne et de l’immobilisme social et culturel étaient les maîtres mots, et où la «dépersonnalisation» ainsi que l’«atomisation» du peuple algérien étaient l’ordre recherché des choses (…)» et veulent «(…) revenir à la situation politique et sociale, qui avait prévalu dans notre pays avant le déclenchement de la guerre de libération nationale (…)», estime, dans un de ses communiqués, le Comite d’Initiatives et de Vigilance Citoyennes d’Oran (CIVIC) en appelant à agir «pour l’émergence réelle d’un ordre démocratique et social, sur la nécessité de reprendre les finalités interrompues de la révolution de novembre 1954, à savoir : ‘la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social’, dans le ‘respect de toutes les libertés fondamentales’ (…)»

Aujourd’hui – et les élections d’avril dernier, organisées par un gouvernement Ouyahia rompu à ce genre rendez-vous – l’ont démontré, il apparait une nouvelle fois que le régime algérien qui ne tolère aucune opposition politique ni aucune voix discordante, est prêt à tout pour garder les rênes du pouvoir. Quitte à autoriser la fraude la plus massive que le pays ait connu, que les candidats malheureux et l’opposition, ou ce qu’il en reste, dénoncée. «Même Bokassa et Saddam n’auraient pas fait mieux», a ainsi raillé un enseignant au lendemain de l’annonce officiel des résultats donnant Bouteflika gagnant avec plus de 90% de voix et un taux de participation de 74%.

Un score digne de l’ère du parti unique.

Ramdane Ouali

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