JORDAN Il est des régions d’Europe ou le terme Islam éveille subitement des sentiments d’inquiétude, de soupçon et de haine. Attribuer sans distinction ces épithètes aux pratiquants de la religion des arabes, des maures ou des sarrasins, synonymes de peuples rétrogrades et barbaresques, assassinant, razziant, favorisant l’esclavage à outrance dès qu’une région est conquise sous le symbolique sabre de Mahomet pour soumettre les assaillis à l’adoration du dieu unique. C’est l’identité extrême de ce que l’on pourrait avoir sur cette croyance datant de presque quinze siècles qui apparente notamment à ce que les hommes du livre ont d’ordinaire deux mille ans avant. A défaut de qualificatif rédempteur, l’infidèle est le terme le plus belliqueux qu’on puisse employer dans les hauts lieux politiques ou dans les secrètes chambres ecclésiastiques pour désigner l’ennemi universel numéro

1- Plus tard, les républiques et les démocraties ont abolis le règne sordide des inquisiteurs, porteurs de soutanes mais continuent sous l’union des cravates de condamner les barbus amateurs de djellabas qui demeurent curieusement inflexibles à leur fois. Aux yeux des masses fraîchement libérés du joug de l’église, les ennemis de toujours demeurent les moros, les mahométans, actuellement les islamistes, appositif aux relents mondialisationniste qui ne changera que lorsque les protagonistes des messages coraniques auront disparu de la surface de la terre. Les colonies anglophones et françaises que nous connaissons ont vite fait de canaliser les diverses influences que les penseurs musulmans de l’époque auraient pu véhiculer. Les populations indigènes en majorité campagnardes, traditionnellement attachés au paganisme se sont tristement aliénés jusqu’à perdre après seulement quelques générations leur propre identité. Ceux qui avec rejet de l’occupant restent attachés à leurs théories religieuses deviennent vite aux yeux de ces derniers des jusqu’au-boutistes qu’il faut dénoncer devant le petit peuple impressionné par des attitudes extrêmes menés de part et d’autre.

Les intérêts des territoires du sud sont propices à l’indéfinissable concurrence animée par les découvreurs des nouveaux mondes où les richesses se gagnent au pillage manifeste grâce à la domination des esprits et des biens qui en dépendent. En définitive ces adorateurs d’Allah regroupés depuis des lustres en sociétés organisés qu’on appelle communément Islamistes sont les édifiants boucs émissaires servant à régler les épineux problèmes d’appartenance des territoires conquis, liés aux rentes économiques des nations dominatrices du nord de la Méditerranée. L’Amérique blanche a très vite emboîté le pas et a même supplanté ses homologues du vieux continent qui continuent à faire du sentimentalisme attardé tandis que les yankees aux rudes accents de l’ouest ne font aucun détail hors de leurs contrées. Les naturels héritiers des puits de pétrole ne peuvent qu’avoir le cœur aussi noir que le précieux fluide qui regorge sous les déserts.

Le turban a remplacé le casque nazi, les ayatollahs et autres « Ben Arabe » deviennent rapidement les instigateurs de l’axe du mal qu’il faut combattre de manière extrême autour de leurs peuples. Le vingtième siècle a fait apparaître le diable habillé des croyances centenaires pour laisser libre cours à un méthodique tapage médiatique afin d’inculquer à la raison universelle cette mise en scène. La stratégie vise à différencier le modernisme obsolète aux interdits religieux qui n’ont aucune place dans la sacro-sainte société de consommation. Les gouvernements des pays du Maghreb et du Machrek ne font pas exception à cette règle et prennent hâtivement le pas pour endiguer l’attitude excessive vouée à l’éthique et à la condition humaine vis-à-vis du courant islamique qui se déchaine au quatre coins du monde.

Les intérêts de coopérations sont en jeu devant ce qu’on pourrait appeler une colonisation passive qui fait que les ennemis de toujours continuent éternellement à être l’épine du pied. L’islamisme contemporain profite aussi bien les nations musulmanes qu’au reste du monde, qui s’en servent comme bouclier hypothétique lorsque les éternels problèmes d’appartenance surgissent de ça et là du globe.

A.Ouadda, compositeur et écrivain

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