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L’alcool en Algérie dérange. Elle agace et suscite même des protestations populaires, voire des émeutes. Oui, les Algériens ont inauguré leur Printemps. Un Printemps contre l’éthylisme. Preuve en est, ces derniers jours, les débits de boissons alcoolisées et les bars ont été victimes d’une vague de violences sans précédent.

A Skikda, Tizi-Ouzou, et un peu partout à travers le pays, des citoyens ont saccagé et vandalisé « ces lieux de débauche » au nom de l’interdit religieux. Au nom du civisme aussi puisque à les entendre, ces débits et ces bars attirent les délinquants et les trafiquants en tous genres. Que l’on dénonce la délinquance en général sous toutes ses formes est compréhensible, bien qu’on puisse se demander si les bars, clandestins ou pas, sont réellement à l’origine de la prolifération de ce fléau dans notre pays. Que l’on dénonce une hyper-déviance aboutissant à des dérives graves alimentant une violence sociale dangereuse est nécessaire, à condition qu’on en cherche les causes profondes et qu’on intervienne sur ces causes au lieu d’accroître la violence en y répondant par la violence.

Mais qu’on tienne un discours aussi aveuglé par le conservatisme réactionnaire et le fanatisme dominant, dans un pays qui aime invoquer la religion là où elle n’est nullement concernée, est proprement insupportable. Car l’alcool  a toujours été consommée en Algérie. Les bars et les débits de boissons alcoolisées ont, de tout temps, été une activité réglementée dans notre pays. Durant les années 70 et 80, l’Algérie comptait beaucoup plus de bars qu’aujourd’hui. Et pourtant, la vie fut paisible, douce et tranquille. On ne se plaignait pas autant de l’insécurité et de la délinquance. Alors pourquoi aujourd’hui, au moment où les bars ferment les uns après les autres sous l’effet d’une nouvelle politique réglementaire très stricte, on veut absolument imputer la propagation de la criminalité à la vente des boissons alcoolisées ? Y-a-t-il une seule étude scientifique sérieuse ou une enquête sociologique approfondie qui a déterminé l’ampleur de la criminalité, petite ou grande, en Algérie par la consommation de l’alcool ? Cette question, ces citoyens qui violentent, saccagent et détruisent les bars ne se la pose même pas. Pour eux, l’alcool génère le danger et la violence. Point barre ! Et la violence de ces émeutiers, quant  à elle, s’explique-t-elle par l’ivresse ? Pas si sûr.

En réalité, ces violentes manifestations sont le fuit d’un appareil idéologique d’État qui reflète et construit la société. La religiosité exacerbée de notre société, une religiosité travaillée dans nos écoles depuis notre tendre enfance, empêche nos compatriotes de s’attaquer aux problèmes sociétaux avec intelligence et bon sens. L’alcoolisme est un fléau, certes, dangereux. Mais dans aucun pays au monde, il n’a été vaincu par la mise à sac des bars et débits de boissons alcoolisées. En plus, l’avenir de l’Algérie n’est nullement menacée par ces algériens qui consomment de l’alcool. L’Algérie est, surtout, menacée par ces corrompus et corrupteurs qui détournent nos richesses nationales. L’avenir de notre pays est compromis par cette classe politique médiocre et ces gouvernants qui bloquent l’épanouissement d’une jeunesse pétrie de qualité. Mais contre ces fléaux là, les Algériens n’osent plus sortir dans la rue pour les dénoncer. Ils se contentent d’assister au bradage des richesses de leur pays sans bouger le petit doigt. Ils sont encore occupés à liquider les quelques bars qui restent encore ouverts dans nos villes et villages. La bière révolte, décidément, davantage les Algériens que le bakchich, la mauvaise gouvernance ou la répression des libertés publiques.

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