La démocratie idéale n’existe certes pas. Mais la médiocratie idéale oui !

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Du parlement algérien jaillit la lumière. Notre assemblée nationale innove, interpelle et épate. Souvent incomprise, notre APN a su parfaitement diagnostiquer les maux de l’Algérie. Et Larbi Ould Khelifa, le président de l’APN, nous a fait part lundi de la découverte du siècle : « la démocratie idéale n’existait nulle part ».

Les Algériens, ce peuple rêveur et naïf, doivent donc se réveiller et arrêter de croire aux chimères. Leur pays n’est pas une dictature, c’est juste une démocratie imparfaite comme le reste du monde, nous explique savamment Larbi Ould Khelifa dont l’assemblée qu’il dirige n’a jusqu’à l’heure actuelle proposé aucune initiative salvatrice pour sortir l’Algérie de l’ornière. Mais l’Algérie va bien et sa période de convalescence est proche de la fin, a-t-il indiqué en substance en sommant les Algériens de cesser de se focaliser sur les dysfonctionnements, aussi multiples qu’ils soient, de leur Etat. Il n’y a, en réalité, aucune raison de s’inquiéter, assure le premier responsable de nos députés. Que ces opposants, des semeurs de désespoirs et de sinistrose, aillent en enfer car ils refusent de comprendre que « chaque peuple a son modèle,  son expérience historique et ses choix politiques, sociaux et culturels ». Et l’Algérie a fait son choix. Oui, c’est Larbi Ould Khelika qui vous le dit. L’Algérie a fait le choix de demeurer un pays où tous les pouvoirs sont concentrés autour de quelques hommes, malades fussent-ils. L’Algérie a fait le choix de rythmer sa vie avec les scandales de corruption et de détournements de fonds publics. L’Algérie a fait le choix de subir le mépris des parrains mafieux qui s’enrichissent chaque jour en important des milliers de containers de produits que chaque algérien peut fabriquer pour peu qu’on lui laisse la possibilité de le faire. L’Algérie a fait le choix de ne pas rejoindre le club des pays émergents pour sauvegarder sa légendaire image d’un pays au potentiel gâché et au génie étouffé. L’Algérie a fait le choix de ne jamais bâtir un Etat de Droit car une justice indépendante gêne ces voyous qui pillent les richesses.

Bref, le choix de l’Algérie n’a rien d’anormal ou d’extraordinaire. Il s’explique uniquement par une expérience historique bien particulière, prophétise le docteur Ould Khelifa. Mais de quelle expérience s’agit-il réellement ? Là-dessus, le docteur Ould Khelifa refuse d’éclairer notre lanterne puisqu’il est évident pour lui que l’Algérie est pays où l’histoire est restée figée à jamais. Il n’y a pas d’omissions volontaires avec nos dirigeants. Beaucoup d’entre-eux refusent d’admettre que l’expérience historique particulière de l’Algérie implique certainement ce sort tragique qui accable notre pays depuis maintenant 50 ans. Celui qui l’oblige à subir la médiocrité de ses institutions qui luttent corps et âmes contre le changement et les réformes. La médiocrité, c’est justement ce mal qui a été ignoré par Larbi Ould Khelifa. Le chef des députés algériens n’a aucun diagnostic à proposer et aucun traitement à préconiser. Il évite alors le sujet et diabolise ses « opposants manipulés par l’étranger ». Le président de l’APN ignore donc qu’en politique, la violence naît dans ce vide créé par la négation du bon sens, la perte de toute foi dans l’intelligence des peuples. Et les Algériens, comme les autres peuples, n’ont pas besoin « d’une démocratie idéale » pour comprendre que  presque tous leurs dirigeants sont pourris. Certes, la démocratie idéale n’existe pas. Mais la médiocratie idéale, elle, en revanche, existe bel et bien. En Algérie, elle dispose même d’une assemblée parlementaire pour la défendre.   Il ne reste plus de branche où se raccrocher…

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