Religion/ La grandeur de la foi et le gigantisme des mosquées

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Et si on parlait, calmement du projet de la Grande Mosquée d’Alger  sans surenchère ni démagogie, et dans le seul souci de sincérité et d’honnêteté intellectuelle, sans chercher à plaire ou à déplaire à qui que ce soit, sans travestir ni tricher, en restant dans le seul cadre de la foi, c’est à dire en prenant Dieu à témoin car il est omniscient et connaît donc tout de nos intentions, de nos gestes, de nos postures et de nos arrière-pensées ? On ne triche pas avec Dieu.

En matière de religion, on doit accepter les règles telles qu’elles sont imposées par la nature même de l’axiome; à savoir que s’agissant du domaine de la foi et de la réflexion individuelle, rien ne sert de chercher les preuves de ce qu’on avance ou de ce qu’on défend: il n’y en a pas puisque tout est dans le secret des cœurs. On suppose donc que le musulman connaît les commandements de son Créateur et que le bon musulman, lui,  est censé s’y conformer et donner à sa vie le sens qu’il faut pour mériter Ses bonnes grâces. Une bonne action, aussi minime soit-elle comme  par exemple, contribuer à construire une mosquée en donnant de l’argent ou en prenant part au chantier, peut ouvrir la voie de la rémission des péchés et mener au paradis, si elle est sincère.

En revanche, destiner des sommes considérables prélevées sur le budget de l’Etat à l’édification d’une mosquée hors norme, au détriment de besoins beaucoup plus urgents que l’achat de lustres ou de tapis, pose clairement la question de la sincérité de l’action et de l’opportunité du projet. Il y a là toutes les raisons de   trouver ce choix aberrant et douteux, sauf à considérer que Dieu serait plus sensible au gigantisme de la maison qu’on veut Lui dédier, qu’à une mosquée plus modeste. Et là on serait en plein blasphème, qu’à Dieu ne plaise.

On pourrait admettre que cette décision ait été prise au moment de cet enthousiasme débridé qui a plongé nos gouvernants dans une euphorie directement proportionnelle au prix du baril du brut. Mais poursuivre la réalisation de ce projet pharaonique alors que les revenus ont diminué de moitié et que la crise économique et sociale s’annonce assez sévère, soulève de nombreuses questions dont les réponses ne semblent pas évidentes. On peut difficilement nous convaincre qu’on peut surseoir à la poursuite de chantiers d’hôpitaux, de lycées, d’écoles, de routes, d’adduction d’eau ou d’électrification mais qu’on ne peut le faire pour la Grande Mosquée d’Alger. Notre foi serait-elle en péril à ce point ? Les voies du Seigneur seraient-elles à ce point onéreuses ? Aurions-nous oublié que l’islam est la religion de la simplicité de l’humilité et de la modestie ?

 

Dieu n’a pas besoin de mosquée-cathédrale car la grandeur de la foi ne se mesure pas au gigantisme des mosquées. Et c’est lui faire offense que de l’assimiler au marabout du coin à qui des ignorants offrent un veau ou un poulet pour obtenir Ses bonnes grâces.

 On ne peut faire pénitence avec l’argent, encore moins avec l’argent d’autrui

Dieu sait d’où provient l’argent et connaît la nature exacte des sentiments de ceux qui veulent élever des temples à Sa gloire. De même qu’Il sait qu’un acte de contrition est sincère ou pas.

Or, on assiste depuis quelques années à une espèce de perversion par l’argent qui sème le doute dans l’esprit des gens et qui leur fait croire qu’il suffit d’accomplir le hadj, de construire des mosquées ou de les équiper, pour se faire pardonner les malversations, la balance truquée, les mensonges, le parjure, les manœuvres frauduleuses, la contrebande, les ententes illicites, la prébende, l’organisation de la pénurie ou la généralisation de la corruption.

Dieu n’a pas besoin de sol en marbre ni de lustres en cristal. Il a besoin qu’on s’imprègne de ses commandements, qu’on fasse le bien, qu’on se détourne du mal, qu’on aide le pauvre et le nécessiteux et qu’on soit juste.

Enfin, et pour éviter tout malentendu, il faut préciser que ce n’est pas le projet lui-même de la Grande Mosquée qu’il s’agit de remettre en cause, car il s’agit d’un vaste programme cultuel et culturel, dont le pays a besoin. C’est l’opportunité et l’ordre de priorité qui posent problème et c’est l’amour de Dieu et de Ses créatures qui nous inspire et qui nous pousse à dire que la meilleure manière de Le célébrer et de louer Sa grandeur c’est d’édifier, à côté de la maison de Dieu, celle du savoir, de la science et du progrès. Rappelons-nous, pour reprendre espoir, ce mot magnifique du Prophète (Asws) : « l’encre du savant est plus sacrée que le sang des martyrs ». Hadith.

Aziz Benyahia

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