L’absence prolongée du chef de l’Etat ayant plongé le pays dans une grave crise politique et institutionnelle remet au goût du jour la question de sa succession. Les rumeurs qui courent ces jours-ci donnent, encore une fois, son frère cadet et conseiller spécial, Saïd, comme favori dans cette lutte pour le pouvoir.

Depuis la première hospitalisation à l’étranger du chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika en 2005, son frère cadet et conseiller particulier, Saïd, n’a cessé de prendre de l’importance. Plus le retrait du président se prolonge, plus l’influence de son frère-conseiller croît. Le paroxysme de cet éloignement, pour le premier, et proximité, pour le second, du centre de décision politique a été atteint en 2013, lors de l’hospitalisation prolongée et répétée du chef de l’Etat. A partir de là, nombre d’observateurs parlent de « gestion par procuration » des affaires du pays. Par Saïd évidemment.

De 2005 à ce jour, les décideurs ont, réussi à deux reprises, la prouesse de reconduire officiellement Bouteflika, surmontant ainsi tous les obstacles, ceux constitutionnels y compris. En 2009 d’abord, pour un troisième mandat, après le « coup d’Etat constitutionnel » de 2008 ayant fait sauté le verrou de a limitation des mandats. Puis, en 2014, pour un quatrième mandat, en le représentant à sa propre succession « par procuration », du fait de son absence.

Mais cette situation ne peut pas durer éternellement étant donné l’âge avancé et l’état de santé fortement dégradé du président, suite à la série d’AVC dont il a été victime. Qui lui succédera s’il venait à décéder? Le pouvoir occulte, qui, d’après une bonne partie de l’opinion publique nationale, fait et défait les présidents, s’agite ces jours-ci plus que jamais, afin de lui trouver un successeur en mesure d’assurer la pérennité du régime en place depuis 1962.

Les développements politico-économiques de ces derniers mois renforce, plus que jamais, la thèse donnant Saïd comme successeur favori à son frère. Il en est ainsi, particulièrement, de l’intronisation du puissant homme d’affaires Ali Haddad à la tête du FCE, principal bailleur de fonds du clan présidentiel, lors des campagnes électorales des précédentes présidentielles. Les récentes activités du patron des patrons qui sont, de par leur caractère, davantage politique qu’économique, et sa revendication publique de sa proximités avec le cercle présidentiel, n’en laisse aucun doute. Au plan politique, l’illégitimité dans laquelle sombre le FLN et le maintien du statut quo en son sein, avec la complicité de l’administration, en dépit des tentatives de « redressement » initiées par les ténors du parti, privilégient davantage la piste Saïd. En outre, la révision constitutionnelle, promise par le chef de l’Etat en 2011, ne cesse d’être ajournée depuis, aurait pour objectif, de dérouler le tapis menant vers le palais présidentielle au frère cadet du président.

Quid de l’adoubement politique? La fragilisation du FLN et du RND, par les mouvements de dissidence et les scandales de corruption éclaboussant nombre de leurs cadres, distillées par les officines pro-Saïd, répondrait, à en croire certains analystes, à une volonté de les remplacer par un nouveau « puissant parti ». Dans une récente sortie médiatique, l’écrivain-journaliste et analyste politique Abdelali Rezagui a affirmé qu’une association caritative est en phase de se transformer en parti politique. Il s’agit de l’association Fekhr (fierté) -en voie de constitution- qui regrouperait, d’après lui, plus de « 150 000 adhérents », des commerçants et des hommes d’affaires pour la plupart. Mieux, « plus de 30 ministres », ajoute-t-il, en font partie. Certains observateurs estiment que ces hommes d’affaires sont sous la coupe du FCE, l’organisation patronale du puissant Haddad. Et celui-ci, de son propre aveu, est proche de Saïd Bouteflika. Celui-ci serait-il le messie à même d’assurer la continuité du régime? Fort probable.