Un an après la grave famine qu’a connu la Corne de l’Afrique, et alors que le continent vit de perpétuels conflits qu’en est-il de la situation alimentaire du continent?

La famine menace encore cette année des millions de personnes en Afrique /DR

Les pays de l’Afrique Sub-saharienne sont ceux qui souffrent le plus de déséquilibres alimentaires. La demande est élevée, la production est trop faible ou trop chère. Ce n’est pas un secret, le continent africain est le plus touché par l’insécurité alimentaire. Pourtant pour 20 pays africains du continent, l’alimentaire est la plus forte dépense dans leur budget total. Il représente 50 % de leurs dépenses, comme le schématise le graphique, issu du rapport sur l’insécurité alimentaire de Economist Intelligence Unit, ci-dessous et qui représente la part de l’alimentation de l’Afrique.

Malnutrition chronique, aliments trop chers

Economist Intelligence Unit à travers l’indice Global Food Security Index dit GFSI évalue et classe les pays selon leur niveau d’insécurité alimentaire.  Le Burundi, le Tchad et la République démocratique du Congo (RDC) sont les trois pays qui arrivent en bas du GSFI. Ces trois pays disposent de peu de moyens et n’a pas développé de politique adéquate visant à améliorer la sécurité alimentaire. Ils sont incapables de répondre à la demande minimale de calorie par jour de leurs habitants. Si l’on prend l’exemple du RDC, les montants nationaux d’approvisionnement alimentaire sont à 1605 calories par personne et par jour, soit 43% en dessous du niveau recommandé pour les adultes.

Une grande partie des Africains a du mal à se nourrir car les aliments sont trop coûteux dans ces pays à forte population. Le Nigeria, la RDC et le Tchad en terme « d’abordabilité » alimentaire  sont au bas de l’échelle. Sans programme d’aide aux populations les plus vulnérables, ces pays ne disposent pas de filet de sécurité et dépendent pour beaucoup de programmes alimentaires mondiaux.

Le classement des pays selon leur GFSI /source Economist intelligence unit

L’Afrique du nord dépendante d’une inflation chronique

L’Afrique du nord s’en sort un peu mieux mais reste mal classée dans le monde. Elle a sa spécialité : la volatilité des prix. Le Maroc, la Tunisie et l’Algérie subissent le plus de fluctuations des prix des matières premières agricoles. La production agricole annuelle de chaque pays est soumise à de nombreuses variations et fait baisser l’index global de cette région dans le classement de Economist intelligence unit, estimant que cette région est elle aussi en situation d’insécurité alimentaire.

L’incohérence algérienne

L’Algérie est une habituée de cette volatilité des prix, cette année elle a encore vécu au rythme du prix de la viande ou de la pomme de terre. Chaque mois de grosse dépense les prix s’envolent au grand dam des Algériens. Dans le GFSI elle est placée à la 72place. Alors que si l’on compare les revenus de ce pays par rapport à ceux d’autres pays dans le monde, l’Algérie est moins mal lotie avec la 28e place. L’Algérie n’est pas la plus pauvre mais a de grandes carences alimentaires. Elle aurait les moyens de produire mais ne les développe pas assez, elle n’investit pas assez dans la recherche et le développement et le financement des agriculteurs reste trop faible. De plus l’Algérie est très dépendante de ses importations agricoles et elle en paye le prix fort. Le food security index estime sur une note de 100  que la moyenne mondiale des tarifs à l’importation est 16,1, pour l’Algérie la moyenne est de 23,3.

Corriger l’instabilité politique et économique

Le rapport de Economist intelligence unit cite des études prouvant que le manque de nourriture est corrélée à une détérioration importante des institutions démocratiques dans les pays à faibles revenus. L’augmentation de la violence interethnique, les émeutes, les violations des droits civils de l’homme et les conflits armés influencent la capacité d’un pays à se nourrir. La pacification des pays serait déjà une première solution concrète pour pallier le manque alimentaire en instaurant une stabilité politique et donc économique dans les pays.

L’urgence se situe également dans l’économie, le rapport de Economist Intelligence Unit estime que plusieurs des pays d’Afrique subsaharienne dont le Mozambique, l’Ethiopie, le Rwanda et le Niger, ont des croissances économiques qui devraient évoluer très rapidement lors des deux prochaines années. Bien qu’ils aient à l’heure actuelle un indice de sécurité alimentaire très faible, ces pays pourront profiter de cette croissance pour mettre en place les outils nécessaires à l’inversion de la tendance et répondre avec force à la demande pour les années à venir.

En somme, l’avenir de l’Afrique pourrait être bien meilleur si les gouvernements adopteaint les bonnes politiques financières, économiques et agricoles. Malheureusement rien ne pourra changer les accidents climatiques, mais équilibrer et corriger les défaillances économiques et sociales reste encore dépendant des politiques de chaque pays.

AB

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