Politologue au centre Jacques Berke à Doha, Amel Boubekeur relativise l’enjeu du séjour du Secrétaire d’Etat américain John Kerry et de l’Émir du Qatar à Alger pendant la campagne présidentielle algérienne. Pour la chercheuse algérienne, spécialisée en islam politique, cette double visite n’aura pas d’impact sur l’issue du scrutin du 17 avril.

Les visites de John Kerry et de l’Émir du Qatar à Alger interviennent deux semaines avant le vote du 17 avril. Est-ce une façon d’apporter leur satisfecit au 4è mandat d’Abdelaziz Bouteflika ?

J’en doute. L’élection présidentielle algérienne n’est pas si importante que cela dans l’agenda diplomatique américain et qatari. Ce qui intéresse en revanche John Kerry ce sont les affaires régionales. Idem pour l’Émir Qatar, qui est en train de revoir ses alliances panarabes. Sur le plan officiel, le dialogue sur la coopération militaire prévaut sur les questions de politiques nationales.

Mais les Etats-Unis et le Qatar peuvent-ils soutenir Abdelaziz Bouteflika qui, en raison d’un état de santé fragile, mène une campagne par procuration ?

L’état de santé du Président ne préoccupe pas non plus ces deux puissances. Elles savent très bien que Bouteflika ne gère pas seul le pays mais qu’il s’agit d’une gouvernance collective.

Le résultat de l’élection présidentielle algérienne peut-il bouleverser la stratégie diplomatique des Etats-Unis et du Qatar ?

Je ne pense pas. La victoire d’Abdelaziz Bouteflika est attendue. Et, tant bien même il y aurait une surprise le 17 avril, ils s’adapteraient. Regardez la facilité déconcertante avec laquelle les Etats-Unis ont géré l’après-Ben Ali en Tunisie et l’après-Moubarak en Egypte. Les Etats-Unis sont extrêmement pragmatiques.

Alors quel est le véritable enjeu de cette double visite diplomatique ?

Pour les Etats-Unis, il s’agit de s’assurer de la stabilité de la région et du soutien de l’Algérie dans sa sacro-sainte lutte contre le terrorisme et non pas du maintien d’une personne au pouvoir ou de la capacité de cette personne à gouverner.

Pour la société civile algérienne, l’enjeu est important. A l’étranger, on ne connait pas bien l’Algérie. Et le fait que les médias étrangers peinent à obtenir des visas d’entrée pour couvrir la campagne présidentielle n’arrange pas les choses. La société civile doit donc se saisir de cette opportunité pour faire parler des vrais problèmes du pays : un chômage élevé, notamment chez les jeunes, un régime en perte de légitimité etc. Il s’agit de rattacher la réalité de l’Algérie sur le terrain au monde réel et de faire entendre une voix alternative au discours officiel, à l’échelle internationale.