L’Algérie doit t’elle s’assurer contre la baisse des prix pétroliers ?   Par Hassan Haddouche

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La baisse des cours du pétrole se poursuit dans un marché déprimé par la surabondance de l’offre. Le baril est passé ces derniers jours sous la barre des 44 dollars. Le prix pétroliers peuvent t’ils descendre  encore plus bas ? Et dans cette situation existe-t-il des solutions pour préserver les revenus de l’Algérie ? La réponse est oui. C’est ce qu’affirme l’expert financier Rachid Sekak.

Le baril de pétrole peut-il  tomber  à 20 dollars ? C’est la très influente banque d’Affaire Goldman Sachs qui n’écartait  pas, voici quelques semaines, cette possibilité. « Le marché du pétrole est encore plus excédentaire que prévu et nous estimons aujourd’hui que ce surplus va persister en 2016 avec la poursuite de la croissance de la production de l’OPEP, l’exploitation résiliente des pays non membres du cartel et le ralentissement de la croissance de la demande, avec des risques d’une consommation encore plus faible compte tenu du ralentissement de la Chine et de son impact négatif sur les pays émergents », expliquait  la banque d’affaires américaine. « Bien que cela ne soit pas notre scénario de base, le potentiel pour que les prix du pétrole tombent à de tels niveaux, que nous estimons à environ 20$ le baril, est de plus en plus grand alors que les stocks continuent à grossir ». Pour l’instant, le scénario central de Goldman Sachs n’est pas aussi noir, mais  la banque a quand même  réduit sensiblement ses prévisions de court terme sur le brut léger américain, à 40$ dans six mois et à 45$ dans un an.

Des prix pétroliers toujours aussi bas en 2016 selon L’AIE

Les évolutions les plus récentes semblent lui donner raison. Dans son dernier rapport mensuel sur le pétrole publié voici quelques jours, l’Agence internationale de l’énergie (AIE)  indique que « l’accumulation ces derniers mois d’importants stocks de pétrole brut, le ralentissement de la demande mondiale et la bonne tenue de la production des pays extérieurs à l’Opep pourraient accentuer la situation actuelle d’excédent du marché pendant une bonne partie de 2016 », « des stocks de pétrole de trois milliards de barils, un record, assurent au marché un certain degré de confort », explique-t-elle dans son rapport mensuel. »Ce stock massif augmente alors même que le marché pétrolier mondial s’adapte à un baril à 50 dollars. La croissance de la demande a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans à près de deux millions de bpj (…) mais la hausse de la demande a été dépassée par la production soutenue de l’Opep et la résistance de la production hors-Opep, la production russe atteignant un record post-URSS et devant rester solide en 2016″, explique l’AIE.

L’OPEP mise sur  futur « trou béant » dans l’offre pétrolière

Dans ce contexte de surabondance de l’offre, à en juger par son rapport du mois de novembre, l’OPEP ne semble pas vouloir dévier de sa stratégie de maintien d’une production excédant largement la demande afin d’affaiblir la concurrence. L’OPEP estime que la « réduction des investissements (des pays hors-OPEP) de près de 200 milliards de dollars cette année et la suivante créeront un trou béant dans l’offre ». La stratégie des pays membres les plus influents, au premier rang desquels se trouve l’Arabie Saoudite, serait donc  de continuer la politique de surproduction pour éliminer une partie des concurrents et augmenter leurs parts de marché en espérant une remontée ultérieure des cours pétroliers.

 Des conséquences financières désastreuses pour l’Algérie

Une baisse encore plus importante et prolongée des cours pétroliers ne semble donc pas exclue. Elle aurait pour notre pays des conséquences financières désastreuses. Dans son dernier rapport de conjoncture, rendu public en septembre, la Banque d’Algérie indiquait que nos réserves de change ont déjà diminué de près de 33 milliards de dollars rien qu’entre juin 2014 et juin 2015  dans un contexte où le cours moyen du baril était encore proche de  60 dollars.

 Il existe  pourtant, dans cette situation, des instruments financiers susceptibles de se substituer au recours pur et simple à la consommation des  réserves de change qui est la solution qui semble adoptée jusqu’ici par les pouvoirs publics algériens. C’est ce que l’économiste algérien Rachid Sekak affirme dans une interview  publiée voici quelques jours  par le site spécialisé  « Maghreb émergent ».

 Une « assurance contre la baisse des prix pétroliers » ?  

 « Des mécanismes simples de couverture financière sont disponibles, qui peuvent permettre à l’Algérie, si elle en fait le choix, de s’assurer contre les effets d’une possible poursuite de la baisse des prix du pétrole. Les Etats (ou bien les compagnies pétrolières nationales) peuvent en effet souscrire des produits d’assurance qui leur assurent un niveau garanti de revenus pétrolier », soutient Rachid Sekak.

L’expert algérien précise la nature de cette « assurance » contre la baisse des prix pétroliers :   « En contrepartie du versement d’une prime, l’institution qui émet la protection s’engage en effet à compenser les pertes de recettes qui surviendraient lorsque le prix du baril de pétrole passe en dessous du prix fixé dans la garantie. Si par exemple un Etat souscrit une couverture pour un prix de référence du baril à 50 USD, et que le prix du baril s’établit à 30 USD, cet Etat reçoit une compensation qui correspond à l’intégralité des pertes de recettes par rapport au prix de référence de 50 USD. Ce qui revient de facto à s’assurer d’un prix-plancher du baril de pétrole à 50 USD.

A titre d’exemple, s’assurer il y a quelques mois  pour un prix du baril à 50 USD coûtait approximativement 3 USD par baril. Si le prix du baril sur les marchés spot passe à 30 USD, l’Etat qui a souscrit l’assurance se voit donc indemnisé et reçoit 20 USD. Si le prix du baril s’établit par exemple à 70 USD, l’Etat qui s’est assuré ne reçoit bien sûr pas de compensation, mais ne débourse rien non plus ».

Pour une plus grande « modernité financière »

Ce mécanisme  ne relève pas du tout de la théorie et a déjà été adopté par un certain nombre de pays pétroliers. Le Mexique par exemple,  assure de cette manière l’intégralité de ses revenus budgétaires tirés du pétrole (1/3 de ses recettes totales) depuis le début des années 1990. « L’adoption de ces mécanismes d’assurance a  permis  au Mexique de recevoir  une compensation de 9 Milliards USD en 2009, suite à la chute des prix du pétrole ».

Selon Rachid Sekak, en Algérie, la couverture pour s’assurer d’un prix plancher pourrait être souscrite soit par la Sonatrach, soit (plus logiquement encore) par le Fonds de régulation des recettes (FRR). « Le FRR, en souscrivant à ces mécanismes d’assurance, remplirait ainsi pleinement sa fonction d’assurer un « lissage » des revenus budgétaires tirés du pétrole pour le pays. Le temps d’une plus grande  modernité financière n’est t’il pas arrivé? », interroge l’expert algérien.

 

 

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