L’Algérien que je suis est l’adjectif de ma naissance, une naissance accompagnée par les youyous des femmes vêtues de robes de différentes couleurs et de bijoux en argent, et portant des foulards à rayures souvent en rouge et jaune. Les vieux portant des burnous d’un blanc immaculé, venaient à petits pas en direction de mon père pour lui dire : « amzayad amarvouh » , « ath yahraz rebbi », des petits mots de félicitations dans ma langue de toujours, le kabyle, dérivé de ma langue maternelle, le tamazight.

L’Algérien que je suis a embelli le climat de son enfance avec trois langues. A l’école on m’a appris une langue qui ne me paraissait pas étrangère car elle ressemble à celle que je parlais avec mes potes, qui en jouant dans les petites ruelles d’Alger. En Kabylie, je me souviens que je courais et je criais « Imazighen, Imazighen » (les Amazighs), dont, je l’avoue, je ne comprenais pas le sens. Je me sentais homme, adulte et rebelle et cela sonnait bien, en même temps. Souvent, je scandais également « 1,2,3 viva l’Algérie », pour marquer mon algérianité. Pour le français, cette langue me paraissait un tantinet bizarre. Et pourtant, 20 ans après, je me retrouve à écrire ce texte dans cette langue. Une langue que j’utilise souvent dans ma vie quotidienne, celle qui s’écrit de gauche à droite, contrairement à celle que j ai appris à l’école. Malgré cette différence, je me rends compte que cette langue m’appartenait aussi.

L’algérien que je suis était cet adolescent dont le cœur a été guidé par Nizzar Kabani. Ce dernier a fait de moi un poète dans la langue de Mahmoud Darwich, pour adresser des massages d’amour à ma copine. Je ne pouvais pas me sentir l’âme romantique en dehors de cette langue. Et là, j’ai su que cette langue arabe m’appartenait aussi.

L’Algérien que je suis a tissé des liens avec l’Arménien qui a échappé au génocide des Ottomans pour s’exiler au LIBAN, et le fils de ce kurde enraciné en Irak.. L’Algérien que je suis a bâti une civilisation a côté du copte et du pharaon en Egypte. Il s’était exprimé, parlé bien avan,t en syriaque avec le Syrien. L’Algérien que je suis a pleuré l’enterrement de la langue du Bagarra en Libye, du Nubien au SOUDAN. L’Algérien que je suis a accueilli le Phénicien qui venait des côtes libanaises et de Palestine, pour jeter son ancre en Tunisie et pour la postérité. L’Algérien que je suis a chanté en tamazight au rythme du goumbri et des karkabou au Maroc.

L’Algérien que je suis, est le petit fils d’un guerrier numide, d’un roi unificateur, d’un Africain, qui a fait de Cirta une une capitale, point de départ d’une civilisation, puis une Algérie dont je suis citoyen. L’Algérien que je suis est encore plus grand. Il déborde les limites géographiques de sa patrie. Il cache ses histoires dans chaque recoin de ce monde et par dessus tout, dans cette Afrique du Nord et ce Moyen-Orient dont la culture remonte à 8000 ans. Une culture basée sur l’attachement à la terre, au Sahara et la Méditerranée. Chaque cellule de mon corps porte une langue, une culture, une couleur et une religion. Je ne peux pas choisir. L’arabe m’appartient ; mais Constantine est plus grande pour être la capitale d’une langue. Et d’une culture univoque.

L’histoire vous condamnera!