Abdou-Semmar1 Non, cette fois-ci, Ramadhan ou pas, piété ou foi, je ne vous parlerai pas de notre régime et de ses déviances incommensurables. Non, Ramadhan ou pas, je ne vous parlerai pas aujourd’hui de la gestion, une nouvelle fois chaotique, d’un drame national. Celui de la catastrophe du crash du vol AH5017. Une fois n’est pas coutume, je n’attaquerai pas nos ministres des Transports, Communication, de la Défense nationale ou Affaires Étrangères pour leur incapacité à nous délivrer des informations fiables, correctes et des explications plus au moins rationnelles concernant cette tragédie où 6 de nos compatriotes ont perdu la vie.

Notre Président Bouteflika n’a pas parlé. Ce n’est pas nouveau. Il a laissé sa place à son ami François Hollande, le président français, pour nous communiquer des infos, nous relater des faits et nous promettre la vérité. Notre Président s’est contenté de décréter 3 jours de deuil national. C’est forcément, excusez l’inélégance de ma moquerie, une bonne nouvelle : notre Président est au moins capable de faire des décrets. Pour le reste, en pareille tragédie, on l’aura compris, pas besoin de compter sur nos autorités dont les cellules de crises sont surtout mises en place virtuellement. Finalement, heureusement que la France existe. Ah pardonnez-moi ce blasphème en ce mois sacré. Mes détracteurs me flingueront pour cette phrase. Eux qui aiment obtenir le plus longtemps possible des visas Schengen ne me permettront jamais de dire que la France a encore une fois giflé son ex-colonisé.

Les médias français ont eu droit à toutes les infos, les citoyens français ont vu leur armée se mobiliser pour la recherche de l’épave de l’avion affrété par Air Algérie. Les français ont vu leurs ministres leur parler plusieurs fois par jour. Leur président n’a pas manqué à son devoir pour répondre aux questions de ses compatriotes accablés par une tragédie majeure. Chez nous, l’APS a fait trois dépêches le jour du crash. Le Premier ministre a parlé brièvement. L’armée, on ne sait pas ce qu’elle fait même si elle consomme le premier budget du pays. Et à l’aéroport d’Alger, le dynamique Amar Ghoul, qui a hérité du portefeuille des Transports après avoir bien dépensé les sous du portefeuille des Travaux Publics,  nous parle davantage de ce que Bouteflika lui a demandé de faire plutôt que  de ce qu’il a fait lui-même réellement…

Mais soyons sérieux ! Toutes ces choses, vous les connaissez tous et toutes. Aujourd’hui, je veux donc vous parler de Houari Manar. Le sulfureux chanteur Raï qui met le feu dans les cabarets et les boites de nuit. Populaire, jeune et un peu «efféminé». Ah le drame !  On ne lui a jamais pardonné ce trait de caractère hérité de sa naissance. Jusque là, Houari Manar était aimé et apprécié. Pour sa musique, pour sa voix et pour d’autres qualités intrinsèques à sa personne sur lesquelles il serait inutile, pour ne pas dire illicite, de s’étaler en cette journée ramadanesque. Et voila que depuis le 17 juillet dernier, le chanteur Raï est au cœur de toutes les polémiques sur les réseaux sociaux. Il a même réussi, comble de l’exploit, à faire oublier à nos internautes les mystères du crash de l’AH 5017.

Le très apprécié Houari est vite devenu l’impie, le malfrat et l’immoral qu’il faut vilipender, boycotter ou exclure. Et pourquoi ? Une photo de lui qui circule sur les réseaux sociaux a révolté nombre de nos compatriotes. Le chanteur embrasse sur la bouche un ami à lui  en présence de son public chaleureux à l’occasion d’un concert animé à la Villa Moncada, un prestigieux lieu de fêtes et de joies nocturnes situées à Ben Aknoun, à Alger. Le bisou, religieusement incorrect, de Houari Manar a scandalisé l’opinion publique, du moins une partie d’entre-elle qui ne tolère pas les signes amoureux ostensibles en plein Ramadhan. Il est donc attaqué et l’organisateur même de ce concert à la Villa Moncada a été obligé de s’exprimer anonymement pour s’excuser auprès des Algériens heurtés par le bisou de Houari Manar.

Ce même organisateur avait annulé la soirée que Houari Manari devait animer le 23 juillet dernier. Pas question de laisser faire de nouveaux bisous sur la bouche. C’est Haram. C’est choquant et révoltant. C’est, visiblement, plus révoltant que la non-transparence de notre régime, son incapacité à gérer des crises et à soulager la douleur des familles des victimes. Le bisou de Houari Manar a davantage préoccupé notre blogosphère ces derniers jours que l’incroyable incompétence de nos dirigeants. Certes, en Algérie, il est plus facile d’annuler la soirée de Houari Manar que de demander des comptes à Amar Ghoul. Alors allons-y : lynchons toute personne qui embrasse sur la bouche. Criant au scandale. Le reste, la mauvaise gouvernance, le manque de transparence, ce n’est pas la tasse de thé de nos vierges effarouchées…

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