no pétrole Ce qui est bénéfique pour le monde, ne l’est pas forcément pour l’Algérie. En effet, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de repousser ses prévisions pour le quatrième choc pétrolier dont le spectre hante toujours les tableaux du Nymex. La cause, c’est la récession économique mondiale qui ampute fortement la demande de pétrole, ce qui aurait un impact sur les prix. Conséquence négative pour les économies des pays essentiellement pétroliers comme l’Algérie.

Les experts économistes s’interrogent sur la solidité et la détermination de la politique économique nationale pour faire face aux moroses perspectives économiques mondiales, notamment les fluctuations des prix du baril. Pour le docteur Abderrahmane Mebtoul, contacté par «Le Financier», l’Algérie est en «retard» dans ses réformes économiques dont la politique doit, à présent, s’orienter vers un nouveau modèle de consommation énergétique. Il faut savoir que la demande internationale de pétrole recule, tandis que les prix se stabilisent autour des 70 dollars. Pour l’Algérie, ces 70 dollars ont une valeur de 61 à 62 dollars, selon le docteur Mebtoul qui parle en termes de parité euro/dollars en y indexant les échanges commerciaux du pays qui sont essentiellement en euro (60%). L’Algérie qui a pu engranger autour des 80 milliards de dollars lors du précédent choc pétrolier (2008), n’est pas prête à revoir cette rente. Plus explicitement, et selon le rapport prospectif annuel à moyen terme de l’AIE publié hier, la récession économique mondiale ampute fortement les perspectives de demande de pétrole et repousse les risques de choc pétrolier à 2013/2014 au plus tôt. La demande pétrolière La demande mondiale de pétrole va augmenter de 0,6% par an entre 2008 et 2014, estime l’AIE.

Cette demande était prévue à 1,6% et a donc été révisée à la baisse. Elle est de plus en nette baisse par rapport à l’annonce de 2008, alors que le cours du brut dépassait 140 dollars le baril. L’Agence prévoyait alors une croissance annuelle de la demande de 1,6% entre 2007 et 2013. Cette révision s’explique principalement par la récession économique mondiale qui devrait faire chuter la consommation d’or noir de 3% en 2009. Toutefois, l’AIE prévoit qu’après 2009, la demande devrait progresser de 1,4% par an. Le monde devrait donc consommer 88,99 millions de barils par jour (mbj) en 2014, contre 85,76 millions en 2008. Le monde produira 93,6 mbj en 2014 contre 89,4 mbj en 2008, avance-t-elle en estimant que les risques de «choc pétrolier» n’apparaîtront pas avant 2013/2014.

Concernant l’Algérie, le docteur Mebtoul a rappelé que le manque à gagner se situe autour des 5 milliards de dollars suite aux dernières baisses de production Opep. Pour l’AIE, les capacités excédentaires de production de l’Opep (la réserve mobilisable immédiatement pour pallier une crise majeure) resteront en effet supérieures à leur niveau de 2008 sur les cinq années à venir, selon le scénario le plus optimiste en termes de croissance économique (+5% à partir de 2012). Elle prévoit qu’à partir de 2013/2014, le marché sera «plus tendu, potentiellement plus volatil». Promouvoir les autres secteurs Ceci étant, les perspectives économiques pour l’Algérie restent sombres alors que les Etats-Unis et l’Europe espèrent une reprise de l’économie à l’horizon 2013/2014. Mais notre expert attire l’attention sur l’impact de cette hypothétique relance. Les plans de relance faramineux des Etats-Unis et de l’Europe pourraient «causer une hyperinflation» généralisée d’ici 2013. Et en plus du risque existant d’un dérapage du dollar, le baril du pétrole pourrait perdre jusqu’à 48% de sa valeur.

Donc, même avec un baril à 150 dollars, sa valeur réelle pour l’économie nationale serait réduite. Selon notre expert, seul issue pour garantir des ressources c’est de privilégier les autres secteurs hors hydrocarbures en levant les contraintes à l’entreprise et à l’investissement. En somme, le risque de choc pétrolier a été repoussé et l’Algérie doit anticiper un nouveau modèle de consommation énergétique (en terme d’alternatif et d’efficacité), lever les contraintes bureaucratiques aux entreprises et à l’investissement en misant sur les intelligences et le facteur humain. Toutefois, notre interlocuteur remarquera qu’un manque de visibilité est perçu à la faveur des décisions et des orientations politico-économiques.

R.B
Avec Le Financier

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