C’est l’une des informations les plus bizarres et les plus incongrues de toute l’histoire de la presse algérienne. Mardi, le controversé quotidien arabophone Ennahar consacre sa Une à une drôle d’affaire de corruption au niveau de la direction régionale d’Air Algérie à Béchar.

L’incriminée est une femme appelée « madame Latifa ». Elle officie comme « chef de comptoir » au niveau de cette direction régionale. « Madame Latifa » aurait donc bénéficié d’un billet d’avion gratuit pour se rendre jusqu’à Alger alors qu’elle était en congé maladie. Jusque là, rien d’extraordinaire. Mais Ennahar en parle comme s’il s’agissait d’un scandale d’Etat mettant en péril la survie financière d’Air Algérie. Le plus surprenant est à venir. Madame Latif aurait obtenu aussi un « ordre de mission » de la part d’un secrétaire général du syndicat d’Air Algérie, un certain « Saïd », pour qu’elle puisse rallier Alger.

Et c’est là que le DRS, le puissant service de renseignement algérien, intervient. Oui, le tout puissant DRS intervient pour enquêter sur les déplacements à Alger de « madame Latifa ». Selon Ennahar, le DRS est parti jusqu’à s’intéresser à la relation amoureuse et sexuelle de « madame Latifa » avec monsieur « Saïd » ! Ennahar publie même une soi-disant note interne de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), une note signée par un certain colonel Abdelghani, où le DRS affirme et met en garde contre « les visites répétitives de madame Latifa à Alger pour retrouver son amant ». Les relations amoureuses de cette femme algérienne représentent-elles un danger pour la sécurité de notre pays ? Cette soi-disant note attribuée au DRS et à la sécurité de l’armée affirme que « madame Latifa » bénéficie de frais de mission. Terrible scandale ! Au moment où notre pays est vidée de ses caisses dans des scandales bien plus grands et bien plus sérieux comme celui de l’autoroute est-ouest ou celui de Sonatrach 1 et 2, le DRS planche uniquement sur les sous de madame Latifa et de ses ébats amoureux. Est-ce sérieux ? Est-ce digne d’une institution aussi stratégique comme le DRS ? Et une telle note ne constitue-t-elle pas une atteinte à la vie privée d’une citoyenne algérienne ? 

Ces questions sont légitimes notamment dans ce contexte marqué par la fuite de nos capitaux vers des paradis fiscaux. Une fuite orchestrée par les barons de l’import et de l’informel. Des barons nettement plus dangereux pour notre pays que « madame Latifa ». Mais pourquoi Ennahar a consacré toute sa « Une » à une telle histoire ridicule et insignifiante ? Et si finalement, cette information n’est qu’une manière déguisée pour attaquer le DRS et le ridiculiser face à l’opinion publique en nous faisant croire que cet appareil de sécurité se préoccupe davantage de notre sexualité clandestine que nos véritables dossiers délicats politiques et économiques ? L’Algérie est un drôle de pays…