57340912 Le fondement stratégique est d’arrimer l’Algérie à l’économie mondiale et permettre la résorption du chômage et de la pauvreté. Nous éviterons la démagogie, la fuite en avant et les visions utopiques. Car une société décrétée, bureaucratisée, régie par des relations de clientèles, la mentalité de bien vacant, conduit à l’irresponsabilité collective et à la régression sociale.

Car l’Algérie ne dispose pas d’autres alternatives que l’adaptation à la mondialisation dont les espaces euro-maghrébins, arabo-africains et euro méditerranéens constituent son milieu naturel.. Prétendre que la mondialisation aliène le développement du pays et les libertés c’est ignorer une évidence: sans insertion euro méditerranéenne, l’Algérie serait bien davantage ballottée par les vents des marchés avec le risque d’une marginalisation croissante.

De ce fait, l’instauration progressive de l’économie de marché humanisée et
de la Démocratie, évitant la fracture sociale permettant, sans douleur, le passage d’une économie rentière à une économie basée sur le travail et le génie créateur, la responsabilisation des Algériens qui deviennent les acteurs de leur propre destin, est la seule alternative.

1- Le principe de l’efficacité économique

Ce principe reposera sur quatre (O4) actions complémentaires :

1.1 La nécessité d’une nouvelle politique économique marquée par l’innovation, évitant qu’une économie qui produit la richesse ne détruise les liens sociaux dans un univers où la plupart des structures d’encadrements, (familles, religion, syndicats) sont faibles, marquée par une véritable rigueur caractérisée :

– par une monnaie stable

– par la réduction des déficits publics.

1.2 La nouvelle politique doit donc tenir compte de l’espace euro-méditerranéen. L’Algérie est appelée à jouer le rôle moteur pour cette construction, du fait que c’est un pays pivot. Les négociations futures avec l’Organisation mondiale du commerce et son adhésion pour une zone de libre-échange avec l’Europe correspondront aux avantages comparatifs des pays du Maghreb dans leur ensemble.

1.3 – La nouvelle politique sera marquée par l’adaptation à l’universalisation de l’économie de marché.. Le commerce international n’est pas un jeu à sommes nulles. L’ouverture peut être douloureuse à court terme car elle impose des changements mais elle est bénéfique à moyen et long terme et porteuse d’espoir.

1.4- La politique économique entre 2009/2020 devra prendre en compte la mutation nécessaire des services publics marchands. La conception passée sur une superposition forte entre secteur public, entreprise publique, monopole, activité limitée du territoire national, devra faire place à l’efficacité de gestion, à la concurrence des services collectifs, par l’introduction de paramètres marchands pour tester de l’efficacité des services collectifs.

2- État Régulateur et Équité

Comme cela a été souligné avec force tout au cours de notre analyse, il y a nécessité pour éviter les effets pervers du marché. Pour cela, l’action régulatrice de l’Etat et notamment de la dynamisation des collectivités locales doivent favoriser les initiatives collectives (associations) et individuelles sans jamais se substituer à elles, loin de toute vision bureaucratique. Ainsi il s’agira de s’interroger sur le degré d’universalité du service public rendu, sur la légitimé de la péréquation des tarifs utilisés entre clients et contribuables, parallèlement au redéploiement de l’action de l’Etat.

Les relations donc entre l’Etat et le marché doivent procéder d’une démarche pragmatique par une définition des règles incitative. Ainsi, l’Etat Régulateur, tout en ne se substituant pas au marché, édictera les règles de jeux et les fera respecter par l’ensemble des acteurs économiques et sociaux. Evitons toute démagogie et promesses utopiques : l’égalité n’est pas l’égalité du modèle de l963-2OO9 mais recouvre la nécessité d’une transformation de l’Etat providence par la mutation des services collectifs, par la formulation du contrat social qui devra concilier les principes de l’efficacité économique et de l’équité. Il s’agit de ne pas confondre justice sociale et égalitarisme. Certes, l’Algérie a vécu sur un modèle égalitaire simple, l’Etat propriétaire gestionnaire ayant régenté l’ensemble de l’activité économique et sociale par la réduction des inégalités, le développement des prestations sociales pour tous, bien que certains contestent que ce modèle ait été équitable. Mais d’une manière générale, ce compromis est remis en cause par l’évolution vers une société plus ouverte, plus individualiste exigeant des traitements plus personnalisés, avec comme toile de fond une croissance plus sélective.

De ce fait, cela remet en cause le traitement statistique global qui correspond de moins en moins à la réalité plus complexe. Ainsi, les problèmes doivent être abordés différemment et cela passe par une réflexion collective sur la justice au sens sociétal. Car le lien est fort entre justice et équité afin de dépasser la conception commune aujourd’hui qui prédomine d’injustice, encore qu’il n’existe pas de justice et d’équité absolue. L’universalité de la justice n’existant pas, elle dépend du moment daté et du mouvement historique. Une société dynamique en forte croissance offre des espoirs individuels plus grands en tolérant certaines inégalités qu’une société dont l’économie est en stagnation, où l’avenir est incertain. Paradoxalement, en dynamique, certaines inégalités à court terme profitent aux plus défavorisés à moyen terme, bien entendu si l’on respecte les droits fondamentaux.

Cependant, il ne saurait être question d’un désengagement de l’Etat aux dépens des personnes et régions les plus défavorisées. Les efforts consisteront à éviter une domination excessive de l’argent sur la vie sociale. La société de marché incitant naturellement à plus d’efforts et de dynamisme et la solidarité dans la compétition implique de cesser d’exclure sous peine de devenir une société de décadence. Ainsi, selon notre conception, l’équité qui ne recoupe pas l’égalitarisme est une condition de l’efficacité globale de l’économie. Dans un tel contexte, il faudra identifier lés inégalités qui doivent être combattues (inefficaces et injustes) et trouver le niveau acceptable d’inégalités nécessaire pour assurer le dynamisme de l’économie. Cela suppose une réflexion sur l’optimum que la société souhaite et une approche cas par cas en fonction du domaine étudié par une reconnaissance mutuelle des créances et des dettes sociales que l’on échange et qui se distribuent par un traitement symétrique des devoirs et des droits.

En fait, les principes de justice sociale dans une société ouverte doivent faire l’objet d’une gestion décentralisée qui repose sur la confiance, le partenariat, le dialogue et le contrat, si on veut qu’ils deviennent effectifs. Il ne sera plus question de la simple égalité d’accès à des prestations banalisées mais l’équité par la discrimination positive, privilégiant le renforcement des relations professionnelles, la relance des négociations collectives, branches par branches, grâce à de nouvelles méthodes de travail fondées sur l’innovation continue. Il y a lieu de favoriser de nouvelles structures sociales dynamiques pour impulser le changement et impulser celles traditionnelles, par définition plus conservatrices. Par ailleurs la réforme du système fiscal, étant au cœur même de l’équité, doit être une priorité. Mais l’impôt dont le paiement constitue un acte de citoyenneté, peut tuer l’impôt s’il décourage les activités utiles du fait qu’il modifie l’allocation des ressources réalisées, notamment l’offre de capital et de travail ainsi que la demande de biens et services. Cette réforme devra trouver le moyen de prélever des recettes en perturbant le moins possible les mécanismes qui conduisent à l’optimum économique. Aussi, il s’agira de mettre en place une bonne fiscalité qui devra s’articuler autour des prélèvements faiblement progressifs sur des assiettes larges qui n’altéreraient pas nécessairement leur caractère redistributif. Pour cela, l’on devra combiner, dans ce cadre, l’équité horizontale fondée sur le principe à revenu égal- impôt égal, et l’équité verticale qui conduit à augmenter le taux réel d’imposition à mesure que le revenu s’accroît. L’objectif sera de réduire la progressivité de l’impôt sur le revenu tout en ne portant pas atteinte a ses propriétés redistributives.

Mais comme le problème qui touche â l’impôt, autant que l’amnistie fiscale, est sensible ( ne signifiant en aucune manière le recyclage de l’argent sale comme celui provenant de la drogue), l’action consistera à favoriser un grand débat collectif, impliquant les partenaires économiques, sociaux et politiques.

3- Priorité des priorités : éradiquer le chômage et la pauvreté

Une Nation ne peut distribuer que ce qu’elle a préalablement produit si elle veut éviter la dérive économique et sociale. Aussi, si l’objectif stratégique est l’éradication du chômage et de la pauvreté par la mie en œuvre des politiques sectorielles dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux analysées précédemment, l’action principale consistera à introduire l’initiative économique de tout le monde et les capacités entrepreneuriales, caractérisées par les prises de risques industriels et économiques afin d’accroître la valeur ajoutée et donc la croissance économique. L’encouragement de la petite et moyenne entreprise devra être la priorité et ce, en revoyant le financement de la protection sociale qui continue à être assis, pour l’essentiel, sur les cotisations sociales et absorber les gains de productivité au détriment de l’emploi et des salaires directs. Aussi, s’agit-il de réduire les à-coups sur l’emploi en accroissant la flexibilité des revenus et des temps de travail par une formation permanente pour permettre l’adaptation aux nouvelles techniques et organisations. Comme il y aura lieu d’abaisser les cotisations sur les bas salaires afin de diminuer les coûts relatifs des emplois non-qualifiés. Cependant, en allégeant les charges, il faudra mesurer le prix de cet effort de redistribution par les actions ciblées de solidarité nationale en évitant de décourager les activités économiques. La solution la plus sure sera de s’appuyer sur la qualification des salariés qui va de pair avec la spécialisation de l’économie. L’avenir est dans les gisements importants d’emplois sur les activités de services, des emplois de proximité, ce qui impliquera le développement important dans les années à venir des services marchands rendus nécessaires par l’élévation du niveau de qualification.

4- Nécessité d’une mutation systémique portée par des forces sociales nouvelles

Tout projet de société est forcément porté par des forces sociales. L’identification claire de ces facteurs renvoient à l’existence de très fortes pesanteurs sociologiques et culturelles et à des dysfonctionnements avérés observés dans l’activité des appareils de l’Etat .La prise en compte des structures tribalo-confrériques est vital pour une gestion politique efficace de l’Algérie.

Cette identification permettra :

– d’obtenir une lisibilité plus grande des stratégies de contournement et de mise en échec déployées;

– de rendre plus visibles les forces sociales et politiques qui portent ces stratégies et les exécutent ;

– d’avancer un certain nombre d’hypothèses susceptibles d’expliquer pourquoi, drapés cyniquement et impunément des faux habits de la modernité et porteurs d’un discours mystificateur sur l’alternance, les droits de l’homme et les libertés, les défenseurs d’un statu quo mortel pour le pays ont pu s’opposer aussi longtemps à des changements jugés par tous comme étant absolument nécessaires.

– d’élaborer enfin une stratégie de riposte plus cohérente que celle qui a prévalu durant le premier mandat, plus offensive et donc plus efficiente, stratégie seule à même, de notre point de vue, de garantir la pleine réussite des réformes nécessaires au pays et de mettre l’Algérie en position de s’adapter avec succès aux exigences de la mondialisation.

Car en dernière analyse, le traitement correct de la question qui nous occupe ne saurait faire l’impasse sur une donnée essentielle : le contexte ou le cadre global dans lequel il faut replacer, encore et toujours, cette question grave et complexe. L’exigence de l’insertion de l’Algérie dans la mondialisation appelle une stratégie efficiente d’adaptation, voire même une stratégie de survie, que des acteurs internes – et même externes au pays
– hostiles aux réformes, perçoivent depuis des années déjà comme une menace majeure pour leurs intérêts.. L’insertion dans l’économie mondiale comme objectif stratégique implique un certain nombre de mesures absolument indispensables qui permettront de combler le retard accumulé. Nous avons posé comme hypothèse de travail la question de la hiérarchie des priorités – en matière d’ordonnancement temporel des actions à engager dans la mesure où les secteurs structurants, donc les plus sensibles, exigent un traitement prioritaire en raison principalement :

– de l’urgence que présentent leurs états respectifs,

– des imbrications existant entre ces différents secteurs et de l’interconnexion des réseaux d’intérêt qui les irriguent et qui déploient des stratégies communes de résistance et de riposte. C’est pourquoi, un traitement simultané et correctement synchronisé des actions de réformes à mener doit être retenu comme la démarche la plus appropriée et la plus productive. Ainsi les réformes à poursuivre et/ ou à engager relèvent des aspects les plus sensibles, sinon les plus importants, de l’organisation et de la gestion du pays et de ses relations avec son environnement régional et international.

a) Au plan interne il s’agira d’engager les véritables réformes politiques, économiques et sociales, réformes qui doivent impérativement toucher :

– Le système politique, centre névralgique de la résistance au changement et à l’ouverture,

– Le secteur des hydrocarbures, source de rente et objet de toutes les convoitises,

– Le système financier et bancaire, nouveau centre de la distribution de la rente,

– Le système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays.

b) Au plan international la mondialisation dans sa version contemporaine renvoie non seulement à des interactions internationales d’ordre économique mais aussi à des interactions de type religieux et culturel, politique et idéologique, militaire, etc.

C’est pourquoi toute stratégie d’adaptation ou de réponse à ce phénomène doit embrasser l’ensemble de ses composantes et de ses manifestations. S’agissant de notre pays, rappelons, à la lumière des éléments de réponse traités plus haut, que sa participation volontaire et active à l’ordre international en construction doit être appréhendée et retenue comme un objectif de toute première importance.

L’isolement qu’a eu à subir l’Algérie jusqu’à 1999 ayant été efficacement rompu, l’action entre 2009/2020 devrait être consacré à consolider son retour sur la scène internationale et à lui ouvrir de nouvelles perspectives, d’autant plus que la crise d’octobre 2008, crise systémique, devrait entraîner de profonds bouleversements géostratégiques 215/2020. Ainsi, en matière de relations économiques internationales, son action doit s’insérer dans le cadre incontournable de la politique commune des pays industrialisés, politique conçue comme réponse aux crises économiques et financières que ces pays développés ont connues ces trente dernières années. A titre de rappel, on notera que les grandes crises monétaires et pétrolières, l’interdépendance de plus en plus grande observée entre les économies des pays industrialisés ainsi que l’unification tendancielle des différents marchés dans le cadre du processus de globalisation, ont amené progressivement ces pays à leur apporter une « réponse collective » la situation ainsi créée, réponse organisée en trois niveaux :

– le premier niveau concerne la coordination de plus en plus étroite des politiques économiques : coordination des politiques monétaires dans un premier temps puis celle des politiques budgétaires dans un second temps.

– le deuxième niveau renvoie au processus de constitution d’ensembles économiques régionaux viables (Union européenne, ALENA, Mercosur, etc.).

– le troisième niveau a trait au renforcement des institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, OMC).

Cette « réponse » des pays industrialisés constitue pour nous le cadre obligé de notre redéploiement en même temps que l’horizon indépassable de nos actions.

C’est pourquoi, la même démarche et le même souci doivent prévaloir pour nous en matière préservation de l’environnement, de défense et de sécurité, etc. Nous ne pouvons en effet qu’être attentifs aux nouvelles préoccupations de la communauté internationale et apporter notre contribution à ses attentes et à ses demandes dans des domaines aussi divers que ceux de la lutte contre le terrorisme international et la criminalité, la prévention et la résolution des conflits, etc.

La professionnalisation et la modernisation de l’ANP – qui sera en charge de la mise en œuvre d’une doctrine de sécurité et de défense dans un cadre institutionnel multilatéral – deviendra dès lors une priorité majeure.

La modernisation de l’appareil diplomatique et la redéfinition de ses missions en fonction des nouvelles données internationales devra être, elle aussi, une priorité.

En résumé :

L’Algérie de 2O2O sera ce que les Algériennes et les Algériens voudront qu’elle soit. Mais avec optimisme, nous pensons qu’elle sera caractérisée par le développement et la Démocratie. Car d’une manière générale, l’avenir du pays est lié à l’adaptation aux nouvelles exigences de l’heure, évitant l’utopie néfaste de l’autarcie, par l’émergence d’entrepreneurs innovateurs permettant une percée dans le cadre de la compétitivité internationale, une croissance et une par voie de conséquence une diminution du chômage et de la pauvreté. Car, malgré ses nombreuses difficultés, l’Algérie recèle d’importantes potentialités en ressources naturelles, en moyens matériels et surtout humains. Le dynamisme de la population féminine jouera un rôle central avec la jeunesse qui représente les 2/3 de la population.

Il nous appartient à tous, femmes et hommes, de tenir compte des enjeux de la mondialisation et du bien être de la population, en hâtant la réalisation de la Démocratie , l’accélération des réformes et l’instauration de l’économie de marché se fondant sur la justice sociale :

-Pour arrêter les dégâts dévastateurs de la crise économique, tisser les réseaux de solidarité nationale et nous adapter aux nouvelles mutations mondiales.

– Permettre la relance de l’activité économique basée sur le savoir, seule condition d’atténuation des tensions sociales.

– D’œuvrer pour une Algérie ouverte sur le monde et le progrès, conciliant cohésion sociale et efficacité économique, notre authenticité et la modernité par le dialogue des cultures entre l’Orient et l’Occident, la tolérance du fait du droit à la différence,

– Favoriser une solidarité plus accrue entre le Nord et le Sud et faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité au profit de l’ensemble des populations de la région.

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur Université Économiste (Algérie) , pour algerie-focus.com