1- Comment et sans chauvinisme ne pas se réjouir de la victoire brillante de l’équipe algérienne sur l’Egypte. Comment ne pas constater l’enthousiasme de cette jeunesse qui a déferlée de joie à travers toutes les rues de l’Algérie. Et comment donc ne pas penser un seul instant qu’elle constitue une force dynamique de développement, beaucoup plus importante et pérenne que toutes les ressources en hydrocarbures. Comment enfin ne pas penser à son devenir car l’Algérie dans trente (30) ans c’est-à-dire demain, avec une population qui approchera 50 millions d’habitants avec l’épuisement des ressources en hydrocarbures.

L’age moyen de nos filles et garçons d’environ 20 ans en 2009, sera dans 30 ans de 50 ans et entre temps ayant une exigence comme tout Algérien avoir un emploi, un logement, se marier et donc avoir des enfants, donc une demande sociale croissante. Car gouverner étant de prévoir, toute la gestion politique et économique future sera de préparer la période après hydrocarbures dont le développement devra se fonder sur les piliers du développement du XXIème siècle, tenant compte du nouveau défi écologique.

Et ce en évitant l’instabilité juridique, le manque de cohérence et de visibilité dans la politique économique, la corruption qui s’est socialisée en Algérie, démobilisant toute énergie créatrice,et une lutte contre la bureaucratie dont la sphère informelle en est le produit reflétant un Etat de non droit ;-favoriser le dialogue économique et social évitant la concentration excessive du revenu national au profit de rentes spéculatives destructrices de richesses ;garder une partie de la rente pour les générations futures ;- mettre en place un nouveau modèle de consommation énergétique reposant sur les énergies renouvelables ; -promouvoir des segments en réhabilitant l’entreprise, dans un environnement concurrentiel, loin de tout monopole, seule source de la création de richesses permanentes dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux car évoluant au sein d’ une économie mondiale de plus en plus ouverte ,donc des allocations ciblées d’investissement ; et – surtout -la revalorisation du savoir, l’Etat de droit et une nouvelle gouvernance par la réhabilitation du management stratégique politique, de l’entreprise et des institutions, par une libéralisation maîtrisée grâce au rôle central de l’Etat régulateur

En fait il s ‘agira de gérer, loin de la logique rentière des périodes passées mue par la dépense monétaire, via la dépense publique, sans se préoccuper de la maîtrise de la qualité et des coûts, l’impact économique et social n’ayant pas été proportionnel aux dépenses depuis l’indépendance politique à nos jours , si l’on veut atténuer des tensions sociales.

2- Aussi, il faut à tout prix éviter d’avoir un mépris pour ce grand peuple et le considérer comme un peuple mineur car la jeunesse algérienne est capable de miracles pour peu que les gouvernants lui tiennent un discours de vérité grâce à une nouvelle communication et un une gouvernance rénovée. Car , en raison de la défiance nourrie à l’endroit du militantisme partisan et ses satellites , et cela n’est propre à l’Algérie comme le montre le fort taux d’abstention aux élections européennes ce mois de juin 2009 , les formations politiques actuelles ont de plus en plus de difficultés aujourd’hui de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique, et la solution de facilité est de bureaucratiser la société qui constitue un facteur paralysant.

Ce sont là des raisons suffisamment importantes pour envisager sérieusement de réorganiser le système partisan et la société civile en vue de lui donner les moyens dont ils ont besoin pour remplir la fonction qui est la leur dans tout système politique démocratique. En effet, face tant aux mutations mondiales qu’internes à la société algérienne, cette jeunesse “parabolée”; a une autre notion des valeurs de la société. Cela se constate à travers l’éclatement de la cellule familiale, la baisse progressive du poids des tribus, de certaines confréries religieuses et de certaines organisations syndicales,( ces dernières mobilisant uniquement pour des revendications sociales et non pour des actions politiques), du fait de discours en déphasage par rapport aux nouvelles réalités mondiales et locales. En fait cela renvoie à la refonte de l’Etat conciliant la modernité et la préservation de notre authenticité , dont l’objectif stratégique serait plus de liberté, d’efficacité économique, de justice sociale et de moralité des institutions(lutte contre la corruption qui s’est socialisée non par des textes mais par des actes loin des règlements de comptes inutiles ) refondation qui conditionne le développement durable de l’Algérie loin des intérêts rentiers qui paralysent et démobilisent la société.

Le passage de l’Etat de « soutien contre la rente » à l’Etat de droit « basé sur le travail et l’intelligence » est un pari politique majeur car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la Nation et l’Etat. La refondation de l’Etat algérien renvoie à une vision stratégique globale où le Politique, l’Economique, le Social et le Culturel au sein d’un monde de plus en plus globalisé,(ayant une influence déterminante sur la future fonction de l’Etat) sont inextricablement liés dont le fondement est un Etat de droit, qui peut dans une première phase ne pas recouper démocratie qui est l’objectif suprême, et la promotion de la femme et de l’homme pensant et créateur, loin d’une vision rentière périmée qui risque de conduire le pays à une impasse.

Car sans la prise en compte de ces éléments stratégiques et les moyens d’y faire face concrètement, loin des discours démagogiques, il y a fort risque d’un discrédit des discours qui accélérerait le divorce État /citoyens qui aura un impact évident sur le développement futur du pays dans un monde impitoyable ou toute Nation qui n’avance pas recule.

En résumé toutes les félicitations à notre équipe nationale en espérant d’autres victoires au profit exclusif de l’Algérie.

Docteur Abderrhamane MEBTOUL Professeur d’Université

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