les noirs au Maghreb discriminés

Dans une tribune, Boubakar Seck accuse. Les migrants subsahariens seraient devenus les boucs émissaires de la société marocaine et les autorités s’enlisent dans leur mutisme.

Sa tribune a fait le tour du web. Pour l’architecte Bouabakar Seck« les noirs sont devenus les Roms du Maghreb ». Depuis plusieurs semaines, les incidents et attaques contre les subsahariens se multiplient. Pourtant l’hypothèse du crime raciste reste niée. Les responsables sont-ils punis un jour ?

Sur les deux derniers mois, plusieurs événements sont à déplorer au Maroc. Mi-juillet : Des syndicats de propriété interdissent aux « Africains », comprendre les noirs de louer des appartements. Début août : Alex Toussaint Mianzoukouta, un congolais est jeté par des policiers d’une fourgonnette en marche en pleine autoroute, alors qu’il devait être reconduit à la frontière. Il meurt six jours plus tard des suites de ses blessures. Les causes de l’incident restent inconnues. Le 07 août : Pendant l’affaire Daniel Gate, une ivoirienne, Tina Melon porte plainte pour viol collectif par des membres des forces axillaires et une enquête est ouverte, mais très vite la justice parle « d’accusations sans fondement visant à ternir l’image des forces de l’ordre». Le 14 août : Ismaila Faye est agressé à Rabat à propos d’une place de bus, il meurt sur le coup après avoir été blessé à l’arme blanche.

Les communautés subsahariennes au Maroc et dans les autres pays du Maghreb sont discriminées, mais ne demeurent pas pour autant silencieuses. Elles gagnent en visibilité et forment des collectifs, des groupes de réflexion et de défense de leurs droits, supportés notamment par des ONG internationales et des associations locales, telle que l’Association marocaine des droits humains. Ils demandent également aux Etats dont ils sont ressortissants de voler à leur secours. Les Sénégalais avaient notamment manifesté devant leur ambassade à Rabat en mai dernier. 

En Tunisie, les étudiants subsahariens se sont réunis en séances de travail le 22 juillet pour débattre et mettre en évidence leur marginalisation dans la société tunisienne. Le racisme envers les noirs en Tunisie est une réalité occultée, également vécu en Algérie.

Un engagement de la part des autorités de ces pays est attendu pour contrecarrer le phénomène raciste, autant dans la société que dans les sphères de pouvoir, chez les forces de l’ordre qui abusent de leurs positions et chez les hommes politiques qui nient le problème. En Tunisie, certaines associations luttent pour l’inscription dans la loi et la Constitution du principe de protection des minorités. De son côté, le Parti Authenticité et Modernité a déposé le 15 juillet un projet de loi au parlement marocain, qui vise à sanctionner tout comportement discriminatoire, anti-noir surtout. Encore faut-il que la loi soit votée, et vraiment appliquée.