Justice, pression sociale et religieuse. A chaque ramadan le mélange est explosif, cette année encore un scandale autour des non-jeûneurs revient au devant de la scène, rappelant les failles judiciaires de ce problème de société.

Pour le ramadan les Algériens ont le droit à une nouvelle saga autour des non jeûneurs. C’est le quotidien électronique TSA qui a relayé l’information, selon laquelle un homme aurait été battu hier par la police de Béni Douala près de Tizi Ouzou, parce qu’il avait été surpris en train de boire de l’eau pendant le ramadan.

« Au lieu de surveiller les terroristes, vous surveillez les non jeûneurs !», aurait crié l’habitant du village de Tadarth Oufella aux forces de l’ordre qui l’auraient roué de coups devant les habitants. De plus, mercredi dernier, un autre Algérien non-jeûneur aurait été interpellé et amené au commissariat, mais finalement relâché.

La victime a même témoigné dans une vidéo tourné et mise en ligne par la LADDH de Tizi Ouzou.

La police montrée du doigt pour ces interventions, s’est défendue en demandant à TSA un droit de réponse, dans lequel elle tient à préciser les détails de l’affaire.

Les non-jeûneurs, une rengaine sociale et judiciaire

L’histoire qui fait le tour des médias depuis deux jours relance la polémique autour du traitement des personnes qui ne font pas le ramadan. En 2010, un jeune Algérien s’est vu condamné à deux ans de prison ferme et 100.000 dinars d’amende pour avoir été surpris en train de manger pendant le jeûne. La même année, deux chrétiens ont été condamnés à 3 ans de prison ferme pour la même raison.

L’expérience n’aura pas permis d’ouvrir les mentalités, car il est encore difficile d’assumer sa non croyance dans le pays. Bien que la Constitution algérienne ne prévoit pas de sanction, la justice peut invoquer le devoir de respecter l’Islam comme religion d’état et sévir.

La justice est peu claire, mais la pression sociale ou culturelle est évidente. Un Algérien sous le pseudo de Cerise Cerise écrit sur un forum  » que tous les dieux m’entendent je ne jeûnerais pas cette année ». Il est facile de l’écrire mais l’assumer en Algérie reste compliqué.  Samir*, un jeune étudiant de 19 ans ne se sent pas musulman, il ne se reconnaît pas dans l’islam de ses parents et pourtant il observe le jeûne. « Cela peut choquer, mais je fais correctement le Ramadan. D’une part parce que mes parents ne le savent pas, et que je dois jouer le jeu. D’autre part ,parce que je reste conscient que les rites religions font partie de la culture, et que je ne veux pas m’acculturer. »

Amina Boumazza

*le prénom a été modifié

Voir aussi

http://www.algerie-focus.com/blog/2012/07/22/la-semaine-politique-par-kamel-daoud-4/

http://www.algerie-focus.com/blog/2012/07/20/paroles-dalgeriens-pourquoi-un-algerien-doit-il-faire-ou-ne-pas-faire-le-ramadan/

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