Par Salah ZIAD

En l’espace de quarante huit heures, deux personnalités politiques annoncent leur décision de ne pas se porter candidats aux prochaines présidentielles. Il s’agit de Saïd Saadi, leader du RCD et Liamine Zeroual, l’ex président de la République. Deux défections qui n’arrangent aucunement les affaires des « décideurs » en Algérie, soucieux de donner un aspect vendable au prochain scrutin, dont l’issue est connue même par le commun des citoyens.

Dans la journée du jeudi, à l’issu d’un conseil national extraordinaire, Saadi a publiquement annoncé son retrait des présidentielles. Deux jours auparavant, Zeroual, par voie de presse, a mis court à la rumeur «  concernant » son probable engagement dans la course pour le palais d’El Mouradia. Selon certaines informations, Zeroual, avant de rendre publique son refus de la sollicitation de milliers de citoyens pour briguer le poste de chef d’Etat, aurait rencontré à Alger un collège de « faiseurs de présidents » dont le général major Taoufik. Il se serait rendu compte que le pouvoir a besoin d’un lièvre de qualité et non d’une véritable possibilité d’alternance. Selon des informations attribuées à son entourage, Zeroual n’était pas très enclin à revenir à la vie politique. Mais des sollicitations, prenant l’allure de pressions, ont failli le pousser à revenir sur sa décision prise dix ans auparavant.

Son communiqué, repris par tous les gros titres de la presse nationale, se prête à plus d’une lecture. Cependant, certains regrettent que l’ex président de la République, jouissant d’une très grande estime au sein des populations, n’a pas dérogé aux règles de réserve en évoquant ses contacts avec certains hauts responsables de la hiérarchie militaire et surtout le rôle qu’on comptait lui faire endosser.

Ainsi donc, à moins de trois mois de la tenue des élections présidentielles, les candidats qui se sont prononcés jusqu’ici ne jouissent d’aucune audience. Faouzi Rabaâine, de passage ce jeudi à Ain Türck n’a pas pu réunir plus de quarante personnes. Louisa Hanoune, leader du PT, à force de flirts avec le pouvoir, a fini par perdre tout son crédit auprès de larges couches de la population. Moussa Touati, patron du FNA, puisqu’il gère son parti comme on gère une épicerie familiale, n’inspire aucune confiance. Docteur Hadef, sortant de son hibernation politique une fois tous les cinq ans, n’a aucune chance de se retrouver en face d’une foule pour l’haranguer.

Que dire de l’eternel jeune Bouachicha ? Constatant que les candidats d’envergure pour les prochaines présidentielles ne se bousculent pas au portillon, le pouvoir politique algérien se trouve dans une grande impasse. Et pour cause, la succession de Bouteflika à lui-même est pratiquement réglée, reste maintenant l’habillage de cette succession qui pose problème. C’est ce qui explique son manque d’empressement d’officialiser sa candidature. Concourir avec Touati, Rabbaine, Bouachcha ne doit pas être une perspective qui intéresse celui qu’on considère « l’enfant gâté du système ».

Mais où diable lui trouver des lièvres convaincants ? La vox populi avance une proposition. Accorder à Chavez, devenu très populaire après sa décision de rompre les relations diplomatiques de son pays avec Israël, la nationalité algérienne et le présenter aux élections.

Plus grave, les algériens craignent que le moindre petit coup de toilettage de l’actuelle équipe gouvernementale intervienne six à neuf mois après les élections présidentielles et la reconduction de l’actuel locataire d’El Mouradia. Pour cause, on ne change jamais une équipe qui gagne. (Quoi dans le cas des prochaines élections ?) D’autre part, on se rappelle que lors de sa première élection, Bouteflika a mis huit mois pour désigner un nouveau gouvernement. Or, la perspective de garder aux commandes des affaires du pays l’actuelle équipe n’augure de rien de bon selon les observateurs. D’autant qu’aucune embellie économique ne se profile à l’horizon sur le plan international ce qui se traduit par la persistance de la chute des prix du pétrole, principale source d’entrées de devises.

Donc on craint l’aggravation de la léthargie qui caractérise les secteurs vitaux de l’économie nationale et pire encore l’aggravation de la crise sociale qui frappe le pays de plein fouet depuis des années, malgré les recettes substantielles générées grâce à la hausse des prix des hydrocarbures.

Or, l’agression israélienne contre Gaza a fait prendre conscience à certains intellectuels et hommes d’affaires de la place de l’Algérie dans la sphère arabe et Méditerranéenne. Dans ce sens, un chroniqueur a fait remarquer qu’ Alger a pratiquement été déserté dernièrement.

Aucun acteur de la crise moyenne orientale n’a daigné la consulter, ce qui témoigne de son poids inexistant sur la scène régionale. Ce qui fait dire à un intellectuel que nous devons désormais engager une sérieuse réflexion sur « ce que nous représentons, et à quoi nous ambitionnons ?» Cette perspective ne semble pas être celle de ceux qui se présentent aux prochaines présidentielles.

Voilà le drame …..

Par Salah ZIAD pour Algérie Focus

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