opep Un Ex Président directeur Général de Sonatrach vient d’affirmer le 11 juillet 2009 que l’OPEP n’aurait plus aucun impact sur l’évolution du cours du pétrole. Je voudrai nuancer ses propos.

1.-Certes, les décisions prises par l’Opep, lors des dernières réunions de 4,2 millions de barils par jour depuis le début de l’année 2008, (occasionnant par là un manque à gagner pour l’Algérie d’environ 5 milliards de dollars) n’ont pas abouti aux prévisions escomptées d’un cours approchant les 80 dollars, mais ont contribué à la stabilisation des cours , l’histoire pétrolière mondiale nous enseignant que si en temps normal les interventions de l’Opep pour maintenir les cours connaissent un certain succès, ce n’est pas le cas en temps de crise. Car la raison fondamentale est la situation de l’économie mondiale, indépendante des pays de l’OPEP et c’est le retour ou pas de la croissance qui sera déterminante Aussi, comme après une grave maladie, la convalescence durera de longues années, au minimum jusqu’en 2013/2014 si les thérapeutiques s’avèrent efficaces( ce qui n’est pas évident) et donc qu’une stabilisation de l’économie mondiale soit effective fin 2010,une légère reprise en 2011/2012 après la récession de 2009, pour que l’économie mondiale retrouve son niveau antérieur( avec un taux de croissance en 2010 entre 0 et 2% avec des avis divergents entre l’OMC et le FMI.) mais avec des bouleversements technologiques et organisationnels, les bourses mondiales ayant perdu en sous capitalisation plus de 52.000 milliards de dollars( estimations provisoires).

2.Aussi, il faut être attentif à l’évolution de l’économie mondiale et surtout américaine qui est le premier importateur d’hydrocarbures et reste la locomotive de l’économie mondiale avec un PIB trois fois plus que le second du classement mondial, le Japon tous deux en récession. Car il ne faut pas être utopique, voire en l’Asie le sauveur, la Chine représente à peine le PIB de l’Allemagne. Les 2000 milliards de réserves de change dont plus de 80% libellées en dollars dont une grande fraction déposées en bons de trésor américain sont dues à ses exportations vers l’Europe mais surtout vers les USA dont la demande a fléchi ce qui explique paradoxalement à la fois des intérêts stratégiques économiques communs croisés entre les USA et la Chine malgré des systèmes politiques diamétralement opposés, et sa position en faveur du libre échange et donc du respect des clauses de l’OMC.

3.-Pour le cours futur du pétrole horizon 2020, il sera fondamentalement déterminé par la nouvelle politique énergétique mondiale dont celles des USA qui viennent de débloquer 150 milliards de dollars et les européens qui débloqueront selon la CEE de Bruxelles plus de 200 milliards de dollars pour les énergies alternatives qui seront un gisement important d’investissement et d’emplois (l’Algérie devant d’ores et déjà s’adapter ayant des avantages comparatifs dans le solaire notamment) , fonction du nouveau défi écologique. Ainsi, le projet de loi américain pour combattre le réchauffement climatique, activement soutenu par le président Barack Obama, dont le secrétaire d ‘Etat à l’énergie n’est autre que le prix Nobel de physique défenseur des énergies renouvelables, a été adopté par les membres de la commission de l’Energie le 20 mai 2009.

Certes, l’Agence internationale de l’énergie évalue dans sa note de mai 2009, à plus de 26.000 milliards de dollars les investissements à réaliser au cours des deux prochaines décennies dans le pétrole et le gaz, ( réserves prouvées à environ 40 ans contre plus de 200 ans pour le charbon dont les tec niques du recyclage du CO2 sont mis au point) ) qui devrait assurer 55 % de la demande mondiale d’énergie primaire mais l’AIE raisonnant en termes de modèle de consommation énergétique linéaire, taux qui devrait donc être revu à la baisse en cas d’impacts importants des énergies alternatives.. Il se joue aujourd’hui une partie de bras de fer, ( avec le rôle actif des lobbys pétroliers) dont l’issue déterminera à la fois le nouveau modèle de consommation énergétique et les prix de ces matières premières essentielles à l’économie mondiale, pour les années à venir. Mais les investisseurs potentiels à l’instar de l’abandon partiel du charbon pour les hydrocarbures la décennie passée, peuvent anticiper donc sur le nouveau modèle de consommation pouvant assister à un désinvestissement dans ce segment, le pétrole devenant une énergie comme une autre, banalisée, en diminution relative horizon 2020.

4-En qui concerne le cours réel actuel du pétrole, il faudrait donc déflater par la dépréciation du dollar, les exportations du pétrole étant libellées en dollars, le prix de cession ayant atteint fin juin 2009 73 dollars, ne représentant pas les fondamentaux ( le prix réel du fait du fléchissement de la demande mondiale étant de 50/55 dollars pour un cours du dollar 1,28/1,30 dollar un euro ce qui est le cas depuis le 10 juillet 2009 actuellement avec un cours de 60 dollars déflaté donne moins de 55 dollar en termes de parité euros ramené au cours du 01 janvier 2009 devant toujours raisonner à prix constants car un cours de 60 dollars en 2009 équivaut à moins de 30 dollars au cours du 01 janvier 2000. Outre les phénomènes spéculatifs, comme ce fut le cas pour un baril fluctuant entre 120 et 140 dollars , comme valeur refuge comme l’or due à la dépréciation du dollar, bien que n’existe pas une corrélation entre la baisse/hausse du dollar/pétrole à 100%, ce qui a poussé récemment le G8 en Italie le 10 juillet 2009 à proposer une régulation du prix du pétrole , ce cours qui ne représente pas les fondamentaux est du aux tensions géopolitiques au Nigeria, à une reconstitution rapide des stocks aux USA, Europe mais surtout en Chine.

5- Aussi, si l’on excepte les tensions géopolitiques notamment au Moyen Orient, et une très forte dépréciation du dollar qui peuvent influer sur le cours du pétrole, les plus grands pays producteurs ne sont pas ceux de l’OPEP ne commercialisant sur le marché mondial en moyenne 2007/2009 que 40/35%, 60/65% se faisant hors OPEP. Et avec ces baisses successives, sous réserves du respect des quotas, ce qui n’est pas évident, il est à craindre des pertes de part de marché profit notamment des pays hors OPEP qui combleront la différence dont notamment la Russie et surtout l’Irak, actuellement hors OPEP, deuxième exportateur potentiel mondial après l’Arabie Saoudite. Le Mexique (zone USA) , autant que la Norvège ( zone l’Europe),leurs intérêts stratégiques ne coïncident pas avec ceux de l’OPEP. Quant à la Russie, sa positon durant cette crise est ambiguë ayant besoin de financement, Gazprom ayant une stratégie d’internationalisation différente de celle de l’OPEP ne voulant pas perdre des parts de marché. Et facteur de taille à l’avenir l’ouverture des champs pétroliers irakiens deuxième exportateur mondial après l’Arabie Saoudite, avec des cous d’extraction très faible, qui est actuellement hors OPEP ayant un important besoin de financement pour sa reconstruction, dont les projections vont vers 4,5 à 5 millions de barils jours dans 3 à 4 ans ce qui risque d’influencer les prix à la baisse.

6.- En résumé, et comme je l’ai annoncé il y a plusieurs mois à la presse nationale et internationale, il y a lieu de tenir compte de la stratégie des grandes firmes pétrolières opérant hors OPEP et au sein de l’OPEP dont pour certains pays avec un poids déterminant dont l’Arabie Saoudite, également membre du G20, l’Algérie pesant moins de 3% des réserves mondiales. Cependant et tenant compte de ce qui a été dit précédemment , l’OPEP bien que son influence est déclinante garde pourtant et ce pour la période 2009/2015, un rôle actif pour la régulation du marché pétrolier mondial, surtout pour certains pays du Moyen Orient qui ont un coût d’extraction relativement faible , qui lui-même a une influence sur le prix de cession du gaz qui lui est indexé, un marché mondial du gaz à l’instar du pétrole étant chimérique pour l’instant du fait que c’est un marché segmenté (prépondérance des canalisations plus de 70% de la demande mondiale). Aussi, tout en évitant des discours euphoriques d’un baril à 100 dollars du fait des incertitudes de l’économie mondiale et surtout de sa future trajectoire en cas de reprise, comme l’ont si bien souligné récemment bon nombre d’instituts stratégiques mondiaux spécialisés en énergie, je pense qu’il faille nuancer les propos de l’ex Ministre et PDG de Sonatrach dans sa déclaration du le 11 juillet 2009.

Docteur Abderrahmane MEBTOUL, professeur d’Université en sciences Economiques,
Expert International en Energie Conseiller des Ministères Energie- Algérie- (1974/1980-1990/1995-2000/2006). pour algerie-focus.com

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