Après avoir longtemps hésité à reconnaitre l’évidence d’attribuer à la question environnementale un ministère à part entière, l’Algérie dispose également d’une législation environnementale très exhaustive, certes, mais qui n’a cependant que trop peu souvent le fond pour légitimité.

 Concernant la forme, c’est-à-dire au regard de son application et du fonctionnement actuel des organismes conçus pour l’incarner, les failles sont malheureusement légions à déplorer. Pour preuve incontestable, le plus souvent, les délits et grands crimes contre l’environnement sont régulièrement commis en Algérie en toute impunité à l’égard de celles et ceux qui ont pris le parti de prospérer individuellement en portant atteinte à une des principales garantes de la souveraineté de toute nation indépendante digne de ce nom sur son destin : l’environnement.

 Ainsi, à force de nombreux vices de process, de paralysies administratives, de rivalités stériles entres organismes et corps de métiers, de complaisances et conflits d’intérêts ô combien nuisibles pour nos écosystèmes, sa forme a rendu totalement cosmétique le fond de notre politique environnementale algérienne. Encore plus depuis la récente abrogation en 2003 de la loi de 1983…

 Cette politique, censée faire la part belle développement durable, a été largement vidée de son essence sous le philtre des mauvaises manies endémiques, à savoir la bureaucratisation extrême, l’absence d’un management efficient, ainsi qu’une approche sectorielle beaucoup trop théorique et académique ; complétement déconnectée des réalités écologiques et socio-économiques de notre pays, surtout dans ses profondeurs territoriale et sociales.

 Pour exemple flagrant , une loi très détaillée, à propos des statuts et les modalités de préservation des sites protégés qui, depuis 2011, ne peut être appliquée faute d’avoir élu un Conseil National chargé d’en appliquer les prescriptions…

 L’inertie est à bien des égards la voie royale qui mène à l’impunité et donc à l’irresponsabilité. Une mort écologique lente, certes, mais qui chemine à toute allure sur les sentiers morbides de la médiocrité de l’âme, la desertification des coeurs cœur, ainsi que la monoculture de l’esprit. A mon sens, c’est une pollution morale qui est la matrice de cette culture parasitaire inspirant toutes les dégradations physiques qui portent atteinte au milieu humain et sauvage en Algérie.

 Le gouvernement algérien, à travers ses institutions, mais aussi le comportement de ses hauts fonctionnaires, cadres et agents, doit prendre beaucoup plus en considération les initiatives locales entreprises bénévolement par nos compatriotes impliqués dans le respect de l’environnement « Algérie ». Les manifestations et les célébrations ne peuvent suffire à changer notre façon de respecter l’environnement. Sensibiliser, certes, mais pénaliser quand les belles paroles n’ont pas suffit à convaincre…

 Aussi, il me semble que la société civile qui active sur le terrain, à l’échelle d’un milieu local, devrait s’appliquer à compenser cette défaillance d’audit objectifs en créant ses propres outils de veilles écologiques, notamment en matière d’application stricte de la loi environnementale algérienne ainsi que des conventions internationales que notre nation a délibérément ratifiées. Juristes, avocats, chercheurs, étudiants en droit, militants expérimentés, politiques, les membres de cette Veille Ecologique Citoyenne auront pour mission d’utiliser systématiquement la loi pour faire pression sur les pollueurs et les dévastateurs de la biosphère en Algérie; et cela où qu’ils se trouvent à travers les 48 wilayas et quelque soit leur statut social. L’écologie d’opinion, ne peut espérer être pertinente que si elle dispose de la science et de la conscience des lois pour militer; encore plus d’une oreille juste pour l’écouter…

 C’est un dialogue entre habitants et gouvernants qui doit être préservé, conservé et protégé, au même titre que la loi algérienne est censé se comporter avec notre environnement. Sinon, comment convaincre que la loi mérite d’être respectée si, dans la sphère de « tout ce qui nous entoure et nous influence », elle n’est que très anecdotiquement mise en branle? Les meilleures règles ne sont-elles pas celles qui ont été décidées et comprises par l’ensemble des protagonistes d’une société?

 Le respect de l’environnement, la conscience écologique, l’empathie avec nos milieux, nos paysages, notre culture, ne sont pas de simples idées d’Epinale, tout juste bonnes à être affichées comme pour masquer les fissures d’un mur derrière de beaux tableaux. C’est une valeur fondatrice qu’il faut défendre avec ferveur, et non plus considérer comme une lubie d’intellectuels embourgeoisés facinés par l’Occidental way of Life. C’est bien plus, même le socle de notre souveraineté nationale puisque qu’elle sous entend un peuple autonome, grâce à une maîtrise éclairée de son environnement, en bonne santé et qui évolue en bon voisinage avec tous les milieux qui constitue le territoire Algérie.

 Le développement durable à l’algérienne, ne doit pas être l’euphémisme d’un « dévorement » durable de toutes nos ressources naturelles.La loi sur l’environement de 2003, qui fait tant la part belle à cette notion, les véhélités officielles d’Economie Verte, ne doivent pas être de simples voiles cosmétiques surtout utiles à farder des incohérences dont la nature influe bien plus en profondeur que sur celle de notre environnement matériel. Il faut que tout cela trouve son incarnation sur le terrain, que les esprits évoluent, que ce qui a été écrit soit fait…

 A ce propos , l’Armée algérienne ne devrait-elle pas envisager de réintégrer les gardes forestiers dans ses rangs? Car ils doivent être craints et respectés comme de véritables défenseurs de la nature, et donc disposer d’une formation et d’équiments dont seul le corps militaire est en mesure de garantir l’excellence. Ils protégeront ainsi de nouveau notre territoire de la déforestation mécanique, des incendies criminels et de tout un tas de petits traffics aussi illicites qu’écocidaires.Et non plus ne seront campés, pour leur majorité, à des tâches administratives les privant de sorties réguilières sur le terrain. Leur mission est primordiale et, la DGF ne devrait pas être assujettie au ministère le plus prompt à la déforestation qu’est celui de l’Agriculture. Cet organisme devrait redevenir un autonome, pourquoi pas un secrétariat d’Etat…

 Le terrain, voilà le seul légitime théâtre d’une gouvernance environnementale vraiment sincère. Agir local, ce n’est pas forcement penser global, et cela est même très nocif quand, globalement, on manque de vision. Agir local, cela veut également dire considérer que les particularités naturelles de chaque région, village, espace sauvage ou de loisir en pleine nature, soient abordés comme des particules originale et interdépendantes d’un même écosystème qui ne souffre pas la monotonie ni la monoculture.

 C’est aussi appliquer la loi partout où elle est bafouée, envers quiquonque pourrait nuire à l’environnement Algérie, terre matrice du peuple algérien, dont la bonne écologie lui est si précieuse, à l’instar de cette si magnifique planète qu’est la Terre; comme tous les paysages et écosystèmes du monde entier doievent être respectés par leurs habitants.

 Avant de vouloir tout changer, voyons déjà ce qu’il suffirait d’appliquer en l’état pour que les choses évoluent dans le bon sens…

 Karim Tedjani, adminstrateur du blog « Nouara Algérie » dédié à l’environnement et l’écologie en Algérie

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