Cher Amar Ghoul, je profite de ce temps de réjouissances pour te remercier pour les belles années que tu nous as offertes depuis que tu es entré au gouvernement en 1999. Je te remercie aussi pour toute l’inspiration que tu m’as procurée en tant que journaliste. Merci pour ces beaux cadeaux.
Il n’y avait pas un jour sans qu’un scandale n’éclate dans les départements que tu avais géré avec ton application apparente qui cache difficilement ton sens du spectacle. Il n’y avait pas un jour sans que des irrégularités n’entachent les ministères que tu as dirigés avec, certes, beaucoup de communication, mais très peu de stratégie. Lorsque tu étais ministre des Travaux Publics, tu disais avec une sagesse déconcertante que la « route du développement passe par le développement de la route ».  C’est certainement vrai. Seulement, le développement de la route ne se réalise pas à travers les scandales de corruption. Je ne t’accuse guère d’être corrompu. Je n’en ai point de preuves. Ceci dit, c’est sous ton « règne » que l’un des plus gros scandales de toute l’histoire de l’Algérie a éclaté, à savoir celui de l’autoroute Est-Ouest.
Aujourd’hui que tu que tu es vidé des centres de décision, je souhaiterais vraiment mon cher ami t’entendre sur cette affaire. Parles-nous des intérêts moratoires qui ont coûté des sommes mirobolantes au Trésor Public. Il s’agit plus exactement de fonds destinés à réparer le préjudice causé par le retard dans l’exécution d’un projet. Les usages internationaux les établissent entre 7 et 8 % du coût total du projet. En Algérie, comme tu le sais très bien, l’Etat s’est retrouvé, dés les premiers mois des travaux, à verser des pénalités conséquentes pour les deux entreprises en question, vu que les travaux étaient régulièrement suspendus pour cause “d’expropriation foncière” ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, les autorités algériennes avaient donné le coup d’envoi de ce méga-projet sans avoir bouclé au préalable les “opérations d’expropriation pour cause d’utilité publique” ! Et pourtant, le tracé de l’autoroute Est-Ouest se heurtait, à chaque 50 ou 100 km, à cet épineux problème. Les chantiers s’arrêtaient brutalement. Sois franc et dis-nous comment un tel dysfonctionnement a pu exister alors qu’on avait un « brillant » ministre des Travaux Publics comme toi. Tu es loin d’ignorer que l’Etat algérien versait près de 100 000 euros par jour comme “intérêts moratoires” aux Chinois et autres Japonais. Des sommes considérables ont été perdues de cette façon incroyablement stupide.
A vrai dire, je te remercie, surtout, de nous avoir permis de tirer plusieurs enseignements existentiels à la lumière de ton expérience politique. C’est vrai qu’en ce qui concerne les Travaux Publics, tu as marqué les Algériens. Tes visites sur le terrain, tes coups de gueule et tes bains de foule nous ont fait oublier des questions techniques d’une importance vitale qui pourraient nous éclairer sur les mécanismes de la corruption dans ce délicat dossier de l’autoroute Est-Ouest. Je te cite, cher Amar, l’exemple de “l’importation définitive”, avec l’argent du Trésor public, d’engins pour les besoins des travaux de notre siècle. Il s’agit d’une lacune extravagante qui a causé une véritable hémorragie financière à l’Algérie. En effet, d’après les normes internationalement admises, lorsqu’un tel projet est lancé, les entreprises sélectionnées ramènent dans leurs bagages leur matériel de réalisation et leurs propres engins. Ils doivent être introduits dans le cadre de la procédure de “l’admission temporaire”. C’est-à-dire qu’ils sont admis dans le pays pour être utilisés uniquement durant ce projet et sont, par la suite, réexportés ou réexpédiés vers leur pays d’origine.

Cette procédure a été tout simplement bafouée lorsque tu étais ministre ! Les Chinois et les Japonais sont venus sifflotant, les mains dans les poches, sans le moindre engin. Il fallait, dans ce contexte, leur débloquer des lignes de crédit en devises pour en importer. Il s’agit d’une quantité incalculable de camions, de pelleteuses, de grues, de bulldozers, etc. Et comme par hasard, ce sont des dizaines d’obscurs importateurs qui ont été chargés de cette opération.  Simple coïncidence ?

Ah, cher Amar! Il est de plus en plus difficile de connaître la vérité. Mais si tu aimes réellement ce pays, si tu respectes vraiment tes compatriotes, éclaire notre lanterne! Explique-nous pourquoi tu as soutenu aveuglement un quatrième mandat qui est en train de précipiter le pays dans l’abîme. Toi qui te prétends universitaire émérite, pourquoi n’as-tu pas pesé de tout ton poids durant toutes ces années pour amorcer la diversification de notre économie ? Tu savais pertinemment que cette gestion rentière de l’Etat propulsait notre pays vers la crise financière. Cher Amar, j’ai encore beaucoup de choses à te dire. Une seule lettre ne me suffira jamais. Je ne te cache pas, enfin, que j’ai applaudi ton départ parce que tu es devenu comme ces monstres de légende qui nous font ni peur ni rire. Je ne te cache pas que je suis en colère contre ton bilan médiocre et tes compromissions malsaines. Il n’est, peut-être, pas trop tard pour bien faire. Assume au moins un certain devoir de vérité et raconte-nous les dessous de ces affaires de corruption qui ont ébranlé des millions de tes compatriotes. Tu n’étais, peut-être, pas un bon ministre, mais tu peux devenir un bon citoyen. Il est temps de nous dire toute la vérité, rien que la vérité, sans baratin et sans opportunisme. Au nom de la patrie, au nom de l’honneur bafoué de tout un peuple.
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