Abdou-Semmar1L’intégrisme, les intégristes, voici les deux mots qui reviennent régulièrement depuis plusieurs jours sur les toutes lèvres en Algérie. Les intégristes, il ne faut pas leur parler. Ils sont la principale menace contre notre tranquillité. Ils mettent en péril la sécurité de notre pays. Mais les intégristes, qui sont-ils réellement ? Une question, de prime abord, qui parait facile puisque dans notre imaginaire collectif, l’intégrisme se réduit au phénomène religieux.

Les intégristes, ce sont ces barbus, non pas les affairistes qui vendent les sous-vêtements féminins dans nos marchés, mais ces barbus qui font des Halaqates dans les mosquées prêchant le Djihad contre tout et n’importe quoi. Les intégristes portent sûrement des kamis blancs, se parfument au musc et ânonnent à longueur de journée des versets coraniques qu’ils ne comprennent même pas. Ce sont donc ces derniers les intégristes dont il faut se méfier ? Pas si sûr.

La réalité algérienne est plus complexe qu’on ne le pense. Et le simplisme dans la pensée est générateur de préjugés qui nuisent à l’esprit critique. Selon le dictionnaire Larousse de la langue française, l’intégrisme est une «attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution». L’intégrisme est aussi, selon ce même dictionnaire, une référence internationale, «conservatisme intransigeant en matière de doctrine politique». Les nuances éclairent le bon sens. Un intégriste peut donc ne pas être un simple religieux barbu et assoiffé de Coran. Un intégriste peut facilement être un politicien qui refuse à tout prix de quitter son «Koursi» (Pouvoir) et exclut tout adversaire d’un quelconque dialogue. Un intégriste peut être aussi un haut responsable affairiste qui profite de ses prérogatives pour détourner des deniers publics et neutraliser ses concurrents. Un intégriste peut être aussi un dirigeant puissant qui n’accepte aucune contradiction et se place au-dessus de toutes les lois. Le conservatisme intransigeant qui exclut, méprise et collectionne les abus de pouvoir n’est pas propre aux religieux en Algérie.

Dans chaque sphère décisionnelle, on retrouve des intégristes. La mosquée n’est pas le seul lieu producteur d’intégrisme dans notre pays. Il est temps de le reconnaître. L’armée a aussi ses intégristes qui refusent de remettre en cause leurs prérogatives et leur gestion peu transparente des affaires budgétaires et notamment des achats d’armes à l’étranger. La Présidence aussi ses intégristes qui refusent toute évolution politique en Algérie. Au Square Port Saïd, il y a aussi des mafieux intégristes qui dépouillent les Algériens de leur argent en imposant le taux de change qui les arrange pour tout achat d’une monnaie étrangère. Les marchés informels ont aussi leurs barons intégristes qui jouent des prix comme bon leur semble et se remplissent les poches en vidant sans aucun scrupule le portefeuille du simple citoyen. Les commerçants ont aussi leurs intégristes. Et mêmes les clubs de football ont aussi leurs intégristes que ce soit leurs dirigeants qui s’arrogent tous les pouvoirs ou leurs joueurs stars qui refusent de rester sur les bancs. L’intégrisme, on le retrouve finalement partout en Algérie. Des concessionnaires automobiles qui rackettent les automobilistes aux enseignants dans les écoles qui refusent à leurs élèves le droit de débattre des leçons.

L’intégrisme est le refus d’accepter la pensée de l’autre, sa différence et sa singularité. L’intégrisme est cet acharnement à vouloir imposer à l’autre sa vision du monde, de la liberté et du bonheur. Et partant de ce principe-là, un grand  nombre d’Algériens est malheureusement intégriste. Il n’est nullement nécessaire d’avoir une barbe et de porter un kamis…

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