blank

C’est l’histoire d’un entrepreneur qui a goûté à toutes les misères avant de réussir. Un entrepreneur qui a collectionné les petits métiers avant de diriger une entreprise florissante. Pâtissier, mandataire dans un marché de fruits et légumes, Mohamed El Amine Benahmed n’a jamais rechigné à travailler. La pénibilité ne lui a jamais fait peur. A force d’abnégation, il a grimpé rapidement les échelons. Aujourd’hui, il dirige l’entreprise Inforama Informatique, qui distribue à partir d’Oran et d’Alger du matériel informatique dernier cri. 

Informa, ce n’est guère une petite boutique située dans un quartier en bas de votre immeuble. Non. C’est toute une chaîne de magasin de distribution qui fait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros par an ! Et Inforama ne se contente pas de commercialiser des produits importés. La société fait aussi le montage des PC Clones, à savoir ces ordinateurs sans marque assemblés à partir de plusieurs composants. Des ordinateurs qui ne sont pas moins fiables que ceux des marques reconnues mondialement. Preuve en est, Mohamed El Amine Benahmed et son équipe montent et commercialisent chaque année entre 45 et 60 mille PC clones. Des PC de différents gabarits, des ordinateurs de bureau les plus ordinaires, au prix variant entre 22 et 25 mille da, aux machines les plus puissantes qui font rêver les amoureux des jeux vidéo et du sport électronique et dont les prix peuvent atteindre facilement les 400 mille Da.

Inforama 3_
Avec le Chef de l’atelier de montage des PC Clones d’Inforama à Oran. Des PC hyper-puissants sont aussi montés par les ingénieurs oranais. En moyenne, 120 PC sont montés chaque jour dans cet atelier

Des ordinateurs aussi puissants que les PC des grandes marques 

« Ces machines sont montées par nos ingénieurs dans nos ateliers à Oran », s’enorgueillit Mohamed El Amine qui travaille d’arrache-pied pour lancer prochainement sa propre usine de fabrication d’ordinateurs et de composants informatiques. A 44 ans, et après avoir placé Inforama parmi les 10 plus gros distributeurs de matériel informatique en Algérie, notre interlocuteur rêve désormais d’une « marque informatique 100 % Algérienne ». Ce n’est guère une utopie. « Cela fait plus d’une année que je travaille sur le projet. Le business plan est prêt et des banques sont engagées à nos côtés pour nous accorder un financement. Nous allons créer une marque algérienne pour développer le montage des PC, tablettes et Smartphones. Mais nous n’allons pas nous contenter du marché national ! Nous visons le marché régional pour exporter une bonne partie de notre production », explique notre interlocuteur qui croit dur comme fer en son projet.

Un projet qui nécessite un investissement d’à peine 2 millions de dollars tout en ouvrant d’immenses perspectives de développement. Au delà, des 270 emplois qui seront créés, la future usine du patron d’Inforama sera rentable au bout de la troisième année.
Comment ? Mohamed El Amine Benahmed va déployer son expertise acquise auprès des plus prestigieux fabricants Taïwanais à l’image d’ASUS ou MSI pour booster l’industrie numérique algérienne. En réalité, tout a commencé à partir de 2008 lorsque Mohamed El Amine Benahmed explorait Taïwan, ce dragon asiatique qui s’est imposé dans le secteur de l’industrie informatique internationale en un laps de temps record. La force de travail et l’ingéniosité des marques Taïwanaises ont nourri son inspiration.

Il a convaincu des marques internationales de miser sur l’Algérie 

« Au bout d’une année de négociation, nous avons réussi à convaincre ASUS de miser sur l’Algérie. Nous avons introduit les produits de cette marque Taïwanaise qui fait partie des 5 plus grands fabricants d’ordinateurs dans le monde. ASUS  est aussi le numéro 1 mondial des fabricants de cartes mères. Après avoir exploré l’Algérie, ils ont été impressionnés par le potentiel de croissance de notre pays. L’Algérie est l’un des rares pays à travers le monde qui enregistre un taux de croissance de 36 % dans son marché informatique », assure le patron d’Inforama. Le taux de pénétration de l’informatique dans notre pays est encore d’à peine 20 % ! « Le meilleur taux est de 38 % et on le retrouve à Alger. Dans plusieurs villes du sud du pays, il atteint difficilement les 10 %. C’est dire que notre pays est vierge et ne demande qu’une seule chose : le développer », analyse Mohamed El Amine Benahmaed.  Ce diplômé du centre national des techniques spatiales d’Arzew manie parfaitement les chiffres pour dessiner ses stratégies. « Notre pays a besoin annuellement d’un million de PC par an. Nous sommes le plus important marché africain en ce moment. 26 % des Algériens utilisent leur PC à la maison et le grand public constitue 65 % des utilisateurs des ordinateurs en Algérie », détaille notre interlocuteur qui maîtrise brillamment les rouages de son métier.

Un métier qui nécessite des sacrifices et d’importants efforts car les consommateurs algériens ne sont pas dupes. « Vous devez savoir que les marques internationales classent le consommateur algérien au même niveau que celui des consommateurs européens. La connaissance d’un passionné algérien des cartes graphiques est impressionnante. Et aujourd’hui, nous lançons le même jour qu’aux USA ou en Europe les produits mis sur le marché mondial par ASUS ou MSI », affirme le manager d’Inforama. Ce dernier a su séduire ses clients, revendeurs et autres grossistes grâce à son service après-vente. Inforama a réussi à convaincre Intel, Asus ou MSI de financer les formations d’un grand nombre de ses vendeurs à travers le territoire national. Ainsi, chaque trimestre, 2 à 3 formations sont organisées par Inforama auprès de ses vendeurs en utilisant les financements de ces marques mondiales. Récemment, par le biais d’Inforama, Intel a regroupé au Cyberparc de Sidi Abdellah pas moins de 200 vendeurs algériens de matériel informatique dans le but de les initier aux dernières nouveautés inventées par Intel.

Inforama 4_
Le prochain défi de Mohamed El Amine Benahmed est de lancer une marque algérienne de PC. Le projet est finalisé et va créer au début 270 emplois avec pour ambition d’exporter une partie de la production à l’étranger

Lutter contre « l’illettrisme digital » 

Ce travail de proximité et de formation a valu à Inforama le respect des grands fabricants mondiaux. En 2012, Mohamed El Amine Benahmed a été désigné au COMPUTEX Taipei à Taïwan, le prestigieux deuxième salon d’informatique et de high-tech dans le monde, le distributeur africain avec le meilleur potentiel. AMD, le deuxième  fabricant de microprocesseurs, basé en Californie, a sélectionné Inforama comme distributeur régional en Afrique. Cette reconnaissance internationale incite Mohamed El Amine Benahmed à aller encore de l’avant et à rêver plus grand. Aujourd’hui, son premier défi est d’aider son pays à se protéger contre illettrisme digital. « Il est temps de doter notre pays d’une école numérique. Les premiers investissements de l’Algérie en informatique doivent se diriger vers nos écoles. Il n’est pas normal que nos écoliers ne sachent pas comment utiliser un PC », s’écrie notre interlocuteur qui appelle ses compatriotes à s’inspirer des exemples de succès asiatiques à l’image de Taïwan.

« Nous avons le potentiel. Nos partenaires Taïwanais ont fait une étude sur notre potentiel dans l’industrie informatique. Nous pouvons, si nous le voulons, atteindre le niveau de la Turquie ou de l’Afrique du Sud en 6 mois. Il suffit de développer un plan numérique national ambitieux », persiste et signe Mohamed El Amine. Celui-ci ne cultive finalement qu’une seule valeur, le travail rigoureux : « nos jeunes doivent se donner à fond et travailler pour réaliser leurs projets. J’ai commencé en vendant ma Renault R4 pour réunir un petit capital. J’ai travaillé dans une pizzeria, comme mandataire dans un marché, je faisais aussi de petits travaux informatiques pour gagner de quoi survivre chaque mois. Je travaille aujourd’hui 6 jours sur 7, je dors 3 ou 4 heures par jour et je prends une semaine de congés par an. Et croyez-moi, le travail paie toujours », conclut enfin le manager quadragénaire qui ne fixe aucune limite à ses ambitions.

Article précédentLe passage à tabac d’Ebossé, « totalement farfelu » pour les dirigeants de la JSK
Article suivantL’intellectuel algérien Kamel Daoud menacé par une “fatwa”