Le Washington Post : la sélection algérienne, l’autre équipe de France du Mondial 2014 ?

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Le 6 juin dernier, le grand quotidien américain The Washington Post publiait un article intitulé « L’autre équipe de France : football et indépendance en Algérie » [The other French team : soccer and independence in Algeria]. Dans le cadre d’une série d’articles interrogeant le rapport entre football et politique, le Washington Post explore les rapports footballistiques entre l’Algérie et la France, rappelant que Le Monde avait, lors de la Coupe du Monde 2010, qualifié la sélection algérienne d’ « autre équipe de France ».

L’équipe algérienne ne serait donc qu’une équipe de France bis ? D’un point de vue purement statistique, il y a de quoi s’interroger : 21 des 23 joueurs sélectionnés par Vahid Halilhodzic pour le Mondial 2014 sont nés en France. 8 d’entre eux ont même représenté la France en équipe junior.

Et les liens entre le football algérien et le football français ne datent pas d’hier. Abdelkader Ben Bouali, apparu en bleu lors d’un match contre l’Irlande en 1937, est considéré comme le premier joueur algérien à avoir porté le maillot de l’équipe de France. Après lui, de nombreux joueurs algériens ont rejoint les rangs de la sélection française, et ce jusqu’en 1958.

La rupture est venue avec la guerre de libération nationale. Quelques mois avant la Coupe du Monde de 1958, deux Algériens intégrés à l’équipe nationale française, accompagnés de huit joueurs français d’origine algérienne, décident de revenir au pays pour fonder l’Équipe FLN. Entre 1958 et 1962, cette équipe aurait joué entre 50 et 100 matches, avec un très grand nombre de victoires. Mais la principale victoire de l’époque ne se compte pas en nombre de but rappelle le Washington Post. Elle avait lieu quelques minutes avant chaque match, lorsque l’hymne algérien retentissait dans les stades et que le drapeau national était hissé.

Mais cette rupture n’a pas été durable. Dès l’indépendance du pays, en 1962, de nombreux joueurs algériens sont retournés dans leur club français. Puis, au cours de la décennie noire, la Fédération algérienne de football (FAF) a préféré envoyer ses jeunes talents en France, pour qu’ils aient accès à des infrastructures décentes et soient formés loin des dangers du terrorisme. Ces jeunes ont alors intégrés les sélections françaises junior.

En même temps qu’elle envoyait ses espoirs en France, la FAF faisait pression sur la Fédération internationale de football (FIFA) pour que les règles régissant le choix d’une équipe nationale soient modifiées et qu’un joueur binational puisse changer d’équipe au cours de sa carrière. C’est ainsi qu’en 2004, l’Algérien Antar Yahia, après avoir joué en bleu pour les moins de 16 et les moins de 18, a rejoint l’équipe senior d’Algérie. La consécration des efforts de la FAF est ensuite venue en 2009, avec la « loi Raouraoua », qui affirme que tout joueur binational peut changer d’équipe nationale tant qu’il n’a été sélectionné que chez les espoirs.

Ce nouveau cadre juridique explique pourquoi tant de joueurs de la sélection algérienne pour le Mondial 2014 sont des anciens espoirs français. Une caractéristique dont il faut se réjouir : nés et formés en France, ces jeunes ont choisi, de leur plein gré, de porter le maillot vert des Fennecs.

De l’autre côté de la Méditerranée, l’Algérie continue pourtant de ravitailler l’équipe de France, plus ou moins directement. Karim Benzema, artisan de la victoire française dimanche soir contre le Honduras, n’est-il pas né d’un père algérien ?

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