Par Docteur Abderrahmane Mebtoul, Expert International

J’ai écouté avec une extrême attention la dernière intervention de Monsieur Ahmed OUYAHIA premier ministre lors du Forum de l’ENTV. Connaissant l’esprit critique productif de Monsieur le premier Ministre, permettez moi de soumettre cette modeste réflexion, tous deux étant animés uniquement par les intérêts supérieurs du pays. Car c’est en débattant utilement, loin de toute sinistrose néfaste, mais également de toute autosatisfaction, source de névrose collective, nuisible au pays, que l’Algérie fleurira. Personne ne pouvant se targuer d’être plus nationaliste qu’un autre ,je voudrai rappeler que la crise mondiale touche tous les pays développés( USA, Japon, Canada,tous les 27 pays d’Europe) , les pays émergents ( Chine, Inde, Russie , Corée du Sud, Brésil, Mexique,Turquie), sans parler des autres pays du Tiers Monde, notamment des pays pétroliers du Golfe, qu’elle est profonde et structurelle et risque d’aller au-delà de 2012/2013 avec une amplification du malaise social.. L’Algérie serait-elle le pays des miracles ? Je voudrai le croire.

1. La crise touche tous les pays développés

Il faut être attentif à l’évolution de l’économie mondiale et surtout américaine qui reste la locomotive de l’économie mondiale. 14 300 milliards de dollars de PIB trois fois plus que le second du classement mondial, le Japon. Ainsi, le PIB des Etats-Unis a reculé de 3,8% au quatrième trimestre 2008, du jamais vu depuis 27 ans. Le département du Commerce a indiqué début janvier 2009 que l’investissement privé, qui avait crû de 0,4% au troisième trimestre 2008 a plongé de 12,3% au quatrième, faisant perdre au pays 1,8 point de croissance. Les dépenses d’investissement dans le logement ont continué leur chute. L’investissement hors logement a lui plongé de 20,1%, sa plus forte baisse depuis 1980.

D’une manière plus précise, le taux de chômage aux Etats-Unis atteindra 1,7 million de chômeurs supplémentaires au mois de mars 2009 ( 2,8 millions d’emplois ont été supprimés en 2008) et selon Levy Economics Institute, le produit intérieur brut (PIB) américain devant perdre environ 12 pour cent d’ici à 2010. Pour la zone euro, le taux de chômage est passé en une année de 7,2% à 7,8% entre 2007/2008 et devrait s’accroître selon la Commission européenne de près de trois points entre 2008 et 2010 devant dépasser les 10% pour la première fois depuis dix ans. Pour la Grande Bretagne, la principale organisation patronale britannique, la CGI, table sur un déficit public de 10,6% en 2009 et sur une chute de plus de 9% des investissements des entreprises.  La CBI, la principale instance patronale britannique, a indiqué s’attendre à une contraction de 3,3% du produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni cette année, contre -1,7% prévu en novembre dernier.

La Confederation of British Industry table sur une croissance nulle en 2010. Une prévision encore plus pessimiste que celle du Fonds monétaire international (FMI) qui anticipe, pour sa part, un recul de 2,8% du PIB britannique. Conséquence, le nombre de chômeurs devrait atteindre 2,9 millions à la fin de l’année, et un peu plus de 3 millions, soit 9,6% de la population active, au deuxième trimestre 2010, selon le patronat.

L’Espagne est la plus fragilisée, dont la croissance s’était appuyée sur beaucoup de contrats précaires dans le bâtiment ou les services, son taux de chômage, le plus haut dans l’UE, allant vers 13,4% en 2010 . L’économie japonaise s’est contractée de 3,3% au quatrième trimestre 2008, sa plus mauvaise performance depuis le choc pétrolier de 1974, en raison notamment de l’effondrement des exportation et donc de la forte dépendance de l’économie nippone vis-à-vis des exportations et l’atonie de la demande intérieure La contraction de 3,3% du PIB au quatrième trimestre est pire encore que celle de 3,1% anticipée en moyenne par les économistes.

Le gouvernement nippon a déjà lancé deux plans de relance et la presse rapporte que les partis de la coalition travaillent à un troisième paquet de mesures, qui pourrait porter sur 30.000 milliards de yens (356 milliards d’euros) de dépenses publiques. De son côté, la Banque du Japon (BoJ) a ramené les taux d’intérêt non loin de zéro et elle s’est engagée dans des mesures de politique monétaires dites « non-conventionnelles », allant jusqu’à racheter des dettes d’entreprises pour assurer leur approvisionnement en liquidités. Pour le cas de la France, la Commission européenne prévoit une nette récession en France en 2009, qui devrait s’accompagner d’une forte hausse du chômage et d’une explosion des déficits publics, à plus de 5,4% du PIB en 2009 et à 5,0% pour 2010. Le ralentissement économique et crise financière ont entraîné en France une hausse des défaillances d’entreprises de plus de 10% en 2008. Le PIB s’est effondré de 1,2% au quatrième trimestre. Bercy,vient en ce mois de février 2009 de revoir encore la croissance en d’au moins 1,5% pour 2009.

Cette contraction est la plus forte depuis la seconde la seconde guerre mondiale (1945). Malgré que l’Allemagne devrait néanmoins rester le premier exportateur mondial de marchandises au titre de 2008, devant la Chine, avec près de 1.500 milliards de dollars (1.148 milliards d’euros) exportés, selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Office fédéral de la statistique, le PIB s’est contracté de 2,1% au 4ème trimestre 2008 un recul sans précédent depuis 1990 du fait du ralentissement de l’industrie manufacturière accroissant le chômage. Le Bundestag, chambre basse du parlement allemand, a adopté le 15 février 2009 le second plan de relance du gouvernement, le plus vaste de l’après guerre, d’un montant de 50 milliards d’euros. L’Allemagne a connu au quatrième trimestre 2008 le plus fort recul de son PIB depuis la réunification entrant en récession. Il en est de même de celui des Pays Bas dont le PIB s’est contracté de 0,98% et celui du Portugal de 2,0%.

L’Espagne qui est entrée en récession. L’agence nationale des statistiques a annoncé une chute de 19,6% de la production industrielle en décembre 2008 un rythme inédit jusqu’ici. Le secteur de l’automobile est particulièrement touché avec une chute de production de 48% en décembre 2008, ainsi que les biens durables avec une chute de 31,4% sur la même période. Après un premier recul de 0,2% au troisième trimestre, le PIB aurait encore baissé de 0,8% entre octobre et décembre 2008 et risque de s’accentuer en 2009. Sur l’ensemble de 2008, le PIB s’est contracté de 0,9%, soit plus que prévu par le gouvernement qui s’attendait à une baisse de 0,6%. En 2007, l’Italie avait connu une croissance de 1,5%. 

L’Italie, entrée en récession au troisième trimestre 2008, s’y est enfoncée au quatrième trimestre, son PIB reculant de 1,8% par rapport au trimestre précédent, selon une première estimation publiée en janvier 2009 par l’institut de statistiques Istat. Le gouvernement italien, qui a révisé officiellement ses prévisions lundi, s’attend à une sombre année 2009. Reprenant à son compte les prévisions de la Commission européenne, il a indiqué s’attendre à un recul du PIB de 2% cette année, et s’attend à une explosion de la dette publique qui devrait s’élever à 112% du PIB en 2010. Le FMI est de son côté plus alarmiste et s’attend à ce que la Péninsule connaisse une troisième année consécutive de contraction de son PIB en 2010.

2. La crise touche tous les pays en voie de développement y compris ceux émergents

La Corée du Sud (qui avec le Brésil connaîtra une crise inégalée en 2009), une des principales économies industrielles dans le monde, le déclin de la production industrielle en novembre 2008 a été de 14,1 pour cent par rapport à l’année 2007.

Pour le cas de la Chine, 15,3% des 130 millions de ruraux qui migrent pour travailler, ont perdu leur emploi ou n’en ont pas trouvé, a affirmé le 3 février 2009 Chen Xiwen, responsable gouvernemental chargé de planification rural soit plus de 20 millions ont perdu leurs emplois courant 2008, du fait que plus de 670 000 petites entreprises ont fermé en 2008 et ce n’est que le début. Ce pays qui par le passé a tiré la croissance de l’économie mondiale, les prévisions sont à la fois contradictoires et pessimistes, la Banque mondiale ayant revu à la baisse le taux de croissance de la Chine en le ramenant à tout juste 7,5 pour cent, son niveau le plus bas en près de 20 ans, inférieur au niveau de référence de 8 pour cent qui est généralement considéré par les responsables chinois comme étant le minimum indispensable pour créer suffisamment d’emplois et maintenir ainsi la stabilité sociale.

Le magazine économique Caijing de novembre 2008 a estimé que 2,3 millions d’emplois seront supprimés dans les industries exportatrices étant donné que la production était réduite en fonction de la baisse de la demande extérieure, la croissance des exportations chinoises ayant presque baissé de moitié en passant d’un taux annuel de 20 % au début de 2008 à 11,1 % au cours de ces trois derniers trimestres 2008.

Autre pays émergent l’Inde , la croissance devrait ralentir pour ressortir à 7,1% au titre de l’exercice 2008-2009, son niveau le plus bas en près de six ans, contre 9,0% l’année précédente, selon l’estimation officielle du gouvernement indien le 10 février 2009. Le Parti du Congrès au pouvoir en Inde a annoncé le 16 février 2009 que le déficit du pays allait s’accroître afin de lutter contre le ralentissement économique, lors de la présentation du budget à quelques semaines des élections législatives.

Le déficit budgétaire atteindra 6,0% du PIB pour l’exercice fiscal clos en mars 2009, plus du double par rapport à l’objectif de 2,5% fixé par le gouvernement. L’Inde n’étant pas épargnée par le ralentissement économique mondial qui fait chuter la demande et affecte des secteurs clef de son économie, selon le bureau central des statistiques, la croissance de la production de l’industrie manufacturière devrait s’établir à 4,1%, soit moitié moins qu’en 2007-2008. La Russie malgré ses réserves de pétrole et de gaz (premier producteur mondial de pétrole et de gaz) et des dévaluations successives du rouble, devrait rentrer en récession en 2009 contre un taux de croissance supérieur à 5/7% entre 2007/ 2008.

Le président russe Dmitri Medvedev a demandé le 17 février 2009 à l’ensemble de l’administration russe de préparer des propositions des coupes dans les dépenses »La situation économique n’est pas simple et nous devons réfléchir aux dépenses de l’Etat à tous les niveaux afin de contenir le déficit budgétaire estimé à 8% du PIB « , a déclaré le président russe lors d’une rencontre avec des membres de la chambre haute du Parlement russe, cité par l’agence officielle russe Interfax début février 2009. Les coupes des dépenses pourraient atteindre jusqu’à un tiers des budgets de certains ministères. Analyse reprise le 27 février 2009 par le   premier ministre russe Vladimir Poutine pour qui la crise économique mondiale n’avait pas encore atteint son pic et qu’elle ne serait vraisemblablement pas de courte durée. « Nous sommes contraints de constater que la crise n’en est pas à sa fin, son pic est devant nous ».

Quant aux pays du Moyen Orient, les pays du Golfe ont perdu en sous capitalisation plus de 2500 milliards de dollars dont plus de 500 milliards de dollars en pertes sèches. Un exemple frappant, des projets de construction totalisant 582 milliards de dollars ont été gelés ce début février 2009 aux Emirats arabes unis en raison de la crise. Qu’en est-il pour l’Afrique dont fait parti l’Algérie ? Le produit intérieur brut de l’Afrique aurait été de 5,9% en 2007 et de 5,7% en 2008. Selon le rapport de la banque africaine de développement (BAD) et de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), en 2007 prévisions optimistes qui viennent d’être être revues à la baisse , le PIB devrait ralentir à 4,1% selon le rapport de la banque mondiale de janvier 2009, tant en raison de la crise économique mais également des problèmes graves tels que la situation humanitaire dans la région du Darfour, au Soudan, la crise économique au Zimbabwe et les conflits politiques en Ethiopie, Côte d’Ivoire et Somalie, susceptibles de mettre à mal la croissance économique.

3- De vives tensions sociales à venir

Ainsi, comme durant la période 1929/1936 l’on assise au début des mouvements sociaux  de plus en plus persistants face à la crise. En Islande qui a connu par le passé une prospérité inégalée, le Gouvernement  a démissionné conséquence directe de la crise économique mondiale suite à la dépréciation de la monnaie nationale et de l’effondrement du système bancaire.

La Chine risque une généralisation des émeutes sociales. En Russie, les recettes du pétrole chutent , les effets  combinées de la dégradation  de l’emploi et du cours du rouble provoquent des mouvements sociaux non connus depuis la crise des années 2000 au moment de l’effondrement du rouble. Les compressions de personnels au Japon ont, selon les observateurs locaux, un « impact d’une brutalité sans précédent » qui déstabilisent la société japonaise, traditionnellement confiante en sa sûreté. Les mêmes effets  commencent en Europe (cas de l’importance grève qui a réuni l’ensemble des mouvements syndicaux en France) en rappelant le cas de la Grèce a déjà  vu de graves incidents, ainsi qu’en Irlande, en Grande Bretagne  qui a connu  la désindustrialisation du pays ayant reposé sa puissance sur la City  et les services qui ont connu un effondrement  expliquant et de la chute de la livre sterling et du bas taux d’intérêt jamais du vu depuis  la création de la banque d’Angleterre. Les USA ne sont pas exempts et des mouvements sociaux commencent à se manifester  dans plusieurs gouvernorats les plus touchés par la crise, l’élection du nouveau président américain  avec les espérances qu’il suscite,   jouant transitoirement  le  rôle de tampon amortisseur.

Tous ces mouvements, qui seront plus importants pour les pays les plus pauvres, ou mono exportateurs ayant une forte population, sont des révélateurs  de l’aggravation des malaises des sociétés  et de l’inquiétude croissante  vis-à-vis de l’avenir face à l’ampleur de la crise mondiale et ce malgré une injection monétaire sans précédent et les interventions des banques centrales pour essayer de stabiliser le système financier et faire   face à la paralysie du marché. Face à cette situation où la différence de la  crise  de 1929-1950, privilégiant les politiques dites «  nationales »  avec  la mondialisation, nous assistons à la  crise des politiques économiques traditionnelles. Les nouvelles politiques des dépenses publiques dites néo-keynésiennes avec un rôle central à l’Etat régulateur s’avèreront-elles efficaces, Il est utile de rappeler   que dans les années 1930, les mesures mises en œuvre par Roosevelt lors du New Deal n’ont pas été suivies du rétablissement de l’économie américaine. Après une brève remontée, l’économie américaine a connu un ralentissement marqué en 1937-38, aussi important que ceux qui l’avaient précédé.

L’économie américaine a commencé à mieux se porter avec la production pour la guerre et après que la stabilité mondiale eut été rétablie grâce à la reconstruction de l’économie mondiale après la destruction massive de la deuxième guerre mondiale.

4. La crise a un impact sur l’avenir du financement de l’Algérie

4.1- Eviter l’erreur de se limiter à la balance commerciale et avoir une vision dynamique

L’Algérie est tributaire de ses ressources en devises de plus de 98% des hydrocarbures, et sur les 2% restant, 50% relèvent de déchets ferreux et semi- ferreux. Il ne faut pas être utopique, sous réserve de la relance de la réforme globale actuellement en panne, les exportations hors hydrocarbures prendront plus de 5à 10 années pour être déterminant au niveau de la structure des exportations.

Comme sur les 5/6% de croissance hors hydrocarbures, 80% sont tirés par le bâtiment travaux publics, hydrauliques ( BTPH) eux même avec d’autres secteurs étant induit par les recettes des hydrocarbures (le financement public étant en moyenne de 90% en 2008) les entreprises autonomes créatrices de richesses participant pour moins de 2% hors hydrocarbures.

De ce fait il faut être attentif à l’évolution du cours du pétrole qui a un impact sur le futur rythme du financement de l’économie algérienne( le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole ( un cours de 50 dollars pour un même volume donnant 25 dollar ) et tenant compte de sa réduction quota OPEP donnant un maque à gagner d’environ 5 milliards de dollars). Il s’agit surtout de ne pas commettre l’erreur de se limiter à la balance commerciale et de raisonner en statique, ( diviser le montant des réserves par les importations) mais d’analyser la balance des paiements en dynamique , c’est à di ure en prévoyant des investissements futurs inducteurs de croissance et les mouvements des transfert de services et capitaux .

4.2.- Solde devises  au rythme des dépenses de 2008 entre 2009/2012

Tenant compte des éléments quantitatifs suivants :
– 138 milliards de dollars devises cumulées d’exportation d’hydrocarbures plus 2 milliards de dollars hors hydrocarbures ( total 140) et d’un stock de la dette évalué à moins de 4 milliards de dollars,

– du montant des importations de 40 milliards de dollars dont plus de 60% ne concerne pas l’appareil productif)

– de 10 milliards de dollars de transferts des dividendes y compris les associés de Sonatrach plus les services de tous les secteurs,

– plus 15 milliards de dollars nécessaires pour un nouveau tissu productif fonction des dernières mesure gouvernementales (prédominance de l’autofinancement interne public,qui ira vers 100%, le privé productif étant actuellement marginal et endetté, l’argent se trouvant au niveau de la sphère informelle contrôlant plus de 40% de la masse monétaire en circulation),

– du plan de financement de Sonatrach (renouvellement et investissements nouveaux) entre 209/2013 de 15 milliards de dollars annuellement plus 5 milliards de dollars pour Sonelgaz soit 20 milliards de dollars car sans ces investissements, au risque de perdre des parts de marché, même les recettes actuelles de Sonatrach risque de chuter. J’émets l’hypothèse pour éviter un double emploi que 5 milliards de dollars sont déjà inclus dans la rubrique importation pour les consommations intermédiaires et les pièces détachées, restant donc 15 milliards de dollars ;Je précise qu’il s’agit de ne pas confondre les recettes en devises et ce pour toute entreprise exportatrice qui doivent transiter par le canal de la banque d’Algérie selon la loi sur la monnaie et le crédit et le plan de financement de Sonatrach.

Pour un cours de 45/50 dollars le baril supposant la stabilité du dollar entre 1,25/1,30 dollar un euro ce qui n’est pas évident avec l’important déficit budgétaire américain et en cas de dépréciation du dollar le manque à gagner serait plus important renvoyant d’ailleurs aux réserves algériennes libellés en dollars et au placement à l’étranger en bons de trésor lorsqu ‘on sait qu’actuellement avec le taux d’inflation le taux d’intérêt est négatif.
Au 31/12/2009 Le niveau des réserves de change s’établira ainsi hors dépenses

-140 milliards de dollars plus 30 milliards de dollars soit 170 milliards de dollars
Moins –les dépenses de 80 milliards de dollars : solde au 31/12/2009 : 170 milliards de dollars moins 80 égale à 90milliards de dollars.

En maintenant le même rythme des dépenses le solde au 31/12/2010 sera égal au nouveau montant des réserves de change soit 90 milliards de dollars plus 30 milliards de dollars Sonatrach , 2 milliards de dollars hors hydrocarbures soit 122 milliards de dollars moins 80 milliards de dollars de dépenses ,le nouveau solde serait de 42 milliards de dollars
solde au 31/12/2011 sera égal nouveau montant des réserves de change soit 40 milliards de dollars plus 30 millairds de dollars de recettes Sonatrach plus 2 milliards de dollars hors hydrocarbures donc 72 milliards de dollars moins les dépenses ,80 milliards de dollars ayant un solde négatif en devises de 8 milliards de dollars (épuisement des réserves de change)

– solde au 31/12/2012 nous aurons les recettes de Sonatrach, 30 milliards de dollars ,plus 2milliards de dollars hors hydrocarbures soit 32 milliards de dollars moins le solde négatif de 8millairds de dollars moins les dépenses de 80milliards de dollars donnant un solde négatif de 56 milliards de dollars devant être couvert par un emprunt extérieur .

4.3- A un cours inférieur à 50 dollars le baril, des tensions budgétaires risquent de se manifester avec des incidences sociales courant 2011:

J’en déduis les conséquences suivantes, l’Algérie n’aura pas de problèmes de financement entre 2009/2010. Mais au vu de ce scénario, le puisement dans les réserves de change est inévitable si l’on veut maintenir le rythme d’investissement public au même niveau que celui programmé pour 2008/2009 s’agissant de ne pas faire une double comptabilité le fonds de régulation des recettes (solde dinar qui est inconvertible incluant une partie des réserves de change convertie en dinars, – que le pays risque de connaître des tensions budgétaires pour un cours entre 45/50 dollars courant 2011, et de vives tensions budgétaires entre 2012/2013.

Pour un cours entre 30/40 dollars, en terme de prix constant de l’année 2000, (ce serait un cours variant entre 20/25 dollars), nous assisterions à de vives tensions budgétaires dès la fin 2010. Le maintien du rythme des dépenses implique un cours du baril de pétrole entre 70/80 dollars sous réserve toujours de la stabilité du dollar comme vous avez affirmé , Monsieur Ahmed OUYAHIA , justement, il y a de cela quelque mois lors du conseil national du RND.

Cela implique donc entre 2009/2014, un arbitrage politique entre l’économique, une plus grande rigueur budgétaire pour reculer les échéances et éviter le scénario de l’impact des années 1986, et le social afin d’éviter des remous sociaux. Diviser par deux les dépenses, solution de facilité, certes permettrait de reculer l’échéance de deux années mais avec le risque de troubles sociaux. Ou la solution pérenne, mieux gérer l’allocation des ressources rares, mais cela suppose la bonne gouvernance, l’Etat de droit et le savoir au cœur du développement, aspect qui dépasse de loin le cadre strictement économique et renvoie à la refondation de l’Etat sur des bases démocratiques, tout en tenant compte de notre histoire et authenticité.

Monsieur le premier Ministre avec tout le respect que je vous dois, la crise concerne le devenir d e l’économie algérienne. « Le doute n’est-il le commencement de la sagesse » selon Aristote ?

Si, la paix est un élément déterminant du développement économique et social, se prémunir contre les chocs sociaux de la crise économique afin d’éviter le drame des effets  de la crise de 1986, n’en est pas moins déterminant passant par une mobilisation générale pour un développement durable au profit des intérêts supérieurs de l’Algérie, crise qui nous interpelle tous, montrant la vulnérabilité de l’économie algérienne dépendante d’une ressource éphémère et peut être une occasion d’encourager un consensus national en faveur de réformes dont l’Algérie a cruellement besoin en vue de la nécessaire dynamisation d’une production et exportation hors hydrocarbures.

Pour se faire, permettez moi de rappeler ce dialogue entre un grand philosophe interrogé par un grand président d’un grand Etat qui lui demandait s’il était au pouvoir quels secteurs favoriserait-il face à la crise financière. « Monsieur le Président, je consacrerai la moitié du budget aux segment porteurs à moyen et long terme : l’éducation et la santé et donc en valorisant le capital humain  ». C’est tout un programme qui suppose une nouvelle culture, loin de la mentalité rentière bureaucratique et une profonde mutation systémique de l’Algérie.

A MEBTOUL pour algerie-focus.com , le 04 mars 2009

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