Pénurie aiguë de matériel, un personnel médical démissionnaire, une hygiène plus que douteuse, délinquance et insécurité. Un jeune médecin raconte, dans un témoignage poignant publié sur sa page Facebook, la routine de sa « garde » dans un service de l’hôpital Mustapha Bach d’Alger, le plus grand du pays. 

« Ma garde a commencé à  8 H 30 avec un binôme, un infirmier à ma disposition, une femme de salle et 2 internes ». C’est avec ces mots que le jeune médecin Mahdi Bensaid a commencé son récit. Dés les premières minutes, il a rencontré un obstacle insurmontable : pour soulager les douleurs d’un patient souffrant d’une dangereuse plaie, il avait besoin d’un bistouri, de fil résorbable et de gants stériles. Malheureusement, aucun de ces outils rudimentaires n’est disponible au service des urgences, chirurgie traumatologique et orthopédique, du plus grand hôpital d’Algerie ! Mahdi allait devoir redoubler d’ingéniosité pour soigner l’infortuné patient. Livré à lui-même, il a décidé de s’aventurer dans les dédales administratifs de l’hôpital pour trouver de quoi soigner les patients. Il s’est retrouvé ainsi face à une véritable monstruosité bureaucratique qui illustre parfaitement la gestion calamiteuse de nos  hôpitaux. « L’infirmier m’a désigné l’agent de service qui, d’après-lui, ne ramènait pas assez de matériel.  L’agent de service m’a désigné le responsable du magasin des urgences qui, d’après-lui, ne lui donnait pas assez de matériel et le tout sans aucune traçabilité écrite ou saisie », a confié désabusé le jeune médecin décrivant une situation des plus absurdes.

mustaha bacha choc 2

Une absurdité qui a révolté notre jeune médecin lequel a décidé de rédiger un rapport pour le transmettre à sa hiérarchie. Face à la détermination de Mahdi, les administrateurs de l’hôpital ont fini par le laisser prendre tout le matériel dont il avait besoin pour son travail.

« Pour me faire taire, on m’a proposé de me servir à volonté, dans une sorte de caverne d’Ali Baba, de tout ce dont j’avais besoin pour le bon déroulement de ma garde », a affirmé notre jeune médecin, qui allait déchanter très rapidement, puisque ce matériel allait être consommé, durant juste 12 heures de soins dispensés aux patients qui se succèdaientnt à son service.

Une fois encore, il s’est retrouvé sans aucun outil pour soigner les nouveaux patients qui ne cessaient affluer. « Nous avons été amenés à renvoyer les malades vers les autres centres hospitaliers situés  à proximité de Mustapha Bacha », a déploré Mahdi Bensaïd. « Les patients compréhensifs ont accepté la sentence. Pour les autres, c’était deux ou trois petites bagarres habituelles où j’ai cassé des nez et où on m’a brisé mes lunettes et souillé ma blouse », a encore confessé le jeune médecin. Ce dernier allait rentrer chez lui « après 36 h de réquisition, 150 malades vus, soignés ou renvoyés » !

Pour illustrer les inhumaines conditions dans lesquelles il exerce quotidiennement, Mahdi Bensaïd a posté des photos mettant en relief la vétusté et la précarité du bloc opératoire où il soigne ses patients. Sur l’une de ces photos, on aperçoit les « trois seuls instruments de tout le service » ! Cela se passe en Algérie, et en 2015. Dans un pays où les dirigeants ne cessent pas de proclamer que le bien-être de leur population est une priorité sacrée. Les mésaventures de Mahdi Bensaïd, ce jeune médecin, sont, à elles-seules, le symbole de l’échec cuisant de notre système de santé.

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