Par Nassim Brahimi

La réunion sur Gaza, tenue vendredi à Doha, n’a pas pu être plus que «consultative», faute de «quorum», puisque le nombre de morts n’a pas encore atteint le tiers des Gazaouis.

Avec une moyenne de 50 morts par jour, le «minimum» requis devra être dépassé dans deux jours, et la très officielle réunion du Koweït pourra, ainsi, être tenue, dans les normes arabes.

C’est d’une absurdité atroce, les Arabes trouvant le moyen d’être bureaucrates même en temps de guerre. Dans tout ceci, abstraction faite de l’inutilité concrète des deux réunions en question, l’objectif étant de sauver l’image plus que les vies.

A Doha, Khaled Mechaal a parlé et même très bien, prononçant un discours qui nous inspire la honte d’être ce que l’on est : Des moins que rien, incapables de dénoncer unanimement la mort et les bombes au phosphore.

Al-Assad et Ahmadinejad ont aussi parlé, avec leur virulence habituelle, dénonçant le silence et prônant l’affrontement comme moyen de libre expression.

Du beau monde réuni contre l’agression israélienne, mais aussi contre le leadership looser des Egyptiens et des Saoudiens (les Etats) qui n’ont plus de leçon à donner, sauf à eux-mêmes.

Ces faux leaders de la Nation, qui nous ont habitué au désastre par leurs coups fourrés et leurs mascarades politiques, sont désormais concurrencés par un tout petit pays, imprévisible, méconnu et beaucoup plus crédible que ces Arabes de première classe : le Qatar.

Cet outsider a su s’imposer, ne serait-ce que sur le plan du discours, comme un véritable porte-parole de la rue arabe, avec cependant un ton moins accusateur; diplomatie oblige.

Les responsables de ce pays n’ont pas leur langue dans la poche. Ils y vont direct et semblent n’être qu’à deux doigts d’insulter les Égyptiens et les Saoudiens pour leur attitude scandaleuse.

Le Premier ministre Qatari a prononcé une phrase tellement sincère qu’elle parait impossible d’être entendue de la part de n’importe quel autre dirigeant arabe : «Nos peuples ne sont pas dupes. Disons leur la vérité. Nous ne sommes pas des héros, mais ceci ne nous empêche pas d’au moins se rencontrer et faire ce qu’on peut faire pour trouver une solution. Il ne suffit pas d’envoyer des cartons de médicaments à Gaza pour croire que l’on a accompli notre devoir envers la Palestine». Bien dit et bravo au Qatar pour ce qu’il a tenté d’accomplir.

Il a fait bien plus que ce qu’il n’espérait. Il nous a rassuré qu’au sein du monde arabe, il reste encore des hommes qui ne sont ni putes, ni soumises…, mais des dignes.

Courage Gaza, c’est tout ce qu’il te reste.

N.B.

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