Peut-on séparer la religion du politique en Algérie ?

0
Advertisement

En Algérie, cette question constitue encore un tabou que beaucoup d’académiciens, de chercheurs et de politiciens n’osent pas encore briser. Mais Soheib Bencheikh, chercheur en théologie et ancien mufti de Marseille, n’a pas hésité à prendre le risque de choquer les adeptes de « la pensée unique » en s’attaquant à cette problématique complexe.

Ainsi, lors du colloque intitulé « Algérie : Penser le changement. Quels apports des sciences sociales et humaines ? », organisé en ce moment à Oran par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), Soheib Bencheikh a abordé longuement ce délicat sujet dans son intervention en relevant qu’il faut établir la différence entre la « séparation entre Etat et religion et séparation entre politique et religion », précise-t-il.  Pour mieux cerner la problématique, il souligne que la séparation du religieux du politique « importé dans le contexte algérien » nourrit encore des blocages psychiques. Et pour cause, en Algérie « dès que vous prononcez le mot, vous provoquez automatiquement un blocage, car on vous renvoie à l’idée d’une action contre la religion, ce qui n’est pas forcément vrai », a-t-il indiqué.

D’après Soheib Bencheikh,  la mainmise des politiciens sur la religion s’explique par le fait que « L’Etat » n’est toujours pas  défini « comme étant basé sur des critères rationnels ». L’institution politique et religieuse ont toujours été juxtaposées l’une à côté de l’autre de manière malsaine. C’est ce qui a créé des confusions dangereuses autour des questions de la Charia. Justement, à propos de cette notion, le chercheur explique qu’il « a une bibliothèque bien fournie ».  « Mais je n’ai rencontré aucun livre qui est intitulé Charia, car cette notion nous renvoie automatiquement vers l’histoire et se cramponner à un moment de l’histoire est toujours dangereux », analyse-t-il en assurant que « la conception de la justice dans un siècle donné peut s’avérer injuste le siècle suivant et de la même manière une idée de progrès peut devenir une régression plus tard ».

Article précédentAlgérie : des anciens colons français récupèrent leurs biens « nationalisés »
Article suivantL’Algérie fait partie des Etats les plus corrompus au monde