Dans une déclaration au quotidien d’information arabophone El Khabar, l’ancien wali d’Oran, Bachir Frik a dénoncé les pressions que vivent les walis en Algérie. L’ancien wali d’Oran qui a déjà eu des démêlés avec la justice a ouvertement affirmé que les pressions et les contraintes que vivent les walis sont tels «des plats » que ces derniers avalent chaque jour dans leur travail.

Depuis le déclenchement de la polémique autour de la mort du wali de Annaba Mohamed Mounib Sendid, décédé le 24 décembre dernier au service de réanimation du département de pathologie cardiaque de l’Institut mutualiste Montsouris (IMM) de Paris, c’est pour la première fois qu’un ancien wali prend la parole et sort de son silence pour dénoncer les pressions que vivent les hauts fonctionnaires de ce corps de métier.  Pour Bachir Frik, les walis ne peuvent pas exercer leur métier en Algérie sans devoir faire face à une véritable « mafia » qui profite de son influence et souvent de «sa position privilégiée au sommet de l’Etat», pour faire subir à ces hauts responsables d’énormes pressions et les contraindre à accorder des « avantages injustifiés au plan légal » à travers des contrats de gré à gré à des « entrepreneurs précis qui sont associés à des gens influents… », a-t-il déclaré au quotidien arabophone El Khabar.

Les déclarations de l’ancien wali d’Oran, relayées par le Huffington Post Maghreb, dans son édition de jeudi dernier, vont plus loin. Ce dernier affirme que les contraintes subies par les walis sont devenues comme « des plats qu’ils avalent dans leur travail quotidien ». Selon lui, ces pressions ont pour unique but de soumettre ces derniers « à des ordres » pour servir des personnes précises, des parents ou des donneurs d’ordre eux-mêmes à travers des prête-noms. A l’origine de ces pressions, il ne s’agit donc pas uniquement de la mafia du foncier , explique-t-il, mais « des mafias locales avec des responsables qui représentent des secteurs de souveraineté au sein de l’Etat, civiles ou militaires, dans le but de faire plier tel ou tel wali, le contraindre à les servir, sous peine d’être limogé, muté ou même subir des humiliations judiciaires ».

L’ancien wali d’Oran a déclaré avoir été lui-même victime de pressions, de chantages et de menaces de la part du chef de la 2ème région militaire, lors de l’exercice de ses fonctions en 1997. Pour protéger les walis de ces contraintes, M. Frik a appelé à la mise en place d’un statut qui protège le wali de « n’importe quel type de pressions ».  Poussant ces déclarations plus loin, M. Frik avoue que le ministre de l’Intérieur, censé lui-même protégé, le wali, a parfois besoin de protection car les groupes de pressions deviennent de plus en plus forts. Estimant que le statut du wali est précaire en Algérie et que la situation de ces derniers ne fait qu’empirer, l’ancien wali d’Oran a appelé le gouvernement à l’urgence d’agir et de protéger les walis qui sont devenus comme des « serviettes de nettoyage » du fait des pressions et des problèmes ».  Rappelons que le ministre d’Etat ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Tayeb Belaiz, a récemment affirmé que «toutes les thèses spéculant que la mort du wali de Annaba a été occasionnée par des pressions que ce dernier subissait de la part de certaines personnalités très influentes au niveau de l’Etat ne sont que des rumeurs sans aucun fondement ».

Nourhane. S.