Par Docteur Abderrahmane Mebtoul ,Expert International

1.- Une crise plus grave que celle de 1929

Les années 2009/2010 seront caractérisées par une forte dépression, les bourses du monde entier ayant subi des pertes sans égales depuis les années 1929/1934. L’effondrement des marchés financiers est aujourd’hui accompagné du déclin de l’économie réelle qui durera plusieurs années, car même s’il y a légère reprise courant 2011. C’est comme un corps gravement malade, après la guérison, sous réserves de thérapeutiques efficaces, la convalescence durera longtemps, ce qui n’est pas évident.. Entre janvier et début décembre 2008 les plus grandes places financières ont perdu presque la moitié de leur capitalisation soit plus de 35.000 milliards de dollars soit plus de deux fois le produit intérieur brut américain, touchant presque tous les pays Usa- Canada, Europe, Russie et les dirigeants asiatiques, arabes du Golfe, latino- américains disent ouvertement maintenant que la crise les atteint. Les institutions internationales désemparés, ne maîtrisant plus les perspectives de l’économie mondiale (4 prévisions contradictoires durant l’année 2008) viennent de revoir à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2009 à 0,5% contre 2,2% estimé en novembre 2008. Les indicateurs composites avancés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les mois de décembre 2008/janvier 2009 signalent un ralentissement de l’activité d’une ampleur comparable inégalée. Pour Bloomberg, et George Soros, commentant le récent sommet de Davos, la crise actuelle pourrait être bien pire que celle connue dans les années 1930, avis partagé par Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fond monétaire international, la contraction de la demande « pourrait dépasser tout ce que l’on a vu depuis la Grande Dépression des années 1930 ». Comme conséquence, le taux de chômage au niveau mondial connaît une progression dangereuse Alors que la zone OCDE affichait, en 2007, son plus faible taux de chômage depuis 1980 (5,6%), le marché du travail s’est brutalement retourné. Et le BIT et l’OCDE estiment que le chômage risque de toucher entre 20 et 25 millions de personnes de plus dans le monde d’ici à 2010, atteignant un record de 210 millions de personnes fin 2009.

2-La crise actuelle est une crise systémique enclenchée par la crise du crédit

La crise financière s’avère profonde et n’en est qu’à ses débuts, et les premières conséquences économiques et sociales ne cessent de se faire sentir. Ainsi, comme durant la période 1929/1936 l’on assise au début des mouvements sociaux de plus en plus persistants face à la crise. En Islande qui a connu par le passé une prospérité inégalée, le Gouvernement a démissionné conséquence directe de la crise économique mondiale suite à la dépréciation de la monnaie nationale et de l’effondrement du système bancaire. La Chine risque une généralisation des émeutes sociales. En Russie, les recettes du pétrole chutent , les effets combinées de la dégradation de l’emploi et du cours du rouble provoquent des mouvements sociaux non connus depuis la crise des années 2000 au moment de l’effondrement du rouble. Les compressions de personnels au Japon ont, selon les observateurs locaux, un « impact d’une brutalité sans précédent » qui déstabilisent la société japonaise, traditionnellement confiante en sa sûreté. Les mêmes effets commencent en Europe (cas de l’importance grève qui a réuni l’ensemble des mouvements syndicaux en France) en rappelant le cas de la Grèce a déjà vu de graves incidents, ainsi qu’en Irlande, en Grande Bretagne qui a connu la désindustrialisation du pays ayant reposé sa puissance sur la City et les services qui ont connu un effondrement expliquant et de la chute de la livre sterling et du bas taux d’intérêt jamais vu depuis la création de la banque d’Angleterre. Les USA ne sont pas exempts et des mouvements sociaux commencent à se manifester dans plusieurs gouvernements les plus touchés par la crise, l’élection du nouveau président américain avec les espérances qu’il suscite, jouant transitoirement le rôle de tampon amortisseur. Tous ces mouvements, sont des révélateurs de l’aggravation des malaises des sociétés et de l’inquiétude croissante vis-à-vis de l’avenir face à l’ampleur de la crise mondiale et e malgré une injection monétaire sans précédent et les interventions des banques centrales pour essayer de stabiliser le système financier et faire face à la paralysie du marché. Comme le plan américain Paulson de 700 milliards de dollars en 2008 qui seront déboursés en plusieurs tranches, mais qui s ‘avèrera insuffisant puisque selon le Wall Street Journal de la mi janvier 2009, les autorités américaines seraient en train d’élargir leur plan de sauvetage au secteur financier en débloquant, éventuellement, 1000 à 2000 milliards de dollars de plus. Selon les dernières prévisions du Bureau du budget du Congrès (CBO), le déficit budgétaire pour 2008-2009 devrait atteindre le montant exceptionnel de 1.200 milliards de dollars, soit 8,3% du produit intérieur brut, sans compter les 780 milliards de dollars prévus par le Congrès US le 7 février 2009 pour le soutien à l’activité qui pourraient s’avérer également insuffisant. Et également l’initiative européenne où les différents dirigeants du fait de l’ampleur de la crise commencent à avoir une vision commune comme en témoigne les 1800 milliards d’euros soit 2300 milliards de dollars pour garantir les prêts interbancaires et les dépôts des épargnants : soit au total USA/ Europe plus de 3000 milliards de dollars , en plus des 200 milliards d’ euros (Europe) pour soutenir l’activité économique Toute cette masse monétaire injectée s’il n’y a pas reprise pouvant conduire à une hyperinflation mondiale, (l’expérience allemande), la déflation actuelle étant transitoire car n’oublions pas c’est cette émission sans frein de dollars combinée avec la baisse de la salarisation au sein du PIB (pouvoir d’achat), ce financement accru de l’économie en déconnexion avec la sphère réelle, qui a permis aux opérateurs sur les marchés financiers d’acheter à crédit tout en n’étant pas solvables. Ces analyses sont confirmées par des études récentes dont l’OCC (Comptroller of the Currency, l’autorité de tutelle des banques US) que les banques commerciales US possédaient au 30 juin 2008, 182 .100 milliards de dollars de produits dérivés dont JP Morgan Chase 43 000 milliards de dollars et Citigroup 17 500 milliards soit plus que le PIB mondial et qu’au sein de la masse monétaire mondiale les produits dérivés 75%, représentent l’essentiel, 630 000 milliards de dollars, soit 13 fois le PIB mondial.

3-La crise des politiques économiques traditionnelles

Les nouvelles politiques des dépenses publiques dites néo-keynésiennes avec un rôle central à l’Etat régulateur s’avèreront-elles efficaces, le prix Nobel d’économie de 2001 Joseph Stiglitz estimant que ces actions ne sont qu’une solution à court terme le comparant à «une transfusion sanguine massive à une personne souffrant d’une grave hémorragie interne». Il est utile de rappeler que dans les années 1930, les mesures mises en œuvre par Roosevelt lors du New Deal n’ont pas été suivies du rétablissement de l’économie américaine. Après une brève remontée vers le milieu de cette décennie, l’économie américaine a connu un ralentissement marqué en 1937-38, aussi important que ceux qui l’avaient précédé. L’économie américaine a commencé à mieux se porter avec la production pour la guerre et après que la stabilité mondiale eut été rétablie grâce à la reconstruction de l’économie mondiale après la destruction massive de la deuxième guerre mondiale. Au début des années 1970, les mesures keynésiennes mises en place ont eu un impact limité pour restreindre le développement de la récession, contribuant à l’apparition de la stagflation ce qui a aidé à créer les conditions politiques du programme du « libre marché » de Reagan et Thatcher et au Japon. Aussi, je ne rentrerai pas dans les débats stériles de peu d’utilité pour les politiques concrètes Keynes est –il mort ou pas car la pratique des affaires et toutes les politiques gouvernementales depuis la crise de 1929 à ce jour ont combiné une politique monétaire active avec une politique de déficit budgétaire ciblée en premier lieu les USA , la dette de l’Etat fédéral étant passée de 424 milliards en 1971 à plus de 11.000 milliards de dollars en 2007/2008. La crise étant très profonde donc structurelle , l’économie politique traversant elle même une crise , ce qui donne de l’actualité à la théorie d’un des plus grand théoricien du capitalisme à savoir Karl Marx qui n’a pas écrit le socialisme mais le Capital , au grand économiste Schumpeter sur les cycles et au célèbre sociologue Polanyi , le renouveau de l’économie politique doit donc combiner des actions structurelles en profondeur et des actions conjoncturelles dont la théorie keynésienne valable que pour le court terme. André Lévy-Lang professeur associé émérite à Paris Dauphine fait une analyse pertinente, que je partage, dans le quotidien français les Echos le 04 février 2009, je cite « On connaît bien la thèse de Schumpeter selon laquelle la dynamique du capitalisme est due à l’esprit entrepreneurial davantage qu’aux effets mécaniques de l’accumulation du capital telle qu’elle est décrite par la théorie classique. On omet souvent de rappeler qu’il avait une vision pessimiste de cette dynamique, prévoyant qu’elle serait progressivement paralysée par les contraintes d’organisation du système, notamment par la bureaucratie. Mais si l’on remplace « bureaucratie » par « système financier dans la thèse schumpeterienne, on redécouvre combien tout processus créateur est fragile et peut être menacé par une cellule extérieure qui le cancérise. Avec le sociologue Polanyi, la tendance irrésistible du capitalisme est que l’économie de marché colonise la société pour en faire une société de marché. Progressivement, plus rien n’échappe à la valorisation monétaire des activités humaines. Il en déduisait, dans une synthèse originale de la social-démocratie et des utopies autogestionnaires, que la société civile devait s’organiser pour faire retourner l’économie dans son lit et préserver ainsi de larges secteurs de toute emprise de la spéculation monétaire ».

En résumé, le gouvernement algérien ne devrait pas prendre à la légère la profondeur de cette crise qui est structurelle et non conjoncturelle, certains responsables algériens ne voulant pas voir la dure réalité en face en affirmant que la crise mondiale ne touche pas l’Algérie confondant peut être leur situation financière personnelle avec celle de l’immense majorité de la population dont le pouvoir d’achat se détériore. C’est comme un malade qui sachant qu’il est très malade ne veut pas voir un médecin, voulant vivre d’illusions, mentalité rentière, espérant l’envolée du cours du pétrole et du dollar. Afin d’éviter les erreurs de la crise de 1986, et ses effets dévastateurs sur l’Algérie pendant plus de 10 années, du fait de la profondeur et la durabilité de la crise actuelle, et de ses effets inévitables sur l’ensemble de la société algérienne, éviter la cacophonie et la légèreté des déclarations des différentes responsables sur ce sujet , il y a urgence de la création d’un comité de sauvegarde contre les effets de la crise. La sécurité nationale étant posée, ce comité restreint , loin de toute lourdeur bureaucratique sous l’autorité directe du président de la république sera composé d’experts nationaux de hauts niveaux,ne dépassant pas dix( 10) , pouvant faire appel exceptionnellement à des expertises extérieures, devra travailler en réseaux avec les structures locales directement concernées :ministère de la défense nationale , ministère de l’intérieur, des finances, de la banque centrale d’Algérie et du Ministère de l‘énergie et des Mines. Car les élections présidentielles

Il y va de l’avenir des générations présentes et futures

AM

Article précédentEducation. Erasmus Euro-méditerranéen est il possible ?
Article suivantLes recettes pétrolières de l’Algérie vont diminuer de moitié