Ce matin, les écoliers algériens ont retrouvé les bancs de l’école, l’Algérie ceux de la contestation. La rentrée scolaire rime avec rentrée sociale, et l’éducation sera au cœur des revendications.

150 000 élèves sont prévus en tant que sureffectif / DR

À peine les professeurs ont-ils dicté leur première leçon que l’éducation prévoit déjà de se mettre en grève. La reprise des cours pour les écoles, collèges et lycées  s’est faite aujourd’hui sous le signe de la tension. Le corps professoral prévoit une grève nationale, du 16 au 18 septembre, explique un communiqué officiel du Syndicat national des corps communs et des travailleurs professionnels de l’éducation.

Il faut reconnaître que l »éducation algérienne a ses points forts, calquée sur un modèle socialiste, elle permet d’offrir un enseignement gratuit et accessible à tous. Mais quand vient la question de la qualité de l’enseignement et des conditions dans lesquelles les professeurs doivent enseigner, l’Algérie doit revoir sa copie.

Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, et surtout la fin de l’ère Benbouzid, les Algériens attendent une refonte du système éducatif. Abdelatif Baba Ahmed, le nouveau ministre de l’éducation a donc de gros dossiers à régler.

École surchargée et désorganisation

Le premier dossier sera le problème majeur de la rentrée 2012 : l’effectif conséquent prévu dans les écoles. Les wilayas de Biskra, Blida, Tiaret, Alger-est, Djelfa, Jijel, AÏn Defla et Tébessa doivent gérer cette année un sureffectif d’élèves. En moyenne les établissements de ces wilayas devront accueillir une quarantaine de personnes par classe. De manière générale, les établissements devront supporter cette année un surplus de 150 000 élèves tous niveaux confondus. Une complication supplémentaire pour offrir un enseignement solide et efficace. De plus, des écoles pleines ne permettent pas d’assurer une sécurité totale pour les enfants.

La situation actuelle est la conséquence de la réforme scolaire visant à supprimer une année dans le cycle moyen. L’accueil des éléves mal été calculé. Comme l’a indiqué Abdelatif Baba Ahmed hier, l’Etat a prévu des solutions avec la création de plusieurs centaines d’établissements (lycées et CEM) dans plusieurs wilayas. Mais problème encore, la livraison de certains d’entres eux ont pris du retard. Par exemple 140 nouveaux lycées devraient être réceptionnés d’ici décembre. A long terme la solution est bonne mais un peu tardive pour la rentrée scolaire.

Des syndicats en marche, un nouveau gouvernement, des espoirs ?

Autre impasse, le dialogue entre la profession et les autorités algériennes qui ne prend pas, voire bloque totalement. La rentrée avec le nouveau ministre pourrait peut-être répondre aux attentes des professionnels de l’éducation. Car le constat actuel de ces derniers est très négatif. Idir Achour, secrétaire général du Conseil des lycées d’Alger (CLA) estime que «l’Ecole algérienne est aujourd’hui sur le mauvais rail […] Nous sommes face à des élèves ennuyés, des parents dépassés et des enseignants dégradés». Ces problèmes il les impute à l’ex-ministre de l’éducation Benbouzid, qui détenait un record de longévité à ce poste, sans pour autant actualiser et réformer le système scolaire algérien.

La nouvelle rentrée et le nouveau gouvernement ont donc poussé le Syndicat national des corps communs et des travailleurs professionnels de l’éducation, à offrir au ministre de l’éducation son baptême de feu. Leur grève prévue mi-septembre visera à relancer leurs revendications de l’an dernier, mises de côté par l’ancien ministre. Les professeurs attendent principalement, une généralisation de la prime de rendement à 40% au lieu de 30%, une revalorisation du salaire de base pour les travailleurs.

La rentrée scolaire n’a pas totalement laissé le gouvernement indifférent puisqu’il a mis en place un système de sécurité renforcé pour l’accueil des élèves lors de la rentrée, ou encore une enveloppe de 50 milliards de dinars pour les enfants des trois cycles, comme politique sociale et solidaire. Les élèves de première année bénéficieront, quant à eu, d’articles scolaires gratuits.

Des gestes concrets certes, mais qui restent insuffisants pour les organisations syndicales. Pessimiste,  le CLA pense que  «le nouveau ministre ne peut rien faire, puisque le changement des personnes ne sert à rien du moment où la politique adoptée est la même». Ajoutant que le conseil portait peu d’espoir dans une nouvelle politique renforçant l’éducation nationale.