200 observateurs ont été envoyés par l’Union africaine (UA) pour surveiller l’élection présidentielle algérienne du 17 avril. Parmi eux, Véronique Kando, une Burkinabé rodée à l’exercice. Portrait.

Confortablement assise sur un canapé dans le hall d’entrée de l’hôtel El Aurassi, située en plein coeur de la capitale algérienne, Véronique Kando feuillette une dernière fois ces documents, étalés sur la table basse en verre. Listes des bureaux de vote dans la wilaya d’Alger, listes des 13 équipes d’observateurs, contacts des responsables de mission, tout y est.

Demain ce sera le grand jour. Un « jour crucial » pour plus de 22 millions d’électeurs algériens, appelés aux urnes, et pour elle aussi, confie cette Burkinabé de 56 ans, membre de la délégation des 200 observateurs envoyés par l’Union africaine (UA) dans le but de surveiller le vote du 17 avril.

La surveillance des urnes, Véronique Kando en connait un rayon. La première fois que cette professeure de français de formation a été investie d’une telle mission c’était au Sénégal, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007, qui a vu la réélection au premier tour de Abdoulaye Wade, se souvient-elle. Depuis, Véronique Kando a enchaîné les missions d’observation à travers le continent, arborant un gilet marron assorti d’une casquette blanche, frappés du logo de l’Union africaine. En Guinée Bissau – 4 fois -, au Bénin, dernièrement au Mali. Et aujourd’hui en Algérie.

Renforcer la démocratie

Véronique Kando a participé à des missions d'observation au Sénégal et au Mali, auparavant. Photo : AF
Véronique Kando a participé à des missions d’observation au Sénégal et au Mali, auparavant. Photo : AF

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle participe à des missions d’observation, Véronique Kando dit vouloir aider au « renforcement de la démocratie ». « Dans une démocratie représentative, le pouvoir se prend par les urnes. Il faut donc participer aux élections et être choisi par le peuple pour prétendre gouverner. Seule l’élection confère une autorité et une responsabilité sur le peuple », développe-t-elle posément. Pour Véronique Kando, l’élection présidentielle est un moment déterminant dans la vie politique d’un pays. « Beaucoup de conflits naissent d’un mauvais déroulement d’une élection présidentielle », estime-t-elle. Et c’est pour prévenir ces conflits que Véronique occupe le terrain et visite les bureaux de vote le jour-J.

Avec le reste de la délégation de l’Union africaine, elle est arrivée le 10 avril dernier à Alger et a pris ses quartiers dans l’hôtel luxueux, qui domine la baie algéroise. Elle a débarqué dans un contexte houleux. A de multiples reprises, le candidat indépendant Ali Benflis, principal rival du Président-candidat Abdelaziz Bouteflika, a mis en garde contre le risque de fraude, allant jusqu’à déclarer que « c’est la fraude qui a gagné en 2004 ». L’année où l’ancien chef de gouvernement s’était confronté pour la première fois à Abdelaziz Bouteflika. « C’est du terrorisme via la télévision », a rétorqué en personne le chef de l’Etat, en marge de sa rencontre avec le Ministre des Affaires étrangères espagnol.

« Une mission d’observation, ça se prépare »

Les observateurs de l'Union africaine sont facilement reconnaissables avec ce gilet marron. Photo AF
Les observateurs de l’Union africaine sont facilement reconnaissables avec ce gilet marron. Photo AF

Depuis leur arrivée, les 200 observateurs africains ont très peu quitté leur hôtel. Loin de la guerre des clans entre partisans de Bouteflika et de sympathisants de Benflis, ils ont passé la semaine en formation afin de se familiariser avec les règles électorales de l’Algérie, puisque celles-ci « changent d’un pays à un autre », relève Véronique Kando. « Une mission d’observation ça se prépare, qu’on soit ancien ou nouveau, pour la mener en toute sérénité », lance-t-elle. Elle précise : durant ces sessions de formation, « on nous rappelle ce qu’il faut observer, de quoi il ne faut pas se mêler ».

Car, oui, pas question de « s’ingérer dans les affaires nationales », assure cette observatrice, originaire du Burkina Faso. « Nous ne sommes pas là pour donner des leçons à ceux qui organisent des élections », avance-t-elle.

Une journée de 12 H

Cet après-midi, Véronique Kando et deux de ses collègues découvrent enfin le secteur, qui leur a été attribué. « Lequel ? », lui demande-t-on. Un coup d’oeil sur sa fiche, elle dit d’une voix hésitante : « Hussein Dey ». Cette première tournée des lieux de vote qu’elle aura à surveiller demain lui permet de choisir un » bureau de vote témoin ». Elle explique : « C’est le bureau dans lequel je vais assister à l’ouverture et à la fermeture de l’élection. Demain, j’y serai 30 minutes en avance pour voir comment les choses sont mises en place : si l’urne vide a été montrée à tout le monde, si elle est bien scellée. Et entre temps, une journée de travail longue d’au moins 12 heures.

En effet, entre 8 H et 20 H ce jeudi, les observateurs africains, comme Véronique Kando, voyageront de bureau en bureau, une fiche de renseignement à la main. « On notera si les représentants des candidats sont bien présents, si les personnes accèdent librement au bureau de poste, s’il n’y a pas d’intimidation à l’entrée des bureaux de vote », raconte-t-elle. Avec au bout du fil, tout au long de cette journée, l’équipe de coordination qui chapeaute les 13 équipes d’observateurs, qui quadrillent la ville.

« Et si vous venez à être témoin d’une irrégularité demain, que ferez-vous? », la questionne-t-on. Et de répondre, l’air détendu : « Je me référerai aux coordinateurs, qui donneront la ligne de conduite à tenir ». Sans plus d’explication.

Après le dépouillement de l’urne du « bureau de vote témoin », aux alentours de 20 H, la journée de Véronique ne sera pas encore terminée. Il faudra encore faire une dernière halte au centre de compilation, où les bulletins de vote d’un secteur seront stockés. « Les journées électorales sont des journées fatigantes et très longues. On court toute la journée. Il faudra donc se coucher tôt pour être en forme demain », conclut-elle.

Fin de mission le 22 avril ?

En théorie, la mission d’observation des experts de l’UA prendra fin le 22 avril prochain. « J’ai un billet de retour prévu pour le 23 », confie Véronique Kando, « mais en cas de 2è tour, l’UA prendra des dispositions pour prolonger notre mission et retenir les équipes ».