Quand on laisse les juges faire leur travail sans aucune pression politique, la justice est souvent rendu. C’est sans aucun doute la plus grande leçon que l’on peut tirer de l’affaire dite des prisonniers du Port d’Alger et que la Cour suprême vient de relancer, à la suite de son arrêt de renvoi établi le 4 février. Selon ce document dont détenons une copie, les cinq cadres de l’entreprise portuaire d’Alger (EPAL)  et les trois opérateurs manutentionnaires condamnés à la prison en 2010, ont été victimes d’un procès bâclé mené suite à des accusations « injustifiées » et « infondées ». 

Celle-ci rejette les charges retenues à l’encontre des mis en cause dans « le fonds et la forme ». Accusés de passation de marché public douteux, les cadres de l’EPAL ont passé cinq ans en prison. Les trois autres opérateurs ont vécu quatre ans en prison. L’un d’entre-eux est mort des suites du traumatisme de son emprisonnement arbitraire et qui ne s’appuie sur aucune base légale, ce que reconnaît la Cour Suprême. Aucune preuve palpable et crédible n’a été fournie dans le premier procès pour justifier la condamnation de ces citoyens, note l’arrêt de la plus haute cour de justice. Celle-ci a même relevé que ces personnes ont été condamnées à des peines de prison dans un procès où il n’y avait ni plaignant ni préjudice à déplorer ! Une première dans les annales de la justice algérienne.

De plus, les cadres de l’EPAL ont été condamnés à la prison alors que le marché considéré comme « douteux » a été conclu entre les trois opérateurs manutentionnaires et Dubaï Port World (DPW), un autre opérateur complètement indépendant de l’EPAL qui gère un autre terminal du port d’Alger sans aucune interférence avec l’EPAL, une entreprise publique. Et DPW n’a lancé aucune poursuite judiciaire. Les bizarreries de cette affaire ont fini par réveiller les juges de la Cour Suprême qui ont demandé à revoir l’affaire. Un autre procès sera ainsi prochainement organisé.

Il aura fallu attendre toutes ces années pour que les familles des prisonniers du Port d’Alger retrouvent l’espoir de réhabiliter leurs proches. Un espoir plus que jamais permis par le réveil de la justice algérienne qui commence à reconnaître ses torts.