Un rapport international récent, établi annuellement lors du Forum économique mondial de Davos (Suisse), évalue sévèrement le niveau de l’éducation primaire en Algérie. Il est classé, pour l’année en cours, parmi les 25 plus mauvais systèmes  dans le monde ! 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce mauvais classement. Un élément positif d’abord: le taux de scolarisation, plutôt élevé en Algérie, peut expliquer les déficiences d’un système qui offre à tous les enfants, quels que soient leurs milieux sociaux, un accès gratuit à l’éducation. Les chiffres montrent donc que, si l’Algérie se classe à la 115ème place (sur 140 pays évalués) dans la catégorie « qualité de l’éducation primaire », elle se classe, en revanche, à la 36ème place pour ce qui est du taux de scolarisation des jeunes (établi à 97.3%), une position tout à fait honorable.

Le rapport amène à relativiser cette mise en perspective. Comme le souligne effectivement une étude citée par le document, entreprise par les chercheurs Hanushek et Kimko en 2000, c’est principalement la qualité d’un système éducatif qui peut avoir un impact conséquent sur la croissance économique. Car il faut relever que ce rapport se préoccupe avant tout de l’impact économique de tous ces facteurs. Au-delà de la dimension morale politique, et l’ambition d’un peuple éclairé, capable de se gouverner, de choisir ses représentants, de se soulever, de s’indigner, de s’émanciper, c’est simplement la relation entre croissance économique et niveau éducatif que souligne le rapport du forum de Davos.

Evidemment, une main-d’œuvre mieux qualifiée sera plus efficace au travail, et l’économie sera plus compétitive. Mais surtout, de jeunes gens qui savent parfaitement lire, écrire, compter, comprendre, synthétiser, seront plus à même de faciliter le transfert de savoirs « sur de nouvelles informations, produits et technologies créées par d’autres ». L’éducation primaire, qui est la base fondamentale de la poursuite des études secondaires et tertiaires, doit pouvoir être un facteur de créativité, capable « d’augmenter la capacité du pays à créer du nouveau savoir, de nouveaux produits et de nouvelles technologies ».

On retrouve des chiffres et des tendances similaires pour ce qui est des niveaux secondaires et tertiaires. Les taux de scolarisation restent relativement élevés, même si le niveau du tertiaire est un peu plus en retrait (à la 76ème place du classement, alors que le taux pour le secondaire se situe à la 46ème place), mais la qualité de ces niveaux pêche autant que celle de l’éducation primaire. Le rapport classe la qualité générale du système éducatif à la 91ème place, avec un score de 3.3 (sur 7), et la qualité de l’enseignement des sciences et des mathématiques à la 105ème place, avec le même score.

Comment expliquer ces scores médiocres ?

Le rapporteur spécial de l’ONU, en début d’année, avait mis en exergue l’importance de la formation des enseignants et de leur accompagnement continue. Plus récemment, la visite de la ministre de l’Education nationale française, Mme. Najat Vallaud-Belkacem, et les relations bilatérales en matière d’éducation qui vont progressivement prendre place entre les deux pays, montrent la prise de conscience de l’Etat quand à la nécessité d’améliorer le niveau de ce système éducatif. La qualité de ce système passe par la formation des enseignants, mais aussi par celle des inspecteurs de l’éducation, qui sont, eux aussi, chargés d’une mission d’importance nationale, et en cela la coopération avec d’autres pays n’en sera que bénéfique.

Enfin, les nombreux experts à l’origine de ce rapport soulignent la nécessité d’un enseignement innovant et créatif, adapté aux besoins du 21ème siècle. Les débats actuels sur l’éducation montrent que les jeunes élèves ne doivent pas seulement apprendre un savoir et un contenu, mais ils doivent acquérir les outils qui leur permettront de penser de manière critique et créative. Dans cette perspective, la recherche actuelle révèle combien il est important d’associer aux disciplines classiques des enseignements artistiques et corporels, que ce soit grâce à la musique, aux relations interpersonnelles, au contrôle du corps grâce à la danse ou au théâtre, etc.

Encore une fois, il faut garder en tête que ce rapport cherche à mesurer la compétitivité  des nations évoquées, et que l’analyse du niveau éducatif est étudiée en relation avec cet objectif de compétitivité économique. Il faut, néanmoins, réaliser que l’éducation nationale doit rester un objectif moral et politique, celui de former des citoyens libres et égaux, et l’on ne saurait donc réduire un système à sa seule dimension économique. L’Algérie a besoin de former des citoyens, et pas seulement des producteurs ou des consommateurs serviles.

Tahar S.