Quand le sud algérien s’éveillera par Kamel Daoud

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Le sud se réveille. Parce que le nord a trop dormi. C’est l’actualité de la semaine, de la décennie. Qui ? On ne sait pas. Sellal à in Aménas en parle et officialise la fracture : il existerait un groupuscule séparatiste en Algérie qui veut monter le sud contre le nord. Sans autre détails sur l’information la plus importante depuis l’indépendance. Qui est ce groupe ? Belmokhtar et compagnie ? D’autres ? British Petrolium ? Oil World incorporation ?

On ne sait pas et donc on laisse tomber. On retiendra donc l’essentiel : le sud se réveille. Veut. Pèse. Demande et exige. Il marche. Du sud vers le sud. Il ne veut plus de l’ancien partage : les chameaux pour vous, les puits pour moi. L’Algérie n’est pas un sud annexé au nord mais la capitale du pays, son poumon, son rein.  Le sud se politise. S’arme. Impose et peut se retourner contre la Daïra du nord. Abdelakder le malien doit désormais être un homme de Ouargla, pas un homme de Tlemcen. L’avenir n’est pas au clan de Oujda ou au clan des Aurès, mais à l’homme du sud.

Cette brusque politisation du sud par lui-même a pris de revers le nord. Par surprise. Elle est interprétée comme un complot car le nord ne peut pas comprendre que le sud ait une conscience et une exigence. Une vieille réaction, vieille comme la colonisation et les convictions de la colonisation. Aujourd’hui donc le sud marche. Et l‘évènement des milliers de chômeurs en marche hier est le signe majeur d’une époque qui commence. Dans quelques années, soit la capitale de l’Algérie sera Ouargla, soit il n’y aura pas de capitale.  Le sud ne peut pas se contenter d’un paquet de Lahda. D’un Wali importé ou de quelques logements. C’est lui qui donne et donc c’est lui qui décide. Au nord, on ne le sait pas encore mais on le découvre : la plus grande wilaya d’Algérie n’est pas au nord mais au Sud.

« Le groupuscule qui sème la zizanie » selon Sellal s’il existe essaime au final sur un terrain propice : le régionalisme le plus cruelle en Algérie n’est pas entre est et ouest, Oujda ou Tébessa, mais entre le nord et le sud. Il n’y a qu’avoir les budgets consacrés pour Ouargla capitale du chômage ou Tlemcen capitale de la culture. On a trop longtemps dormi sur l’idée d’un Sahara algérien sans revendication politique, sans demandes, sans volonté. Et quand cela a explosé, entre Al-Qaïda, guerre au Mali et internet, on découvre le sud comme une menace, pas comme un crime d’amnésie commis par tous. Cette petite portion au bord de la mer qui se prend pour le centre du monde, qui ne parle que d’elle-même, qui agit au nom de tous et qui résume l’histoire nationale à ses frasques et vanités et qui s’appelle le nord algérien. Ce nord qui aujourd’hui réagit avec des plans de Constantine et pas avec des volontés de comprendre.

Est-ce trop tard ? Presque. Il faut un immense homme de consensus pour souder la fracture. Le sud s’enfonce et le nord ne comprend pas. On parle encore de complot et de manœuvre comme dans les vieilles maladies des dictatures, là où il s’agit de… repentance pour avoir fait du sud sa réserve, pas le cœur du pays. Il y a urgence à parler d’autre chose que de complot. Le sud algérien, si on n’apprend pas à le gouverner avec justice, on va le perdre sans art.

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