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Le quotidien des algériens

A 20 ans, alors que des jeunes de leur âge rêvent, ailleurs, d’argent, de gloire, de révolutionner le monde pour certains, nos jeunes algériens pensent, eux, à l’exil au péril de leurs vie, ils rêvent de bannière étoilée, ou de feuille d’érable.

Le goût de l’aventure sécrète peut-être cette fâcheuse envie de changement à tout prix, mais ce n’est pas tout. Oisiveté, chômage, misère, en sont aussi responsables. « Si les voyages forment la jeunesse, ce pays la déforme » disait un père de famille. Son constat se confirment vite. Visa, visa, visa, un couplet repris à l’envi en Algérie. Il est écrit sur les murs, crié à chaque occasion valable (visite d’un officiel étranger), murmuré à l’oreille des proches cousins immigrés; pourtant, pour la majorité de ces demandeurs, aucun n’a la moindre idée de ce qu’il trouvera une fois de l’autre côté de la mer, si toutefois il réussit à la franchir.

33 ans plus tard l’histoire se répète: les boat people ne sont plus vietnamiens mais bel et bien algériens.

Alger, l’été de tous les interdits

Boire ou conduire ? Il ne faut surtout pas choisir, au risque de passer la nuit sur la plage. En effet, des soirées organisées par de grandes marques de boissons alcoolisées auxquelles les jeunes ne sont pas habitués sont en passe de devenir le nouvel opium des jeunes algériens. Dans le vide sidéral qu’offre notre pays à ces derniers, avides de loisirs, ces soirée à thème, pied dans l’eau, où mixité et alcool sont l’attrait principal, sont devenus en quelques années des incontournables des été algérois. Pendant tout le mois qui précède ces événements et dans les milieux initiés, toutes les discussions tournent autour de ses rendez-vous. C’est la course vers les invitations indispensables pour accéder à ces soirées. On les achète, les échange les promet, un buzz tourne autour, ce qui fait le bonheur des organisateurs dont le seul but est un plan de communication largement réussi la plupart du temps.

Sur place, la crème de la société algéroise, la jeunesse dorée d’Alger (en théorie) est libre de s’abreuver en toute quiétude en boissons alcoolisées pour peu qu’elle y mette le prix. Et ces occasions ont parfois leurs conséquences néfastes. Cette année comme l’année dernière, des heurts ont endeuillé ces soirées sensées être festives. Des jeunes de la région de Tipaza (lieu ou se tiennent ces soirées) ont bloqué la route, en colère après ces jeunes venus des communes les plus riches de la capitale, exhiber voitures de luxe et copines aguicheuses dans ce village de pêcheurs où le chômage est très présent et dont ces soirées ne lui profite en rien, même de manière indirecte aux jeunes de la cité. Les étés algérois sont aussi un bon moyen de jauger l’influence de ses connaissances : accès ou pas à club des pins, obtention ou pas d’un visa, l’essentiel (pour certains) est de « briller ».

Le football pour seul défoulloir

Les algériens ont eu à le découvrir à leur dépend. Non seulement le jeune est un mordu de foot, mais c’est principalement tout ce qu’il a à se mettre sous la dent. Les récents bons résultats de notre équipe nationale en sont la meilleure preuve. Tout le monde dehors. Hommes femmes, enfants et personnes âgées, ont tous participé à leur manière à la grande fête improvisée… par chacun. Les jeunes sont évidemment ceux qui se sont démarqués le mieux avec leurs initiatives. Des idées tellement inattendues qu’elles ont eu la manie de mettre dans l’embarras tous les corps de police réunis. Un bazar tel, qu’en plus des rixes entre supporters, pillages, et autres agressions inter-supporters, c’est aussi à des bagarres (verbales) entre policiers que les spectateurs ont eu droit. Après la violence dans les stades, ce sont les violences en dehors des stades qu’il faudra combattre à coup de campagnes de sensibilisations. Les matchs de football sont le seul moyen pour ces jeunes de rompre avec la routine quotidienne, et de se défouler. Une situation que les acteurs de ce sport roi peinent à régler. Rien n’y fait.

Violence, les jeunes….filles s’y mettent

Un groupe de jeunes filles sème en ce moment la terreur dans les rues de la capitale. Elles sont 3 ou 4 et font la chasse aux autres jeunes filles de leur âge. La plus jeune d’entre elles ne dépasserait pas les 14 ans, alors que leur ainée aurait fêté cette année son 20 ème printemps. Ces demoiselles se sont donc donné le mot pour mener la vie dure à leurs semblables : tirage de cheveux, humiliation, elles se donnent en spectacle à chaque fois, frôlant ainsi la catastrophe si ce n’est l’intervention du voisinage. La cause: des problèmes familiaux en plus de l’oisiveté imposée à ces jeunes filles à la fleur de l’âge qui jalousent leur contemporaines. Éjectées du système scolaire, elles errent en compagnie des jeunes du quartier cherchant «la bricole» qu’elles feront pendant la journée.

Un cinéma à deux niveaux

Tous les « connaisseurs » vous le confirmeront, il y a deux niveaux distincts dans tous les cinémas des grandes villes. Le film est peut être le même, mais l’accueil comme le comportement y est différent et pour cause. Flirtes et autres enlacements, intolérables dans cette forme-ci, dans les endroits publics, les jeunes algériens se retrouvent dépourvus de lieux dits privés pour répondre à leur poussées hormonales croissantes. Ce n’est pas pour autant que le jeune algérien fière et conquérant se résoudra à se priver de quoi que ce soit. C’est donc ce haut lieu de la culture qu’est le cinéma (comme ça l’est vraiment dans tous les pays du monde) qu’est devenu l’endroit « obscure » le plus discret de l’Algérie progressiste des années 2000. Et comme le bonheur des uns fait le malheur des autres (du moins en Algérie), les cinémas décriés, moqués sont vite devenus infréquentables pour bon nombre d’entre « nous ».

Les salles de projection, prises de court, ont entrepris une campagne de déontologie qui a connu une évolution aussi rapide et imprévisible que celle des mœurs en Algérie. Après une chasse aux couples, plus possible au regard de leur nombre incalculables, tous les jeunes tourtereaux sont désormais parqués au balcon. Prétextant de la quiétude des familles et des jeunes enfants, tout couple mixte est obligé de gagner le niveau supérieur avant de pouvoir profiter d’une quelconque projection. Les comportements litigieux 2 mètres plus bas, sont tolérés cette fois-ci tant que la lumière reste éteinte. A bon entendeur.

Le bac se démocratise, l’université en pâtit

Les études en Algérie sont depuis quelques années à la portée de tout le monde. Rien de mieux comme ascenseur social dans un pays où tout est à faire, ou à refaire, c’est selon. Sauf que même si le bac n’est plus l’apanage d’une certaine catégorie de fils d’intellectuels, et que de plus en plus de jeunes l’obtiennent, ces derniers ne sont plus aussi sûrs d’en tirer quelque chose, car l’université ne suit pas la cadence. Les infrastructures se délabrent, le niveau baisse, les reformes se chevauchent et se compliquent, et les sélections se durcissent.

A la rentrée prochaine, une nouvelle loi autorise désormais l’ouverture d’universités privées. C’est la fin d’une époque où tous les étudiants algériens étaient sur un même pied d’égalité. Les écoles privées qui elles existent depuis déjà une dizaine d’années ont donné le ton. Accessibles qu’à une catégorie restreinte, les études privées sont chers. Les blocs amphithéâtres et autres salles de cours ont laissé place à des apparentements en centre villes ou à des villas semi-finies dans des ghettos de luxes. L’arrivée des universités privées, au détriment de celles publiques, mènera vraisemblablement la mixité sociale à l’agonie, et dans la foulée fera peut être effet inverse en créant une université à deux vitesses.

Le panaf: une bouffée d’oxygène

Ils ont été des milliers à répondre présents. Les soirées festives du panaf ont drainé énormément de monde. Dénoncé à l’unanimité au regard de son coût, le festival panafricain a été un succès populaire. Une bouffée d’oxygène pour des jeunes étouffés par les interdits. Même les critiques pour la grande majorité dans la presse écrite ont du se rendre à l’évidence, le jeune algérien en avait besoin. Cela valait-il le coup ? Un travail de fond n’était-il pas plus sage, un investissement plus dynamique dans le domaine de la culture et de la jeunesse ne serait-il pas plus rentable que ces évènements sporadiques ? La question reste posée. En attendant, deux panaf plus tard, les délégations africaines ayant fait leurs valises, les algériens se retrouvent encore une fois en face à…d’autres algériens.

Emplois: beaucoup de bruit pour pas grand-chose

Une ribambelle de nouvelles propositions pour créer de l’emploi voient le jour depuis quelques temps. Le crédit ANSEJ (jeunes) n’a finalement pas donné les résultats escomptés, car les banques n’ont pas joué le jeu de le confiance vis-à-vis des jeunes entrepreneurs. Des procédures à rallonges, une bureaucratie déconcertante, un foncier qui se raréfie, et des propositions de rechange que les gens considèrent comme misérables. Résultat : les jeunes chôment.

Du coup, le bon vieux piston refait surface. On le croyait révolu depuis l’entrée de grandes multinationales à la recherche des seules compétences et autres profils de l’emplois. Mais non. Les mauvaises habitudes ont la peau dure, et tous les coups sont permis pour trouver du travail, même de se débrouiller une licence d’ancien Moudjahid (rien de plus normal pour un jeune homme de 20 ans), sésame pour obtenir le droit de faire le taxi par exemple, ou d’ouvrir une pizzeria.

Gardien de parking, ou vendeur de cigarette, des métiers en or

Au début, les algériens trouvaient ça plutôt osé, mais toléraient facilement ces jeunots prêts à vous aider à stationner en contre partie d’une pièce de monnaie. « Vaut mieux ça plutôt que d’aller voler » disaient-ils.
Mais aujourd’hui, c’est un vrai phénomène que sont devenus les parkings sauvages. Ils ont leurs propriétaires, leurs employés, ils sont parfois loués et même vendus. C’est le cas d’un bout de rue dans un quartier très fréquenté d’Alger centre. Un jeune chômeur du voisinage qui avait pris l’initiative de s’approprier les places de stationnement, en a fait un vrai business. S’imposant dans le quartier, il en est arrivé à obliger les automobilistes à lui céder leurs clefs pendant leur courte absence. Pire, voulant changer de « métier » après plusieurs années d’homme parcmètre, ce monsieur n’a pas trouvé mieux que de vendre le droit (qui n’en est pas un) de s’approprier la rue au vu et au su de tout le monde. C’est ainsi qu’un investisseur hors du commun l’a remplacé depuis dans le quartier. Les tables de cigarettes ont ainsi été cédées au profit de ce nouveau « investisseur », qui emploie d’autres jeunes venus des régions intérieurs du pays.

Ce nouveau business rapporterait dans les 4000 DA jours, de quoi faire des jaloux. Aujourd’hui, aucune parcelle de grandes villes ne se trouve sans son propriétaire. C’est la jungle autorisée.

Kh_louna

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