AFGHANISTAN/
Dans une région où il fait beau toute l’année, il ne fait pas pour autant bon vivre. Et pour cause, certaines localités comme celles de la wilaya d’Adrar, au sud du pays, sont loin de tout et de tout le monde.

La beauté du paysage, un ciel bleu dégagé 300 jours par an, une hospitalité qui résiste à toute épreuve ne suffisent malheureusement pas à nourrir tout monde, car « ici les gens ne vivent que de l’entre-aide « répète si Mouley le plus ancien guide de la région.

Aucune industrie, aucune usine, les rares services sont centralisés au chef lieu de la wilaya à Adrar même. « Il y a un peu de tourisme, la période s’étend de des fêtes de fin d’année aux environs du mois d’avril, mais ce n’est pas suffisant » ajoute notre guide.

« La seule manière de bien vivre ici c’est de ne pas y rester » déclare catégorique, Abderahmane. Il est chauffeur de 4X4. C’est l’un des rares enfants de la région qui a la faveur d’y travailler.

Rares sont les jeunes de la région du Gourara qui s’y établissent. « Lorsque ce n’est pas pour rallier les universités, nos jeunes vont vers les grandes villes (Adrar, Ouargla) pour y travailler. Le reste du temps ils font du commerce. Mais, nous sommes loin des trabendistes des grandes villes comme Alger, ici on ne vend que des lunettes de soleil, ramenées directement du Mali et des broutilles que nous vendent ces pays d’Afrique comme des parfums et des soins par les herbes etc. « a renchéri Abderahmane.

Pourtant les habitants de cette région et ses environs ont découvert il n’ y a pas si longtemps, un potentiel qu’ils ne soupçonnait même pas. Dans ses entrailles, cette terre du Sud Ouest du pays laisse pousser des truffes . Ces champignons sauvages reviennent ces temps-ci sur nos étales. Un mets très apprécié par les touristes qui visitent le villes du sud.

Malheureusement, le manque de structures (et surtout de moyens d’acheminement) a fait que ce commerce n’a pas réussi à décoller. Pire, il a été détourné au profit d’étrangers qui s’en sont accaparé. Désormais ils ont la mainmise sur cette denrée rare.

Depuis le début de l’année, à l’aéroport international Houari Boumediene d’Alger, des camions remplis de truffes sont déchargés dans les soutes de vols à destination des pays du Golfe.

« Le vol Alger-Dubaï, a par exemple connu une pression telle que les responsables du fret ont dû limiter les quantités de truffes transportables. La direction du fret a dû limiter les cargaisons à 15 tonnes par vol, prétextant du manque de moyens humains et matériels » rapporte le journal El Watan.

La truffe qui coutait jusque là 150 DA le kilo, est de nos jours vendue à 450 DA le Kg.
Cette hausse s’expliquerait par la forte demande des Syriens qui l’achètent à n’importe quel prix ,afin de l’exporter vers certains pays du Moyen-Orient.

Du coup les petites bourses parmi les population du Gourara ou de la Saoura (Régions où poussent les truffes) font l’impasse sur ce produit qui n’est désormais plus dans leurs moyens, malgré que ce champignon pousse partout où il pleuve. L’exportation de ce champignon prisé, n’étant régie par aucun texte réglementaire, son expédition à travers les villes du pays ou à l’étranger demeure libre, selon l’administration du commerce.

En absence d’alternatives légales pour permettre aux habitants de ces régions de vivre correctement, les fléaux ont commencé à apparaitre depuis quelques années. Ainsi, la région de Timimoune et ses environs est devenue une plaque tournante du commerce de l’opium.

Traditionnellement encré dans les mœurs des gens du pays, l’opium a toujours été cultivé mais jamais à grande échelle. Autrefois, il servait de soins selon les us et coutumes des sédentaires; c’était aussi un produit de consommation courant chez les plus âgés. Il était utilisé pour soigner de nombreux maux.

« On en donne même aux enfants contre les maux de tête, ou la grippe. Chez nous, l’opium guérit tout » explique Abderahmane.

Attirés par le gain facile, des groupuscules se sont lancés dans la contrebande d’opium. Encouragés par la large superficie des lieux qui échappe en partie au contrôle de la gendarmerie, une filière de l’opium a été mise en place provoquantdes conséquences très néfastes pour la région.
« Il y a deux années de cela, la gendarmerie accompagnée d’une flopée de journalistes a détruit tous les champs d’opium. Tout un système a été démantelé en rien de temps. Depuis cette évènement notre région a une très mauvaise image dans les grandes villes. Le commerce de l’opium n’a profité qu’aux contrebandiers, si au moins il avait apporté quelque chose au pays. Nos jeunes souffrent énormément de la mauvaise réputation, qui leur colle depuis les descentes de la gendarmerie nationale. A Adrar, Bechar, Ourgla, ils ont de plus en plus de difficulté à trouver du travail. Ils sont assimilés à des contrebandiers de drogue. Pourtant ce commerce était l’apanage d’une petite bande de trafiquants » déplore un habitant de Charouine.

Des champs entiers d’opium étaient cultivé au vu et au su de toutes les populations. La rumeur la plus folle raconte qu’un des entrepreneur a contracté un crédit auprès d’une banque pour acheter des pied de pavots.

.A Timimoune, l’opium fait 450 DA le gramme. Aujourd’hui même, on peut encore en trouver assez facilement. On continue à le cultiver à l’intérieur des maison, dans des jardins privés.

Nénamoins, sa culture est beaucoup plus restreinte aujourd’hui. Les plans naissent loin des villages, au milieu des ergs (étendues de sables), dans des parcelles sauvages. Impossible d’y accéder en voiture. De plus, les parcelles sont très petites pour ne pas attirer les regards et n’appartiennent pas à des propriétaires privés. L’opium est cultivé en fait sur des terres appartenant aux communes. Du moment qu’ils ne sont pas pris la main dans le sac, les cultivateurs n’ont absolument rien à craindre, puisque ils opèrent de manière totalement clandestine. Avant que la gendarmerie sévisse dans ces régions, l’opium était devenu la base d’un commerce juteux.

« Des fortunes entières se sont construites grâce à ce produit. Nous les voyions passer avec leurs 4X4 neufs, nous comprenions de suite que c’était des contrebandiers qui faisaient dans l’opium. » D’après Mustapha, un autre chauffeur

Aujourd’hui, ces nouveau fortunés investissent d’autres créneaux, l’opium étant devenu un produit à risque et beaucoup moins rentable, depuis que la gendarmerie nationale multiplie les contrôles imposés dans la région .

« Il se seraient converti dans le tourisme, cette région est idéale pour la villégiature, ici il fait beau toute l’année » conclut Mustapha.

Kh_louna

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