Les décisions prises par l’Opep, lors des dernières réunions de baisser sa production de pétrole de 520 000 barils par jour de 1,5 millions de barils jour et lors de la réunion du 15 décembre 2008 à Oran de 2,2 millions de barils jours soit 4,2 millions de barils jours depuis le début de l’année 2008 pour les pays OPEP, (occasionnant par là un manque à gagner pour l’Algérie d’environ 5 milliards de dollars), n’ont pas aussi réussi à freiner la baisse des cours qui avaient atteint le pic de plus de 147 dollars le baril. L’histoire pétrolière mondiale nous enseigne que si en temps normal les interventions de l’Opep pour maintenir les cours connaissent un certain succès, ce n’est pas le cas en temps de crise.

1. Raison fondamentale : la décroissance de l’économie mondiale

La banque mondiale dans son dernier rapport du 8 mars 2009, contredisant le président de la banque centrale européenne, rejoignant les analyses du directeur général du FMI qui vient d’affirmer le 03 février 2009, que la crise mondiale est sans pareil depuis la seconde guerre mondiale ,touchant tous les pays développés et émergents , que la croissance mondiale sera certainement négative en 2009 et aura un effet dévastateur sur l’ensemble du monde et particulièrement sur bon nombre de pays du Tiers Monde. Car il faut savoir qu’un taux de croissance se calcule par rapport à la période antérieure et une croissance après à un taux négatif de l’année précédente donne toujours un taux faible. Comme après une grave maladie , la convalescence durera de longues années, au minimum jusqu’en 2014/2015 si les thérapeutiques s’avèrent efficaces et donc qu’une légère reprise soit effective début 2011, pour que l’économie mondiale retrouve son ancien niveau . Or c’est un élément déterminant de la demande d’hydrocarbures notamment des quatre premiers consommateurs d’hydrocarbures dans le monde les USA, la Chine , le Japon et l’Europe en décroissance.

2.-Si l’on excepte les tensions géopolitiques notamment au Moyen Orient , le deuxième facteur est que les plus grands pays producteurs depuis 10 ans ne sont pas ceux de l’OPEP ne commercialisent sur le marché mondial en moyenne sur 2005/2008 que 40/45%, 60/55% se faisant hors OPEP. Et avec ces baisses successives, sous réserves du respect des quotas, ce qui n’est pas évident, il est à craindre des pertes de part de marché allant vers moins de 30/35% au profit notamment des pays hors OPEP qui combleront la différence dont notamment la Russie et surtout l’Irak, actuellement hors OPEP, deuxième exportateur mondial après l’Arabie Saoudite. Le Mexique, qui est lié par un accord de libre échange avec les USA n’est pas intéressé pour rejoindre l’OPEP, autant que la Norvège faisant partie de l’Europe et ce d’autant plus que le pétrole représente une part négligeable dans la valeur ajoutée et ses intérêts stratégiques ne coïncident pas avec ceux de certains pays de l’OPEP. Quant à la Russie , sa positon durant cette crise est ambiguë ayant besoin de financement, (sa rivalité avec l’Arabie Saoudite étant connue) , Gazprom ayant une stratégie d’internationalisation différente de celle de l’OPEP ne voulant pas perdre des parts de marché.

3- Le troisième facteur, les réserves américaines, (y compris les stocks) et la déflation, a enlevé à l’or noir son attrait de placement refuge contre l’inflation et les spéculateurs par la revente ont contribué à affaiblir les cours. Il est admis actuellement que les cours passés au dessous de 100 dollars étaient dues à des bulles financières et ne représentaient pas les fondamentaux des cours, la croissance de l’économie mondiale n’ayant pas doublé entre 2005/2008.

4.-Le quatrième facteur souvent oublié est que l’on assiste à un changement certes lent mais notable du nouveau modèle de consommation énergétique horizon 2015/2020, certains investisseurs anticipant ce changement inéluctable. La nouvelle politique énergétique américaine qui sera déterminante vis-à-vis de l’évolution du cours du pétrole, Certes cela demandera du temps mais ce nouveau modèle de consommation est inéluctable étant freiné transitoirement par les lobbys pétroliers. Car le programme du nouveau président US est de mettre fin à la dépendance énergétique en pétrole des Etats-Unis vis à vis du Moyen Orient , donc de l’OPEP d’ici à 10 ans ,tout au plus d’ici 20 ans ainsi que de l’influence russe à travers la stratégie de Gazprom, avis partagé par l’Europe. .

5- Enfin cinquième facteur est l’évolution du cours du dollar . Aussi à la déflation actuelle surtout aux USA, le risque avec l’envolée des dépenses publiques, le retour à la stagflation (hausse des prix, chômage, récession) en cas d’inefficacité de ces dépenses publiques. Pour le dollar qui représente toujours environ 60% des transactions mondiales, certains instituts stratégiques mondiaux prévoient sa dépréciation courant 2009/2010. Car l’appréciation récente du dollar par rapport au cours de l’euro est du au fait, et cela s’est passé en 1929, aux rapatriements des capitaux américains et non par l’attrait du taux d’intérêt de la FED tendant vers zéro. Aussi si le cours du dollar baisse, la valeur du pétrole libellée souvent en dollars (ainsi que les bons de trésor et les réserves de change libellés en dollars) diminuera.

En conclusion, les pays de l’OPEP parlent d’un prix d’équilibre entre 75/80 dollars le baril (le prix de cession du gaz étant indexé sur celui du pétrole mais avec une valeur pour la même quantité physique de moitié (50%) rendant non rentables certains projets comme les GNL. En précisant qu’un cours du baril à 50 dollars en 2009 équivaut à moins de 30 dollars au cours de l’année 2000. Pour l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) dans un bilan courant janvier 2009, la demande journalière de pétrole en 2009 devrait atteindre les 85,3 millions de barils (mb/j), contre 85,7 millions l’année précédente et n’escompte pas de remontée rapide des cours en 2009 où la demande mondiale en pétrole devrait baisser de 3 millions de barils par jour par rapport à 2008. Aussi, il ne faut pas s’attendre à des miracles à la réunion de l’OPEP à Vienne le 15 mars 2009 en raison de la persistance de la crise mondiale. Tout au plus une nouvelle réduction permettrait d’éviter une chute plus importante mais avec ce paradoxe d’une perte des parts de marché au profit des non OPEP car en cette période ce n’est pas une question d‘offre mais de demande expliquant la réticence de l’Arabie Saoudite à baisser à nouveau sa production. Tout au plus cette réduction, si elle devait permettre la stabilisation ou l’augmentation du prix de quelques dollars, devrait profiter aux pays exportateurs de gaz ,expliquant fondamentalement la présence de la Russie ,(particulièrement la Russie , l’Iran, le Qatar représentant plus de 60% des réserves mondiales et très accessoirement d’autres pays ) dont le prix est indexé sur celui du pétrole et non les grands pays exportateurs pétroliers. L’Algérie exportatrice de gaz est donc concernée car dépendante de 98% de ses recettes en devises et pour plus de 90% % de son plan de financement des hydrocarbures. Un cours entre 40/45 dollars donnerait moins de 30 milliards de dollars de recettes pour Sonatrach et entre 50/55, une recette 40 milliards de dollars, montant auquel il faudrait soustraire environ 15 milliards de dollars d’autofinancement de Sonatreach et 5milliards de dollars pour Sonelgaz entre 2009/2013

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Expert International Energie
Tel: 06 61 55 29 28

Le 13 mars 2009 – www.algérie-focus.com