En Algérie, beaucoup de noms de famille fantaisistes, voire ridicules, datent de l’ère coloniale, quand la France a imposé le système patronymique. Suite à de grossières erreurs de transcription de l’oral à l’écrit, certains sont si difficiles à porter que près de 600 personnes demandent leur changement chaque année. 

Le chiffre est loin d’être négligeable : 634. Il correspond au nombre de demandes de changement de nom validées par le ministère algérien de la Justice en 2013. Il pourrait paraître dérisoire rapporté aux 38 millions d’habitants du plus grand pays d’Afrique mais, étonnamment, il reste stable depuis environ cinquante ans. Depuis l’indépendance, en 1962, plus de 30 000 Algériens ont ainsi décidé de modifier un patronyme qui ne leur convenait plus et, parfois, faisait l’objet de railleries. De la « tête de bouc » (« Demaghelatrous ») à « celui qui aime le couscous » (« Bouseksou »), les exemples sont nombreux.

Chaque pays a son lot de sobriquets cocasses et de noms de famille farfelus. Pourtant, en Algérie, l’histoire du patronyme est particulière. Elle est intimement liée à l’histoire coloniale française. « Avant 1882 [et la loi sur « l’État civil des Indigènes musulmans de l’Algérie », NDLR], nous n’avions pas de patronymes dans le sens français du terme mais plutôt une généalogie, des « fils et filles de » », relève Madani Sarar Zitoun, professeur de sociologie urbaine à l’Université d’Alger.

Des dégâts sur la forme et le sens

À la date du 23 mars 1882, l’Assemblée française impose aux « indigènes » de s’inscrire sur les registres du Code civil. Mais l’arabisation de l’état civil conduit à des erreurs de transcriptions et, parfois, à des incongruités. Les moyens dont dispose alors la langue française ne permettent pas de retranscrire correctement les noms algériens. « Le passage de l’oralité à l’écrit a causé des dégâts sur la forme et le sens des patronymes », assure Ouerdia Yermeche, linguiste, enseignant-chercheur à l’ENS d’Alger et chercheur associé au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran.

 

En perdant leur forme, les noms de famille ont également perdu leur sens. Les Algériens ont alors fait les frais de l’imagination des officiers d’état civil qui donnaient des noms en fonction des particularités, du métier ou d’attributs moins flatteurs. Dans cette vaste entreprise, la subjectivité des transcripteurs et la mauvaise volonté des personnes confrontées à l’administration coloniale ont fait des ravages. « Par défi, certains Algériens ont pu lancer des insultes à celui qui inscrivait leur nom, sans prendre conscience que cela poserait problème pour les générations futures », relève Mme Yermeche.

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