Lu sur Maghreb Emergent

En Algérie, les salafistes ont de la peine à populariser le thème majeur des régimes Golfe : la « menace chiite ». L’un d’eux vient de sortir la grosse artillerie : le chiisme a du succès en raison de sa « permissivité sexuelle ». L’inévitable « fitna des femmes » à nouveau invoquée.

Si l’évangélisme a servi à pointer du doigt la Kabylie, ce serait, selon les salafistes algériens, en l’Oranie que le chiisme trouverait un terrain de prédilection. Cette « menace chiite » invoquée ne se fonde sur rien de précis alors qu’officiellement la Constitution algérienne garantit la liberté de croyance et du culte. Pour certains analystes, les imams salafistes algériens ne font en réalité que reproduire le mot d’ordre général anti-chiite qui vient des religieux wahhabites d’Arabie Saoudite. A l’image de Djamal Ghoul, président d’un « Conseil national indépendant des Imams » qui affirme que le chiisme est devenu une «véritable menace » tout en concédant qu’il n’est pas possible de « comptabiliser ses adeptes ». Selon lui, le chiisme se diffuse dans certaines wilayas de l’ouest du pays et dans certains quartiers pauvres de la capitale. Mais, explique-t-il, ils agissent en secret, « loin du regard des gens », ce qui rendrait, selon lui, difficile de savoir si le chiisme « se diffuse au sein de l’élite ou de la masse ». Sans craindre la contradiction, M.Djamal Ghoul, tire pour preuve de son extension le fait que les journaux en parlent ! Alors qu’il ne peut chiffrer, ni estimer les adeptes du « chiisme », Ghoul impute son «succès » à ses libéralités en matière sexuelle !

 Par le sexe et les zaouïas !

« La première cause de l’extension du chiisme en Algérie est la « fitna des femmes ». Les chiites permettent un certain nombre de choses dont le mariage de la Mout3a (du plaisir). Il y a aussi la fitna de l’argent qu’ils utilisent comme le font les évangélistes… ». De quoi laisser songeur quand on pense à l’argent que dépensent les saoudiens… Et, enfin, le même Ghoul explique que si l’ouest du pays est plus sensible au chiisme, cela est dû au fait de la prégnance de l’islam confrérique des zaouïas ! Du coup, il reproche, comme le font les salafistes en Algérie, au ministre des affaires religieuses, Boualem Glamallah, de soutenir les zaouïas. L’ancien conseiller à l’information de Boualem Glamallah, et ex-député d’Ennahda, Adda Fellahi, également pourfendeur des salafistes, parle d’exagération de la part du « syndicat » des imams. Selon lui, les services de sécurité suivent le dossier et ont une idée « précise » de la géographie et du niveau d’extension du chiisme. Contrairement, aux salafistes qui cherchent, selon lui, « à grossier démesurément l’importance de l’extension du chiisme en Algérie », les services de sécurité ont une vision plus mesurée.

 Les salafistes se cherchent un ennemi!

Pour Adda Fellahi, la diffusion du chiisme n’existe que chez quelques « élites » en raison, dit-il, « du caractère philosophique de la pensée chiite alors que le salafisme, plus traditionnaliste, et bédouin, est proche des gens communs (awam).  Adda Fellahi est connu pour être opposé aux salafistes. Il aurait été limogé de son poste aux affaires religieuses à la suite d’un rapport de l’ambassadeur saoudien à Alger se plaignant de ses attaques contre les imams salafistes qui importent, selon lui, « les idées wahhabites en Algérie et tentent de le diffuser en Algérie pour éliminer la référence religieuse nationale ». Sur cette nouvelle charge contre le chiisme, Adda Fellahi ne voit qu’un épisode de la « guerre de position » à laquelle se livrent les salafistes qui se « cherchent un ennemi pour élargir leur présence ». Et qui profitent, dit-il, de la dégradation de la qualité de la formation des imams pour « remplir le vide dans les mosquées ».