Lu sur Le Point

Sept ans après la funeste finale du Mondial 2006, l’arbitre de la rencontre livre ses vérités sur l’altercation entre Zidane et Materazzi. Scandale !

C’est l’histoire d’une équipe qui s’est réunie autour de ses anciens (Zidane, Makelele, Barthez, Thuram) pour combler la médiocrité d’un coach dépassé. L’histoire d’une sélection que tout le monde voit morte dès la phase de groupe mais qui illumine les pelouses allemandes dès les huitièmes de finale. L’histoire d’un joueur de 34 ans sorti de sa retraite internationale pour sauver la nation football et qui se payera le luxe de battre – presque à lui tout seul – l’équipe du Brésil dont tout le monde disait d’elle qu’elle était peut-être la plus forte de l’histoire (avec Ronaldo, Ronaldinho et Kaka sur le terrain, soit quatre Ballons d’or). C’est l’histoire d’une panenka exécutée avec toupet en finale du Mondial 2006 face au meilleur gardien du monde. C’est l’histoire d’un film réalisé par les dieux du ballon rond où le happy end est laissé au vestiaire, le personnage principal ne terminant pas avec son amour d’enfance à la fin.

C’est l’histoire d’une tragédie grecque où Zinédine Zidane ne peut échapper à son destin. Il aurait dû apporter une seconde coupe du monde à la France. C’était bien parti… jusqu’à ce que ses nerfs lâchent. Dans le rôle de la mauvaise conscience, celle qui se pose sur votre épaule gauche et vous murmure toutes sortes de choses inavouables : Marco Materazzi. La suite est connue de tous. Un coup de tête dans le dos de l’arbitre, une expulsion, une défaite aux tirs au but et des regrets qui ne s’estomperont que lorsque les Bleus soulèveront une coupe du monde.

L’arbitre n’a rien vu…

Sept ans plus tard, alors que l’équipe de France peine à mettre un pied devant l’autre tant les fiascos se succèdent (Euro 2008, Knysna 2010, Nasri 2012, Evra 2013), l’arbitre de cette tragique finale, Horacio Elizondo, remue le couteau dans une plaie qui ne s’est jamais vraiment refermée. Dans une interview à paraître dans le magazine britannique The Blizzard, l’homme en noir de la rencontre revient pour la première fois sur ce match : « Tout s’est passé dans l’oreillette. Quand Materazzi est tombé au sol, le ballon était en jeu à l’autre bout du terrain et j’étais bien évidemment concentré sur ça. »

En effet, même le public est sceptique. Tous les yeux étaient rivés sur le ballon et sur l’action en cours et, en d’autres temps, le geste de Zizou serait passé inaperçu. En 1982, l’absence de vidéo a crucifié les Bleus de Platini et Battiston. Vingt-quatre ans plus tard, c’est l’inverse ! La vidéo aura raison de l’équipe de Raymond Domenech. Les deux arbitres de touche n’ont rien vu non plus, mais c’était sans compter le quatrième arbitre, celui qui annonce les changements et le temps additionnel. « J’avais beaucoup de doutes, quelque chose s’était clairement passé, mais si personne n’a vu ce que c’était… et là, la voix de Luis Medina Cantalejo (le quatrième arbitre, NDLR) apparaît dans mes écouteurs et il dit : ‘Horacio, Horacio, je l’ai vu !’ Il me dit : ‘Un coup de tête vraiment violent de Zidane sur Materazzi, en plein dans le torse‘ », révèle l’arbitre central.

… et tente un gros coup de bluff !

Elizondo va alors tenter un gros coup de bluff. Désormais certain qu’il doit sanctionner lourdement la France, il va faire croire que l’information ne provient pas de son quatrième arbitre : « Je vais alors voir Dario (un des arbitres de touche, NDLR) en sachant qu’il ne savait rien ! Pourquoi ? Si vous allez voir l’assistant, tout le monde comprend que c’est parce que l’assistant va vous dire quelque chose pour vous aider à prendre une décision. Je vais donc voir Dario et lui dis juste : ‘Concentré !’ Je le lui dis, mais aussi à moi-même, pour nous rappeler à tous les deux : ‘Il reste encore dix minutes à jouer, restons concentrés.’ Je me retourne, m’approche de Zidane et sors le carton rouge. C’était une sorte de feinte, mais elle contenait une certaine vérité sur la manière dont la décision a été prise. »

Des propos qui confortent Raymond Domenech. À l’époque, il avait défendu mordicus que la vidéo (pourtant interdite d’utilisation dans les décisions) avait joué un rôle majeur et que son meneur de jeu avait été le premier joueur de l’histoire à avoir été exclu par la vidéo. Une bien maigre consolation…

Souvenez-vous, c’était le 9 juillet 2006, à Berlin…
http://www.youtube.com/watch?v=87sAAYmhH1Y