Graves. Scandaleux. C’est le moins qu’on puisse dire à propos des propos tenus par le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’homme (CNCPPDH), Farouk Ksentini, dans un entretien qu’il accordé au quotidien arabophone Al Mihwar Al Yawmi, publié sur le site internet du journal hier samedi.

L’ « avocat du pouvoir » plaide en effet pour l’interdiction d’entrée sur le territoire national aux réfugiés syriens et subsahariens et l’expulsion de ceux qui s’y trouvent en situation illégale.

« Au plan humain, l’Algérie a fait son devoir. Cependant, le problème qui se pose ces derniers temps est l’augmentation considérable du nombre de réfugiés syriens et africains à laquelle l’Algérie ne peut plus faire face. Il faut donc prendre des mesures strictes pour limiter leur nombre », a argumenté, d’emblée, Farouk Ksentini.

Pour mettre un terme à ce « phénomène », Me Ksentini préconise « l’interdiction d’entrée sur le territoire algérien aux réfugiés syriens et africains » et recommande « l’expulsion de tout immigré en situation illégale ». C’est de cette manière que le président de la CNCPPDH compte « préserver la dignité de ces réfugiés », plutôt que d’inciter les autorités concernées à les regrouper dans des camps de réfugiés afin de leur assurer la meilleure prise en charge possible.

L’interviewé tente de justifier son propos par « le risque de propagation de maladies et de la criminalité qui guette notre société ».

Répondant à une question relative à certains réfugiés syriens qui pourraient se lancer dans des activités politiques, le président de la CNCPPDH s’est même permis de s’aventurer sur le terrain diplomatique. « Le dossier de l’opposition (syrienne, ndlr) est étudié au cas par cas. De manière générale, il faut préserver nos relations avec le régime syrien actuel, avec lequel nous n’avons aucun problème. Ce qui se passe en Syrie est un problème interne (à ce pays, ndlr) et l’Algérie ne s’immisce pas dans les affaires internes aux pays, en vertu de son principe immuable (en la matière, ndlr) », a-t-il affirmé.

Comble de l’ironie, Me Ksentini est bel et bien conscient que son champ d’intervention est celui des droits de l’homme. Preuve en est l’entame de sa réponse à la question suivante, la dernière de l’interview : « Étant donné que notre domaine est celui des droits humains… ».

Yacine Omar