Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a prononcé mercredi un discours aux travaux de la 13e Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA, qui se déroulent du 1er-3 juillet à Syrte (Libye) avec pour thème central « Investir dans l’agriculture pour réaliser la croissance économique et la sécurité alimentaire ». En voici le texte intégral:

« Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames, messieurs,

La décision de notre Conférence de placer le développement de l’agriculture au centre des travaux du présent sommet prend un sens tout particulier par l’importance cruciale que ce secteur représente pour la réalisation du bien-être des populations africaines et le développement des économies de notre continent. Elle revêt également une profonde signification au regard du contexte mondial qui pose de nouveau, et avec une rare acuité, la question de la sécurité alimentaire de notre continent.

En focalisant, une fois de plus, son attention sur la problématique agricole, l’Union africaine témoigne ainsi de sa volonté à conduire à son terme la stratégie qu’elle s’était déjà fixée pour promouvoir un secteur agricole performant, vecteur fondamental de la croissance dans les économies africaines et moyen indispensable pour prémunir notre continent des chocs et contrecoups d’une crise alimentaire tendant à devenir récurrente. Le lien intrinsèque et interdépendant que la thématique de notre présent Sommet a opportunément établi entre l’agriculture, la sécurité alimentaire et la croissance économique traduit cette vision et cette détermination que nous partageons tous.

De ce point de vue, le Sommet de Maputo de l’Union africaine, en 2003, a eu le mérite d’élaborer à travers le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine, plus connu sous l’acronyme CAADP, une véritable stratégie destinée à relever ces défis et qu’il s’agit de poursuivre résolument. Les réalisations déjà accomplies dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme, devenu l’une des facettes emblématiques du NEPAD, sont louables et elles confortent l’Afrique dans les choix qu’elle a identifiés. Elles demeurent cependant en deçà des résultats attendus du fait d’un manque de moyens adéquats et de facteurs sur lesquels notre continent a peu d’emprise.

Je veux parler de l’investissement externe qui devrait accompagner l’effort que les pays africains déploient, individuellement et collectivement, à travers notamment les Communautés économiques régionales, pour redynamiser le secteur de l’agriculture. Je veux également mentionner la situation du commerce mondial des produits agricoles qui n’arrive pas à faire bénéficier la production et l’activité agricoles africaines, de la simple règle de l’équité. A cet égard, les obstacles qui continuent d’entraver l’aboutissement du Cycle de Doha sont la parfaite illustration de la contrainte exogène qui pèse sur notre ambition commune de promouvoir un véritable développement de l’agriculture sur notre continent.

Je veux, enfin, parler des effets des changements climatiques qui fragilisent, plus qu’ailleurs, ce secteur vital du développement économique et de l’amélioration du niveau de développement humain. A travers ces quelques éléments d’appréciation, c’est en fait la nature de la vulnérabilité particulière de l’Afrique qui se dégage face à des phénomènes dont tout un chacun admet pourtant l’absence de responsabilité africaine. Ce constat, qui vaut également pour les effets subis du fait de la crise alimentaire mondiale dont le caractère cyclique prend une dimension structurelle, est en train d’être étayé par l’impact de la crise financière et économique internationale sur l’Afrique.

Monsieur le Président,

Les enjeux que nous avons établis ensemble à l’occasion de notre Sommet de Maputo restent foncièrement les mêmes et la voie que nous avons identifiée pour les résoudre demeure valide. L’acuité de ces enjeux s’est, cependant, aggravée dans la mesure où les effets négatifs des changements climatiques, comme les conséquences de la crise financière et économique internationale, concourent à compromettre l’entreprise que l’Afrique poursuit aux fins de son développement économique et social. Les prévisions qui situent, en deçà des 2 %, le taux de croissance économique pour l’année 2009 en Afrique renseignent à elles seules sur les tendances négatives dans lesquelles ces phénomènes inscrivent les évolutions sur notre continent.

En plus d’annihiler les sacrifices que les pays africains consentent pour relever le défi du développement, plus particulièrement le développement du secteur stratégique de l’agriculture, ces tendances ne feront malheureusement qu’éloigner davantage la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement sur le continent. Pour cause, sur les 150 millions de personnes supplémentaires qui pourraient venir grossir les rangs des pauvres dans le monde en 2009, à cause des effets de la crise financière et économique internationale, notre continent risque d’être, une fois de plus, particulièrement touché par un tel phénomène.

L’Afrique, qui a toujours refusé la vocation de destinataire de toutes les incohérences du système international, ne peut évidemment s’accommoder de tels développements véritablement alarmants. Partant de cette exigence, nous devons souligner, une fois de plus, la pertinence de l’approche que nous avons déjà développée pour arriver à donner au secteur de l’agriculture toute la place qui est la sienne dans le fonctionnement de nos économies et tout le rôle qui lui revient dans l’amélioration des conditions d’existence de nos populations.

Sur la base des enseignements que nous pouvons tirer des problèmes structurels et multidimensionnels auxquels le secteur agricole est confronté en Afrique et de la crise alimentaire qui atteint de plus en plus profondément et de plus en plus gravement nombre de pays africains, nous devons plus que jamais donner toute la priorité à une prise en charge globale de la problématique agraire et de l’objectif d’une sécurité alimentaire durable sur notre continent. Nous pensons, de ce point de vue, que le CAADP représente un cadre privilégié, en même temps un instrument idoine, pour agir efficacement dans cette direction.

En tout état de cause, l’option d’une véritable Révolution verte en Afrique s’impose plus que jamais comme la voie incontournable que nous devons emprunter pour extirper notre continent du fléau du sous-développement et de ses corollaires de la pauvreté, de la famine et de la malnutrition. Il y va non seulement de la dignité de l’homme africain et de son droit à une vie décente mais il s’agit également de questions de sécurité nationale des Etats et de devenir de notre continent.

Comme le thème de notre présente réunion la désigne, la question de la promotion de l’investissement dans l’agriculture pour en améliorer la production et la productivité doit continuer à figurer en tant que priorité dans nos programmes nationaux de développement et dans l’action de nos communautés économiques régionales. Si des réalités objectives peuvent contrarier l’objectif consistant à consacrer 10% des budgets nationaux à la réalisation de cet objectif vital, nous devons néanmoins consentir de nouveaux efforts pour avancer dans ce sens, y compris par le moyen de l’amélioration des incitations aux producteurs et du renforcement des institutions d’appui.

Eu égard à l’importance que les espaces ruraux représentent dans la sphère économique africaine et dans la vie de la plus grande partie de la population africaine, une attention particulière doit être donnée au développement rural agricole. Il s’agit, à cet égard, de réunir les conditions non seulement d’une amélioration des conditions de la production mais également des conditions d’existence des populations.

En tout état de cause, la crise alimentaire mondiale de 2007-2008 s’est chargée de rappeler à tout un chacun la nécessité d’accorder un intérêt renouvelé à l’agriculture vivrière, en tant que moyen essentiel participant de l’objectif de la sécurité alimentaire, et de consacrer des efforts d’investissement plus substantiels à l’agriculture, notamment en matière d’infrastructures dans l’irrigation et les transports.

Nous voyons à travers ces exigences d’un plus grand intérêt à la culture vivrière et d’investissements accrus au profit de l’agriculture, un moyen efficace:

1- de lutter contre la baisse de la production et de la productivité de l’agriculture,

2- de prémunir de larges franges de la population africaine contre les conséquences du renchérissement et de la volatilité des prix mondiaux des denrées alimentaires comme des diverses pratiques spéculatives qui peuvent affecter le marché alimentaire mondial,

3- de consolider la cohésion sociale, grâce notamment à l’autonomisation de la femme et des jeunes et au renforcement des capacités de l’agriculteur rural.

Poser le problème de la sécurité alimentaire en Afrique revient également à mettre en exergue le retard particulièrement préjudiciable que connaît notre continent en matière d’infrastructures de transport au triple niveau national, régional et interrégional.

Ce même phénomène ne fait que souligner, une fois de plus, la validité et la pertinence du projet de marché agricole continental africain, pour lequel nous devons continuer à œuvrer et qui doit nécessairement renforcer la capacité de l’Afrique à résister aux crises importées et à gérer plus efficacement l’équation de son propre développement.

Monsieur le Président,

Le débat qui nous réunit aujourd’hui mérite également d’être l’occasion d’un échange de nos expériences nationales respectives pour tenter d’en tirer les enseignements susceptibles de nous enrichir mutuellement. Je voudrais, à cette occasion, vous faire part de quelques expériences développées dans mon pays, au cours des dernières années, en vue de redynamiser le secteur de l’agriculture et de réunir les conditions d’une sécurité alimentaire durable.

S’agissant, tout d’abord, de l’impératif de l’amélioration de la sécurité alimentaire, l’Algérie a lancé la Politique de Renouveau agricole et rural, consistant notamment en un vaste programme de développement des cultures stratégiques. Dans ce cadre, le renforcement et l’élargissement du potentiel productif agricole se fixe comme objectif, la réalisation, entre autres, des programmes suivants à l’horizon 2014:

# l’intensification céréalière visant une production de 50,2 millions quintaux/an,

# le développement de la production de lait cru pour une production annuelle de 3,2 milliards de litres,

# la résorption de la jachère de l’ordre de 1 000 000 hectares,

# l’économie de l’eau pour un recentrage au profit des cultures stratégiques et une généralisation ainsi qu’un recours massif aux systèmes économiseurs d’eau,

# le développement des semences et plants destiné à reconstituer nos stocks en semence et à valider les variétés adaptées aux conditions agropédoclimatiques.

Une attention particulière est également accordée, dans le cadre de la politique de Renouveau agricole et rural, au développement de l’agro-industrie en tant que l’un des facteurs moteurs du retour à la croissance dans les filières céréalières, des produits laitiers, de la conserverie et au développement de l’industrie des intrants agricoles.

Pour ce qui concerne le renforcement des capacités des agriculteurs, des mesures ont été adoptées par l’Etat dans ce sens, y compris en recourant à la solution de l’effacement de dettes contractées afin de leur permettre de reprendre une part plus active dans l’effort national de revitalisation du secteur agricole. Des mesures d’encouragement destinées à favoriser le rôle de la femme et celui des jeunes dans cette stratégie nationale ont été également développées par les pouvoirs publics.

S’agissant de la prise en charge de l’équation climatique, l’Algérie s’attelle notamment à répondre au défi de la désertification qui menace la totalité du vaste domaine steppique national, soit 36 millions d’hectares en comptant 20 millions d’hectares de parcours, et dans lequel vivent plus de sept millions de personnes. Dans ce cadre, mon pays a lancé, en 2003, le Plan d’action national de lutte contre la désertification dont la vocation est de développer les mesures préventives pour les terres, le renforcement des capacités climatologiques, météorologiques et hydrologiques nationales ainsi que les moyens de lancement des alertes précoces de sécheresse.

Ce plan est accompagné du Plan national de reboisement en tant que volet important de la politique de protection des ressources et, par voie de conséquence, en tant que contribution à la mise en œuvre du protocole de Kyoto sur les changements climatiques.

Monsieur le Président,

Tout un chacun est conscient du problème posé par le manque de moyens dans l’ambition que nous nourrissons pour l’avènement d’un secteur agricole performant et permettant à l’Afrique de poursuivre effectivement son projet de développement interne et d’insertion harmonieuse dans la globalisation. De même, chacun de nous est conscient que la responsabilité de matérialiser cette ambition relève, en premier lieu, de la responsabilité des Africains eux-mêmes.

Ce double constat et cette double réalité ne peuvent pour autant dispenser les partenaires de l’Afrique à apporter leur appui aux efforts que notre continent accomplit pour réaliser son développement durable et assurer les moyens d’une amélioration des conditions de vie des populations africaines. Les engagements pris par ces mêmes partenaires à accompagner l’Afrique dans cette voie salutaire pour le continent et le reste de la communauté internationale doivent être honorés plus que jamais.

Les crises financière, économique ou alimentaire que le monde vit et qui viennent rappeler la vulnérabilité insupportable caractérisant la situation de l’Afrique ne doivent pas servir de prétexte à une remise en question de tels engagements. Elles doivent servir, au contraire, d’occasion propice pour mesurer dans toute son ampleur l’indispensable élimination des facteurs exogènes qui hypothèquent le devenir de notre continent ».

APS

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