Acculé, l’ancien Président-directeur général de Sonatrach, Mohamed Meziane a décidé de rompre le silence. Il s’est confié au journal El Watan dans son édition d’aujourd’hui.

D’emblée, l’ancien dirigeant confie qu’en dehors de la hiérarchie, il ne s’entendait pas particulièrement avec l’ancien ministre, Chakib Khelil. «Je suis du genre qui respecte beaucoup sa hiérarchie. Même si je ne m’entendais pas avec le ministre, je lui vouais tout le respect. Je savais qu’il ne voulait pas de moi puisqu’en 2008, on m’a clairement signifié qu’il avait l’intention de me remplacer. Mais je faisais mon travail normalement. Je recevais ses directives et ses instructions par écrit et par téléphone. Il était informé de tous mes actes de gestion, par les courriers que je lui adressais, mais surtout par les comptes rendus qui lui parvenaient de mon chef de cabinet, Réda Hameche.», dit-il. Réda Hameche était l’homme de main de Chakib Khelil au sein de l’entreprise.

 Pis, Meziane affirme qu’il n’avait presque pas de pouvoir. « Toutes les grandes décisions étaient prises par le ministre », dit-il. Plus grave, dans l’affaire du contrat avec l’Italien Saipem, Mohamed Meziane révèle que l’offre de la firme italienne était plus élevée de 60% par rapport aux autres. Mais le ministre insistait pour l’accepter. « Tous les contrats passaient par des avis d’appel d’offres. Nous recevions de nombreux soumissionnaires, mais en cours de route, nombre d’entre eux disparaissait. On se retrouvait avec seulement deux ou trois soumissionnaires. Parfois, nous étions obligés à ne pas refaire un autre avis d’appel d’offres en raison soit de l’urgence, soit de la complexité du marché. Souvent, c’était le ministre lui-même qui nous instruisait de ne pas refaire la procédure d’avis d’appel d’offres et de continuer avec les soumissionnaires qui restaient. Mais, je prenais cela comme une décision liée à l’urgence, pas plus ».

 Il ajoutera que «tous les contrats pour lesquels je suis poursuivi ont été traités et étudiés par le comité exécutif et les commissions des marchés. Je n’ai fait qu’appliquer la procédure interne, qui est la R15. Aucun des 247 témoins interrogés par le juge d’instruction n’a trouvé à redire sur ma gestion qui était la plus transparente, mais aussi celle qui faisait participer les cadres dans toutes les décisions. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, je me retrouve chef d’une association de malfaiteurs ?».

 Interrogé sur ses liens avec Farid Bedjaoui, l’ancien Pdg, actuellement sous contrôle judiciaire, affirme ne l’avoir jamais croisé. « Je ne l’ai jamais connu. J’ai lu son nom et j’ai vu son visage dans les journaux… », dit-il. Mais pourquoi est-il poursuivi, alors ? « Nous sommes victimes d’un règlement de comptes », répond-il.

 Mohamed Meziane est sous contrôle judiciaire dans l’affaire Sonatrach I. Ses deux enfants sont en prison depuis 5 ans pour une affaire de passation douteuse de marché dans une transaction de vidéo surveillance. Sa famille étant détruite (sa femme et sa mère étant mortes et s e enfants écroués), Meziane estime faire « «les frais d’une lutte d’intérêts à un très haut niveau. Les enjeux peuvent être autant politiques que financiers ».

 Essaïd Wakli

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