Par Nassim Brahimi

C’est fou ce que le désespoir peut provoquer comme divagations. Vous l’aurez remarqué, toute l’Algérie ne parle que de la «préoccupation» qu’affiche Washington à l’égard des protestations des partis d’opposition sur les accusations de fraude.

On s’y accroche comme s’accroche un koala à son arbre, en croyant que l’Oncle Sam engueulera Zerhouni et Bouteflika et que ces derniers, terrifiés, vont tout avouer et laisser le chemin à de vraies élections, plurielles et libres.

Qu’est-ce qu’on peut être naïf !

Non, les relations internationales ne fonctionnent pas ainsi. De plus, le message de Washington n’a rien de contestataire. Il joue seulement sur un double langage diplomatique, délivrant un message destiné à rassurer les responsables algériens de son entier soutien, et un autre destiné à sa propre consommation locale.

Revoyons un peu, de plus près, aux les déclarations du porte-parole du département d’Etat, Richard Aker :

1-«Tout d’abord, nous serons heureux de coopérer avec le président Bouteflika alors qu’il entame son troisième mandat».
2-«Nous voulons coopérer avec lui au moment où il poursuit ses réformes économiques et politiques et la réconciliation qu’il a entamée lors de ses premiers termes».

3-«Nous avons connaissance de plaintes et du fait que certains partis de l’opposition ont boycotté l’élection et nous coopèrerons avec le gouvernement algérien pour régler ce problème».

Et la meilleure :

4-«Nous sommes préoccupés par ces questions et nous souhaitons que le gouvernement y réponde mais, pour l’instant, nous ne voyons aucune raison de ne pas croire que nous allons continuer à coopérer avec le président (Bouteflika) pendant son prochain mandat».

Partant du principe que rien n’a de la valeur en dehors du tout, replaçons les choses dans leur contexte :

Les Etats-Unis sont heureux de coopérer avec l’Algérie de Bouteflika, ils n’y voient aucun inconvenant, ils souhaitent (c’est un souhait) des réponses mais pas dans l’immédiat car, pour l’«instant», l’Administration Obama est contente de traiter avec l’Algérie.

Mais pitoyables que nous-sommes, on a vite fait de s’accrocher au seul mot «préoccupé», placé intempestivement dans une lettre évidemment complaisante.

Pourquoi?

Parce qu’au fond de nous, on s’est résigné à l’idée absurde que si changement peut y avoir dans ce pays, il n’interviendra que par la volonté d’une grande puissance.

Et parce qu’au fond de nous, on veut que Washington soit préoccupé, puisque ça nous évitera de l’être, nous qui sommes les premiers concernés.

C’est la déculpabilisation par arrimage.

Mais c’est le mauvais rocher les gars !

N.B.

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