cap_carbon_bejaia Pour prendre la (dé) mesure de ses contrastes, il faudrait découvrir Béjaïa du haut de Gouraya ou du Pic des Singes, avec ses reliefs plissés plongés dans la grande bleue. Car cette petite ville offre bien plus que ces paysages de carte postale. Ambiance dans ses rues, ses plages et ses majestueuses criques. Le soleil de plomb brûle l’atmosphère en ce mois d’août. Des groupes de visiteurs s’arrêtent en terrasse de la place Guidon, au cœur de l’ancienne ville.

Plus haut, dans les venelles, menant au Cap Carbon, on croise des visiteurs qui parlent algérois, sétifien, français des banlieues parisiennes ou bien sûr kabyle, avec tous ses accents. Un jeune père de famille, lui, est venu en famille de Paris. Armé d’un objectif impressionnant, il mitraille les vues imprenables de cette majestueuse crique plongée dans l’eau. «Féerique, l’endroit se prête très bien à la photo», explique-t-il, l’air ravi. Derrière lui, sa fille Sara, 12 ans, s’impatiente. «Quand est-ce qu’on descend faire les boutiques?» «Clic-Clac». On mitraille sans arrêt. Avec son objectif photo, le jeune homme explore chaque recoin de ce vrai chef-d’œuvre géologique. Vous voulez du sauvage? Du féerique ? Du grandiose ? Alors c’est ici qu’il faut vous rendre au mont Gouraya.

Un bijou, loin de tout, encore préservé, paradis des accros de la glisse sous toutes ses formes et des fans de randonnée. Avec ses somptueux cirques, ce parc est un univers rocheux façonné par l’eau. Une aubaine pour les amoureux de la nature. A ne pas rater: Le nouveau musée géologique de pierres qui a ouvert ses portes il y a trois ans.

L’émotion est indescriptible. Un chemin caillouteux limite l’accès aux quatre roues. En bas, une aire fait office d’un modeste parking. Le jeu en vaut la chandelle: passés pleins d’obstacles, un paysage à couper le souffle vous attend. Un sentier à gauche rejoint Yemma Gouraya par une ascension pédestre de plus de 3 km. L’on atteint alors la koubba de Sidi Touati et la maison du Parc national du Gouraya. Les plus hardis escaladeront les roches, direction le Pic des Singes. A droite, un sentier atteint ce majestueux Pic où une sympathique table rocheuse d’orientation est posée, pour se situer dans l’espace. En haut, perché à 680m d’altitude, le panorama est imprenable. Du haut de la falaise, on embrasse sur 180 degrés toute la baie bougiote. En face? L’invisible et lointaine Marseille! Derrière vous, les successions rocheuses couvertes de végétation sauvage qui pousse à l’oblique tant le vent sait se faire maître des lieux. L’on aperçoit aussi un fort militaire. De cette table, une piste sinueuse redescend sur 30 minutes de marche à pieds et au milieu d’oliviers sauvages, de chênes…, l’on peut croiser des singes.

Des paysages féériques

Qu’importe: d’autres, à l’imposante rectitude, jalonnent bien des parcours sinueux au long du Cap Carbon et de descendre aux Aïgades. Suspendus au-dessus de la Méditerranée, ses sentiers sont une invitation à la promenade, que l’on ponctue de baignades improvisées au hasard des criques. Une escale nature idéale pour partir à la découverte de la plage des Aïgades qui se trouve en contre bas d’une somptueuse falaise. Personne n’y résiste à la beauté du paysage. Site «propre à la méditation», dit un vieux retraité habitué des lieux.

De fait, jamais, dans cette remontée dans la montagne, l’expression «sortir des sentiers battus» n’aura autant mérité son sens. Le panorama alentour prodigue un spectacle superbement naturel. Les adeptes de la pêche y trouveront aussi leur compte. Sur cette petite plage des Aïgades, une famille prend la pause avant de mettre le cap au Sud-est, à la découverte de la source de la cascade de Kafrida, sur les hauteurs de Bordj Mira, sur la route menant vers Sétif, une route perchée sur les majestueuses gorges de Kherrata.

De merveilleuses gorges s’étendant sur plus de sept kilomètres offrant une vue imprenable. Mais il faudra beaucoup de temps et de patience pour supporter les interminables bouchons de la circulation. Il faut mettre 2 heures pour parcourir 30 km. Mais les bouchons sont vite oubliés car, sur le chemin, il y a des plages (et des belles), la grotte d’Aokas, et la nature explose de toutes parts, majestueuse et indomptée. Nous sommes à Tichy, sur la côte Est. Le village est vivant, bouillonnant et décontracté. De jour comme de nuit. Ici, hôteliers comme particuliers proposent des locations se situant aux alentours de 16 millions, en moyenne, le mois pour un bungalow. «La fréquentation hôtelière pâtit ces dernières années, de l’incapacité des infrastructures d’accueil de suivre les besoins de plus en plus grandissants mais surtout exigeants de la clientèle», avoue un hôtelier. Face à une demande qui explose chaque été, Béjaïa peine à bien accueillir le rush d’estivants. Les scènes où les vacanciers dorment à la belle étoile sur les plages sont fréquentes. De nombreux vacanciers que nous avons interrogés, relèvent tous la même carence: «Pas de lieux shopping haut de gamme, point d’hôtels de luxe et pas de grands restaurants…» C’est clair: Le haut standing, ça n’existe pas à Béjaïa. L’an dernier, Béjaïa n’a pu offrir que 500.000 nuitées aux estivants.

Les infrastructures font défaut

Les hôtels (tous de classe modeste), les campings et les chambres d’hôte affichent complet dès les premiers jours de vacances. «La wilaya ne compte en tout et pour tout que 69 hôtels (3.611 lits) dont 21 balnéaires (1.666 lits)», révèle le Directeur du tourisme. Seuls deux nouveaux hôtels ont ouvert leurs portes depuis dix ans. Une quarantaine d’hôtels sont en projet. Des projets qui traînent en longueur. Parmi les grandes promesses de ces dernières années: ériger des villages touristiques d’excellence. En attendant, Tichy a cette sacrée réputation d’être l’endroit le plus animé du littoral béjaoui: la plage, les restaurants … les amoureux du calme n’ont aucune chance d’apprécier l’atmosphère bruyante qui y règne dans toute la plage, lieu saint des soirées débridées. La restauration? Les complexes hôteliers rivalisent sur les menus. «Ici, les clients réclament souvent du poisson», confie un maître d’hôtel. Vite pêché, vite servi. De tout: saint-pierre, chapon, daurade royale, loup de ligne. Grillé ou en bouillabaisse mais la spécialité demeure la cuisson en croûte de sel fin. Egalement langoustes et crevettes royales. Poissons cuisinés, sole, loup. De la viande tendre. A quelques kilomètres vers l’Est de Tichy: que ce soit à Souk El Thenine ou plus loin à Melbou, dernier village balnéaire de Béjaïa, sur la route de Jijel, l’ambiance est aussi à la grande fête. Les plus réticents au bruit préfèrent plutôt aller nager à l’Ouest, vers Boulimat, Saket, Tala Guilef ou encore plus loin vers Tighramt, où l’eau y est plus limpide. Et où le calme règne en maître. La côte Ouest est certes belle mais les lieux sont hantés par une terrible crainte: celle de voir dans les années à venir ce merveilleux littoral gangrené par le béton. C’est pourquoi d’aucuns réclament une étude sur «l‘analyse stratégique de la demande touristique dans les quinze prochaines années.» Une telle étude prospective est censée «couvrir l’ensemble du secteur du tourisme»: transports, hébergement, loisirs, restauration. Les experts sont formels: les flux touristiques doubleront dans les prochaines années. Pour un élu siégeant à l’APW: «cette croissance de l’activité touristique doit impérativement s’inscrire dans une logique de développement durable en tenant compte des besoins, en préservant notre identité et notre qualité de vie.» «L’objectif, pour cet élu, n’est donc pas plus de tourisme mais un meilleur tourisme.»

B.A.
Avec Le Financier

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