Vous n’auriez pas vu passer le cinéma algérien ?

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Un rapport du programme Euromed Audiovisuel III de l’Union européenne et de l’Observatoire européen de l’audiovisuel vient de dresser l’état de l’audiovisuel et du cinéma algérien. Si lee potentiel est là, le marché ne veut pas prendre pour ces deux médias.

Euromed dresse ainsi un portrait assez noir de la politique cinématographique nationale, affirmant que, depuis le début des années 2000, « la production persiste sous perfusion tandis que les deux autres principaux maillons de la chaine (distribution et exploitation) sont morts. » Le constat dressé par le Ministère de la culture algérien, repris par le rapport Euromed, est en effet sans appel. Le Ministère souligne le désengagement de l’État vis-à-vis du secteur cinématographique. L’effritement du parc des salles est également pointé du doigt pour expliquer les énormes problèmes d’exploitation, tandis que le manque de moyens empêche le Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique (FDATIC) de financer efficacement la production nationale – en 2012 et 2013, 18 films ont été produits ou coproduits par le FDATIC, contre 16 pour la seule année 2011.

Les années 80 ont ralenti le cinéma

Si l’on en croit le rapport Euromed, les causes de ce déclin cinématographiques sont à chercher dans les années 80. Au début de la décennie, une circulaire interministérielle autorise l’octroi des salles de cinéma en location-gérance à des particuliers sans qu’aucun cahier des charges ne vienne imposer aux locataires des conditions d’exploitation. À partir de là, et en quelques années seulement, l’activité cinématographique décline, de nombreuses salles ferment et les quelques salles restantes souffrent d’un délabrement sans pareil – selon les données du Ministère de la Culture, il ne reste aujourd’hui que 91 salles en état de fonctionnement, contre 458 au lendemain de l’indépendance.

Dans le même temps, l’instauration du monopole de l’État sur les activités d’importation et de distribution de films décourage les distributeurs étrangers, paralysant des exploitants algériens incapables d’approvisionner leurs salles. Le circuit production/distribution/exploitation est donc brisé, et le secteur s’effondre.

Quels sont les mécanismes mis en œuvre pour améliorer la situation du cinéma algérien ?

Face à un tel constat, le Ministère de la Culture a déployé, depuis quelques années, un ambitieux plan d’action en faveur du cinéma algérien : réhabilitation du parc national des salles de cinéma, révision et adaptation du cadre légal, lutte contre l’exploitation illicite des œuvres cinématographiques, recensement, regroupement et restauration du patrimoine filmique, multiplication des manifestations de promotion du cinéma (festivals, sensibilisation du jeune public, création de ciné-clubs) et signature d’accords de coproduction sont les maîtres mots de ce programme, mis en œuvre avec l’aide des différents organismes publics dédiés au cinéma.

Quelles sont les politiques préconisées par le rapport ?

Le rapport pointe toutefois des faiblesses persistantes et propose à son tour un ensemble de mesures visant à promouvoir l’industrie nationale : création d’instituts et d’écoles de formation aux métiers du cinéma, politique d’encouragement de l’investissement privé dans la distribution et l’exploitation, sauvegarde des archives, transparence accrue des marchés et des formes d’aide.

Le public est là, désireux de découvrir la richesse du patrimoine et de la création cinématographiques nationales. Les films continuent d’être tournés, toujours plus nombreux, toujours plus visibles sur la scène internationale. Mais les conditions de distribution et d’exploitation sont à ce point mauvaises que les cinéphiles algériens préfèrent se rabattre sur des options illégales, comme le téléchargement pirate, universellement accessibles.

Philippine Lebret

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