Comédiens en Algérie : Entre Quête de Rôles et l’Incursion de l’IA

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Comédiens en Algérie : Entre Quête de Rôles et l'Incursion de l'IA

Les projecteurs brillent, les caméras tournent, mais pour les comédiens en Algérie, trouver un rôle n’est pas toujours aussi simple. Alors que le froid de l’hiver s’installe, décembre est traditionnellement le mois où les productions télévisuelles pour le ramadan commencent leur tournage, ce qui multiplie les opportunités pour les acteurs. Cependant, cette ruée vers les séries télévisées laisse certains producteurs en désarroi, contraints de reporter leurs films faute de comédiens disponibles.

Un réalisateur déçu par le manque d’acteurs s’est plaint : « Nous devons gagner notre vie, et c’est pendant le ramadan que nous travaillons. Un réalisateur ou un producteur peut tourner plus tard, mais comment vais-je survivre jusqu’en mai si je dois attendre pour tourner ? » Une question légitime qui illustre le dilemme auquel sont confrontés de nombreux professionnels du cinéma en Algérie.

La Quête des Comédiens

L’équation est complexe, et un autre comédien résume la situation en disant qu' »il faudrait deux ou trois ramadans par an pour que les comédiens puissent vivre de leur métier ». En réalité, l’Algérie produit seulement une quinzaine de comédiens chaque année, et parmi eux, seuls quelques-uns se distinguent en devenant de véritables acteurs talentueux. Cette pénurie de comédiens talentueux pose un défi majeur pour l’industrie cinématographique algérienne.

Malek Laggoune, premier directeur de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS), remet en question le système d’enseignement appliqué à l’art dramatique en Algérie. Avant 2004, l’admission dans les programmes de formation en art dramatique se faisait par le biais de concours rigoureux. Cependant, depuis 2004 et la transformation de l’ancienne INADC, l’entrée à l’ISMAS se fait désormais avec un simple baccalauréat, sous la double tutelle du ministère de la Culture et de l’Enseignement supérieur. Ces institutions dictent les programmes, qui incluent des cours d’infographie et de gestion, qui semblent peu pertinents pour la formation d’acteurs.

En seulement quatre ans, les étudiants obtiennent un diplôme de Master en art dramatique. Malek Laggoune souligne même que certains obtiennent un doctorat en art dramatique, ce qui peut sembler paradoxal, car ces universitaires finissent souvent par occuper des postes de directeurs culturels dans les wilayas plutôt que de travailler dans le domaine cinématographique. L’Algérie forme ainsi une poignée d’acteurs chaque année, ce qui est manifestement insuffisant.

Acteurs et Comédiens : Deux Approches Différentes

Bien que les termes « acteur » et « comédien » soient souvent utilisés indifféremment, ils décrivent en réalité deux approches distinctes de la performance. Le comédien cherche à effacer sa propre personnalité pour incarner un personnage de manière neutre, faisant oublier sa propre identité au profit de celle du personnage. En revanche, l’acteur apporte son charisme et sa personnalité à un personnage, qui prend alors les traits distinctifs de l’acteur lui-même.

En Algérie, devenir un acteur ou un comédien est une ambition partagée par de nombreux jeunes. L’idée de vivre une vie de célébrité semble irrésistible une fois que la pression sociale initiale est surmontée. Cependant, la réalité est loin d’être aussi glamour qu’elle en a l’air.

Les Cachets et les Droits d’Auteur

En ce qui concerne les cachets des comédiens en Algérie, il n’existe pas de normes strictes, car ils dépendent du projet, du budget de production et de la notoriété de l’acteur en question. Un comédien peut gagner de 30 000 DA par jour à 200 000 DA par jour pour sa participation à un film. Ces rémunérations permettent aux acteurs de subvenir à leurs besoins pendant l’année.

Cependant, les droits d’auteur sont souvent négligés par les chaînes de télévision qui diffusent les films. Les acteurs sont souvent laissés à eux-mêmes pour réguler cette question. La nécessité de créer des syndicats de comédiens se fait sentir pour défendre leurs droits face aux diffuseurs.

Formation ou Intuition ?

Une question récurrente se pose : faut-il suivre une formation pour devenir acteur ou comédien en Algérie ? Malek Laggoune, qui enseigne actuellement à l’ISMAS, reconnaît qu’il existe des acteurs intuitifs qui excellent sans avoir suivi de formation formelle. Cependant, ils peuvent être victimes de typage, en étant cantonnés à jouer un seul type de rôle tout au long de leur carrière.

Fouad Trifi, directeur de l’agence Woojooh, souligne également que les acteurs non formés peuvent exceller dans des rôles spécifiques mais auront du mal à faire carrière en raison de cette limitation. Alors, quelle sera la voie à suivre pour les futurs comédiens et acteurs en Algérie ?

L’Intelligence Artificielle : Une Menace Potentielle

Un autre défi se profile à l’horizon : l’intelligence artificielle (IA). Bien que l’Algérie n’ait pas encore été touchée par le remplacement des comédiens par des machines, ce scénario est devenu une réalité à Hollywood. Les acteurs américains ont connu une grève en 1960 en raison de l’essor de la télévision, puis une autre grève récente liée à la montée en puissance des plateformes de streaming.

Aujourd’hui, les comédiens du monde entier, y compris en Algérie, s’inquiètent de l’impact potentiel de l’IA sur leur industrie. Bien que les comédiens algériens soient encore peu nombreux, l’Algérie possède une expertise croissante en informatique, ce qui signifie que le pays pourrait rapidement évoluer dans ce domaine.

En conclusion, les comédiens en Algérie sont confrontés à de nombreux défis, de la pénurie de rôles à la question de la formation en passant par la menace potentielle de l’IA. Cependant, malgré ces obstacles, leur passion pour l’art de la performance les pousse à persévérer. L’avenir de l’industrie cinématographique en Algérie dépendra de la capacité à relever ces défis et à créer un environnement favorable à l’épanouissement des comédiens locaux.

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